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Article de Patrick Roger paru dans Le Monde du 6 juillet 2006

Pour M. Breton, c’est Suez qui se fera absorber par Gaz de France

jeudi 6 juillet 2006 par Patrick Roger
En progrès, mais doit mieux faire", estimait Claude Birraux (UMP, Haute-Savoie), mardi 4 juillet, à l’issue de l’audition de Thierry Breton, par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. C’est dire si les efforts de pédagogie du ministre de l’économie, accompagné du ministre délégué à l’industrie, François Loos, n’ont pas suffi à lever toutes les réticences à l’encontre du projet de loi sur l’énergie qui devrait être discuté en session extraordinaire, début septembre.

M. Breton, pourtant, n’a pas été avare de concessions, répondant ainsi aux attentes du président de la commission, Patrick Ollier (UMP, Hauts-de-Seine). A l’entendre, les huit "garanties" demandées par ce dernier seraient déjà acquises. A bien y regarder, cependant, les choses ne sont pas aussi simples. Notamment sur deux points.

En ce qui concerne la création d’une action spécifique (golden share) permettant de protéger de toute offre publique d’achat (OPA) le nouvel ensemble constitué autour de Gaz de France, dans lequel l’Etat ne disposerait plus que d’une minorité de blocage à 34 %, la position de la Commission européenne reste incertaine.

"Nous repiquons à l’identique le dispositif déjà jugé conforme par la Cour de justice européenne pour les sociétés belges Distrigaz et Fluxys, assure le cabinet de M. Breton. En principe, il ne devrait pas y avoir de problème." En principe...

Beaucoup plus problématique, en revanche, reste la réponse aux demandes de maintien des tarifs réglementés et de "réversibilité", la possibilité offerte aux PME-PMI ayant choisi le secteur concurrentiel pour leur fourniture en électricité de bénéficier d’un "tarif spécifique de retour". Sur ce point, M. Loos a convenu qu’il n’y avait "pas de solution miracle". Tout au plus s’est-il déclaré "ouvert à travailler sur des amendements qui pourront avoir le soutien du gouvernement".

Là n’était pas, cependant, l’essentiel du message du gouvernement. M. Breton l’a assuré : "Oublions GDF-Suez, ce dont il s’agit, c’est de donner à GDF les moyens d’aller de l’avant."

Diminuer la part de l’Etat dans le capital du groupe, c’est lui permettre de ne pas "rester isolé". La "fusion-absorption de Suez par Gaz de France", comme l’a présentée le ministre, ne serait plus, dès lors, qu’une option parmi d’autres de stratégie industrielle. "Je prends un engagement, a-t-il ajouté. Si cette possibilité est donnée à GDF, je viendrai devant vous lorsque son projet sera finalisé pour vous le présenter et obtenir votre assentiment."

"ENTREPRISE VULNÉRABLE"

M. Breton s’est montré d’autant plus conciliant qu’il a dû admettre lui-même la complexité de l’opération. "Si nous étions venus devant le Parlement uniquement pour parler de GDF-Suez, nous risquions de nous heurter à un triple désaveu : des actionnaires, de la Commission européenne et du Conseil constitutionnel", a-t-il convenu.

C’est cependant avec les yeux de Chimène qu’il regarde "ce nouvel ensemble (qui) pèsera 70 milliards de chiffre d’affaires pour 20 milliards d’endettement, dont 15 milliards issus de Suez". "Il ne faut pas se faire d’illusions, prévient-il, Suez est une entreprise vulnérable. Si elle ne fait pas cette opération avec GDF, d’autres la feront avec elle."

"Mais encore une fois, ce n’est pas le sujet", se reprend-il. C’est pourtant bien de ce sujet que les députés veulent continuer à débattre, tous n’étant pas convaincus du bien-fondé de l’opération.

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