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Un article de Sébastien Ganet paru dans l’Humanité du 25 octobre 2005

Pourquoi l’électron n’est pas privatisable

mardi 25 octobre 2005 par Sébastien Ganet
L’expérience montre que la privatisation aggraverait profondément les dérives financières d’EDF.

1. Avenir énergétique

La crise pétrolière actuelle exige une nouvelle politique énergétique. Il y a trente ans, le programme électronucléaire français a été une réponse efficace au choc pétrolier. EDF a été le moteur d’investissements massifs de long terme. Aujourd’hui, face aux défis environnementaux et aux tensions internationales, cette réponse reste crédible, à condition d’investir massivement dans le retraitement des déchets radioactifs, dans la sûreté des installations et dans une diversification de la production électrique. En combinant le savoir-faire de la filière française (EDF, Cogema, Framatome, Suez, GDF, Veolia...) aux expériences de diversification énergétique sur le Vieux Continent (solaire, éolien, vecteur hydrogène...), l’Europe a une carte originale à proposer pour l’« après pétrole ». De telles réponses ne s’envisagent que sur le long terme.

2. Un même tarif pour tous

L’électricité en France est l’une des moins chères en Europe car elle est facturée par rapport à ce que coûte réellement et en moyenne sa production. Grâce à la péréquation nationale, EDF a permis, jusqu’ici, d’assurer au particulier le même prix du kilowattheure où qu’il se trouve. La CGT mines et énergies souligne qu’en dix ans, « les tarifs de vente aux clients résidentiels ont baissé de 29 % ». De plus, le syndicat ajoute, par comparaison, qu’il existe une différence de 1 à 7 pour le prix de l’eau en fonction de la localisation sur le territoire. En devenant opérateur privé, EDF ferait varier la qualité de sa prestation (fourniture, relation commerciale, services associés...) en fonction du revenu des foyers. Ajoutée à l’explosion du prix du gaz et de l’essence, la facture électrique commencerait à grever fortement le pouvoir d’achat des ménages.

3. Assurer le développement des équipements

L’État gère EDF, depuis dix ou quinze ans, de plus en plus comme une entreprise privée. Les investissements vitaux, comme le renouvellement des centrales nucléaires, sont sans cesse repoussés. En vue d’une privatisation, depuis plusieurs années déjà, l’État et les directions d’EDF coupent dans les budgets d’entretien, de maintenance et de formation, ferment des agences commerciales, allongent les temps d’intervention, sous-traitent des tâches, y compris sur les sites nucléaires. Une telle situation n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé à France Télécom. Toutes ces coupes budgétaires ont un objectif : accroître la liquidité de l’entreprise, c’est-à-dire la trésorerie dont sont friands les marchés financiers. En 2004, EDF a dégagé 9 milliards d’euros de liquidités, soit une augmentation de 11 % par rapport à l’année précédente.

4. L’enjeu européen

Parce qu’EDF est un acteur européen majeur, sa privatisation se répercuterait sur l’ensemble du Vieux Continent. L’ouverture totale du - secteur électrique est prévue en juillet 2007, mais EDF possède déjà de nombreuses filiales en Europe. Bref, plutôt que d’acheter et de vendre des entreprises et des personnels à tour de bras, EDF pourrait favoriser des politiques énergétiques coopératives. Seule une propriété publique et non étatiste, de nouveaux droits d’intervention (des salariés, des élus et des usagers) et des critères de gestion autres que la rentabilité peuvent permettre de développer un modèle efficace socialement.

5. Rentabilité contre développement

En privatisant EDF, l’État renforcerait la mainmise des marchés financiers sur l’entreprise. Le compte de résultat d’EDF pour 2004 montre un choix clair en faveur de la rentabilité au détriment des missions de service public. Le bénéfice net explose (+ 56 %) et le profit (donné par l’excédent brut d’exploitation) connaît une augmentation sensible (+ 10 %). Comme les charges de personnels stagnent sur la période (+ 1,1 %), de tels chiffres sont obtenus en particulier par un accroissement de la productivité (stagnation des salaires, suppressions de postes, sous-traitance, précarité...). Les documents financiers d’EDF montrent que le partage de la valeur ajoutée est plus favorable aux profits qu’aux salaires, non seulement en masse (12 milliards d’euros contre 9,6 milliards), mais aussi en évolution (10 % contre 1 %).

6. Emplois et formations

Aujourd’hui, quand EDF rachète une entreprise en Europe, sa première décision est de licencier suffisamment de personnel pour rentabiliser son achat. Ses ressources financières pourraient en priorité être orientées, au contraire, vers les dépenses de développement (salaires, formation, recherche, infrastructures, coopération...) et vers la création d’emplois qualifiés.

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