Liste des auteurs

Article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 27.09.06

Pour soutenir les cours, l’OPEP prête à réduire sa production

mercredi 27 septembre 2006 par Jean-Michel Bezat

Jusqu’où le prix du baril devra-t-il se replier avant que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ne décide de réduire sa production afin de soutenir les cours et de protéger ses revenus ? Il a suffi que son président, le Nigérian Edmund Daukoru, évoque une réunion rapide du cartel pour que les prix remontent en fin de séance, lundi 25 septembre, après être tombés sous la barre des 60 dollars - soit un recul de 19 dollars depuis son record du 8 août. Mardi matin, l’OPEP a toutefois écarté la perspective d’un sommet extraordinaire avant celui d’Abuja (Nigeria) prévu en décembre.

A New York, le baril de light sweet crude pour livraison en novembre a terminé à 61,45 dollars, tandis qu’à Londres le brent de la mer du Nord clôturait à 60,65 dollars.

L’OPEP, qui assure 40 % de la production mondiale, pourrait, en décembre, décider de fermer un peu le robinet - une arme qu’elle avait utilisée en décembre 2004 après la dégringolade de près de 30 % du prix du brut les trois mois précédents. De nombreux analystes estiment en effet, au vu des données géopolitiques, climatiques et économiques, que le baril pourrait tomber à 50 dollars en fin d’année.

Le Centre for Global Energy Studies (CGES) ne croit pas à un maintien du baril à 60 dollars. "Un plus ample repli est probable", prévient-il dans son rapport mensuel publié, lundi, à Londres. "A moins que l’OPEP ne parvienne d’une façon ou d’une autre à réduire sa production", nuancent ses analystes. Les fonds d’investissement et spéculatifs ont cédé une partie de leurs contrats à terme sur le pétrole, un actif désormais plus proche des actions ou des obligations que d’un flux lié à l’économie réelle, note Eric Chaney, chef économiste pour l’Europe de Morgan Stanley. Dans son scénario central, la banque prévoit un baril à 70 dollars fin 2006 et à 60 dollars fin 2007, avant qu’il ne retombe à 50 dollars fin 2008.

DISCUSSIONS DIFFICILES

Les menaces de tous ordres poussant à l’envolée des cours - que certains analystes voyaient même à 100 dollars fin 2006 - se sont en partie dissipées : fin de la guerre au Liban, détente sur le programme nucléaire iranien, absence d’ouragans dans le golfe du Mexique, très bon niveau des stocks américains, reprise de la production de BP en Alaska... Cela ne signifie pas pour autant que la bulle spéculative a totalement éclaté : les prix sur les contrats de livraison à moyen terme restent élevés, nuancent les experts de la Société générale.

"La demande de brut a fortement ralenti alors que la croissance économique n’a pas baissé", constate M. Chaney. Il y voit le résultat des investissements réalisés dans l’amélioration de l’efficacité énergétique (moins de brut pour 1 dollar de production) et la conséquence de la substitution d’autres énergies au pétrole. Cette désaffection pour l’or noir, très nette après les chocs pétroliers de 1973 et 1980, est la hantise de l’OPEP. Elle revendique désormais une sécurisation de ses débouchés, au même titre que les pays consommateurs exigent la sécurité de leurs approvisionnements.

S’ils décident d’une réduction de leur production de 1 million de barils par jour à 27 millions (hors Irak), les membres du cartel devront partager l’effort. Les discussions s’annoncent d’autant plus difficiles que leur situation est très différente. L’Arabie saoudite, le Koweït, la Libye, l’Algérie et les Emirats arabes unis ont dépassé leurs quotas, selon les chiffres du mois d’août publiés par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). En revanche, de gros producteurs comme l’Iran et le Venezuela n’y sont pas parvenus en raison d’infrastructures souvent déficientes, et ils rechignent à réduire leur production.

Il est probable que le royaume saoudien, qui compte pour 30 % de la production de l’OPEP et joue traditionnellement le rôle de producteur d’appoint quand il faut pomper plus pour répondre à la demande, fournira une grande partie de l’effort. Sans toucher au quota officiel lui-même, fixé à 28 millions de barils par jour depuis 2005, le cartel pourrait inviter ses membres à baisser lentement leur production.

En outre, depuis que l’OPEP a renoncé, fin 2003, à fixer une fourchette officielle de prix du baril, on ignore ce qu’elle juge comme le "juste prix". Est-ce 50, 55, 60, 65 dollars ? Il était compris entre 22 et 28 dollars entre 2000 et 2003. Puis les pays producteurs ont jugé que 50 dollars était un prix "raisonnable". Pour des pays qui tirent du pétrole une partie très substantielle de leurs revenus, il se situerait aujourd’hui entre 50 et 60 dollars.


La France promeut les biocarburants

Des mesures destinées à promouvoir l’utilisation des biocarburants en France - particulièrement l’E85, mélange de 85 % d’éthanol pour 15 % d’essence - devraient être annoncées, mercredi 27 septembre, en conseil des ministres. Dimanche 24 septembre, sur France 3, le ministre de l’économie et des finances, Thierry Breton, a évoqué la mise en place "de pompes vertes, à bioéthanol, partout sur le territoire" et indiqué qu’il réservait "de bonnes surprises aux Français sur les voitures et la fiscalité". Les biocarburants - éthanol et biodiesel - représentent 1,2 % de la consommation de carburant en France. Le gouvernement a dit, en septembre 2005, vouloir porter cette part à 5,75 % en 2008, puis 7 % en 2010.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !