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Un article de Jean-Michel Bezat et Jean-Jacques Bozonnet (à Rome) paru dans Le Monde du 10.03.06

Pour Gérard Mestrallet, les "performances" de Suez sont la meilleure arme contre l’italien Enel

vendredi 10 mars 2006 par Jean-Michel Bezat

Les milieux d’affaires ne se demandent plus si Enel va lancer une offre publique d’achat (OPA) sur Suez , mais quand il partira à l’assaut du groupe français. C’est dans ce climat d’avant-guerre franco-italienne que Gérard Mestrallet, PDG du groupe d’énergie et d’environnement, a présenté, jeudi 9 mars, des résultats 2005 en forte hausse. Conjugués à la "performance boursière du groupe depuis 1997" et à de "bonnes perspectives pour 2006", explique-t-il au Monde , ils apportent une réponse convaincante à des actionnaires tentés par une offre d’Enel plus alléchante que ce qui leur est proposé dans le cadre de la fusion avec Gaz de France (GDF) annoncée le 25 février.

Suez a dégagé un résultat net de 2,5 milliards d’euros (+ 48,1 %) et un résultat brut d’exploitation de 6,5 milliards (+ 9,7 %) pour un chiffre d’affaires de 41,5 milliards (+ 9 %). Après le rachat des 49,9 % de l’électricien belge Electrabel qu’il ne possédait pas encore (11,1 milliards), le taux d’endettement a été ramené à 72 % (contre 91 % fin 2004) et la dette s’élève à 13,8 milliards. Le groupe proposera un dividende ordinaire de 1 euro par action, en hausse de 25 % par rapport à l’année précédente.

"Tous nos métiers sont en croissance", se félicite M. Mestrallet. Et notamment le pôle environnement (traitement des eaux et des déchets), qu’Enel revendrait en cas de rachat de Suez. Il a dégagé un bénéfice de 655 millions (+ 170 %), soit un quart du résultat global de Suez. "Ceux qui voulaient le vendre, il y a trois ans, auraient fait faire une très mauvaise opération aux actionnaires", analyse-t-il, dans une allusion à quelques porteurs de parts minoritaires et à des fonds d’investissement.

M. Mestrallet contre-attaque aussi sur le terrain de l’emploi, alors que les fédérations CGT, FO et CFE-CGC de l’énergie ont appelé électriciens et gaziers, mercredi, à "une journée nationale d’action et de grève" jeudi 23 mars. Enel ne s’intéresse qu’à Electrabel, rappelle-t-il, soit 20 000 salariés. "Il laisse peser une lourde incertitude sur les 140 000 autres employés du groupe, qui doivent être protégés", souligne-t-il, en rappelant que Suez "crée 1 000 emplois nets chaque année en France".

Enfin, le patron du groupe français juge que la fusion avec GDF parachève une stratégie, engagée en 1997 avec l’absorption de la Lyonnaise des eaux, visant à créer un leader mondial dans son secteur. Les actionnaires, dit-il, n’ont pas eu à s’en plaindre. "Entre 1997 et janvier 2006, calcule-t-il, Suez a eu la meilleure performance boursière des grandes "utilities" européennes et mondiales" : pour un investissement initial de 100, l’actionnaire a aujourd’hui 324 (dividendes compris), contre 305 et 240 pour les espagnols Iberdrola et Endesa , 270 et 269 pour les allemands RWE et E.ON et 179 pour l’américain Duke.

Enel reste sur le pied de guerre. Mercredi, à Rome, son conseil d’administration a examiné, durant neuf heures, "ses initiatives à l’étranger dans l’attente d’une clarification du cadre institutionnel européen". Tout est prêt pour lancer une OPA sur Suez, mais le ministère du trésor, actionnaire à 32 % d’Enel, préfère épuiser d’abord toutes les voies diplomatiques : Bruxelles attend des explications de la France avant le 17 mars sur le projet de fusion GDF-Suez-GDF ; et une rencontre est prévue entre Thierry Breton et son homologue italien GiulioTremonti, lundi 13 mars, dans le cadre de la réunion des ministres des finances européens.

En cas d’impasse, Enel mettrait en oeuvre le "Projet Olympe", nom de code d’une opération que l’administrateur délégué du groupe, Fulvio Conti, a détaillée mercredi devant son conseil. Une dizaine de banques ont accepté de participer au tour de table qui permettrait de lever jusqu’à 50 milliards d’euros. Le financement se ferait en plusieurs tranches avec un emprunt obligataire convertible. Seulement intéressé par l’énergie, Enel revendrait les activités environnement de Suez, dont la valeur est estimée à plus de 15 milliards d’euros.

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