Liste des auteurs

Article de BERTILLE BAYART Publié dans Le Figaro le 18 septembre 2006

Profits records pour le CAC 40

lundi 18 septembre 2006 par Bertille Bayart
Les plus grandes entreprises françaises franchissent la barre des 50 milliards d’euros de bénéfices en six mois.

POUR les entreprises du CAC 40, cela va mieux que bien ! Au terme de la saison de publication des résultats semestriels (Pernod Ricard la clôturera jeudi avec ses chiffres annuels 2005-2006), les plus grands groupes français composant l’indice phare de la Bourse parisienne cumulent plus de 50 milliards d’euros de bénéfices. Soit 23 % de mieux qu’il y a un an.

Autant dire que, dans leur ensemble, ces entreprises ont surpris en bien leurs actionnaires. Au printemps dernier, sur la base des résultats annuels 2005 qui avaient atteint le chiffre historique de 85 milliards d’euros, le consensus des analystes tablait sur une progression de l’ordre de 6 % pour le premier semestre 2006. Comme pour 2005, ils ont donc pêché par excès de pessimisme avant de réévaluer leurs anticipations.

La prudence est maintenant de miseLa surperformance enregistrée au cours des six premiers mois de l’année est assez généralisée au sein du CAC 40. Avec quelques mentions spéciales toutefois. Tout d’abord, l’effet de taille est manifeste : la plupart des plus fortes progressions de bénéfices se retrouvent en haut du tableau des capitalisations de l’indice, tandis que les reculs et l’unique perte connue sur la période (Thomson) sont le fait des entreprises plus modestes.

Ensuite, si tous les secteurs ont connu une embellie, celui de la finance (banques et compagnies d’assurance confondues) se distingue par des performances particulièrement vives. A l’inverse, l’automobile (constructeurs et équipementiers) ferme la marche. La faute notamment à l’envolée des coûts des matières premières qui a saigné leurs marges. En revanche, d’autres industriels, comme Lafarge ou Saint-Gobain, sont parvenus à répercuter ces coûts sur leurs clients.

Sur l’ensemble de l’échantillon, l’internationalisation croissante des grands groupes français a payé. Il n’est qu’à constater l’écart entre la progression de leurs bénéfices et celle de la croissance économique dans l’Hexagone.

Des risques liés au dégonflement des bullesL’indice CAC 40 lui-même ne suit pas l’envolée des profits des entreprises qui le composent. Sur un an, il n’a gagné « que » 15 % dont 9 % depuis le 1er janvier. Un décalage qui n’a rien de paradoxal, car l’indice valorise surtout les anticipations de résultats à venir. Or, échaudés par le « coup de blues » des Bourses au mois de mai, les marchés sont aujourd’hui attentifs à plusieurs facteurs qui les incitent à la prudence. Les valorisations exprimées en multiples de résultats (price earning ratio, PER) ressortent aujourd’hui autour de 12 en Europe, et de 14 aux États-Unis. « C’est typique d’un marché qui pense avoir atteint le haut de cycle », juge François Chevallier, économiste stratégiste chez VP Finance.

Plusieurs des vecteurs de croissance de 2005 et début 2006 sont en effet en train de s’atténuer. Valable de ce côté-ci de l’Atlantique, mais surtout aux États-Unis, le resserrement des politiques monétaires va inévitablement alourdir les contraintes financières des entreprises, au moment où celles-ci recommencent à s’endetter pour cause d’accélération de leurs investissements et des opérations de fusions et acquisitions. Par ailleurs, la robustesse de l’euro face au dollar et au yen va peser sur les groupes dont l’activité est sensible aux effets de change.

Le dégonflement de la bulle des prix des matières premières profitera certes à bon nombre d’entreprises, mais dans le même temps, Total, qui pèse lourd dans le CAC 40, accusera nécessairement la baisse des cours du pétrole. De plus, si la croissance européenne reste bien orientée, elle demeure à un niveau plutôt bas tandis que les États-Unis affichent des signes de ralentissement. Enfin, comme le souligne François Chevallier chez VP Finance, une inconnue de taille pèse sur les anticipations : celle d’une possible crise immobilière.

Les fusions et acquisitions toujours d’actualitéIl n’y a pas péril en la demeure. Loin s’en faut. Pour autant, beaucoup s’accordent à dire que la croissance de la profitabilité ne se poursuivra qu’à un rythme beaucoup plus modéré que ce qu’il a été depuis 2004. « Après les années exceptionnelles que nous avons connues en 2004 et 2005, nous anticipons une poursuite de la croissance des profits, mais à un rythme beaucoup plus modéré », résume Alain Bokobza, responsable de la stratégie actions de la Société générale, pour qui, déjà, le second semestre 2006 s’annonce bien moins bon que le premier.

Ce qui n’empêchera pas le débat sur la redistribution des profits de prospérer dans plusieurs directions. Les revendications des salariés seront confortées par la réduction du chômage en Europe ainsi que par le regain, même modéré, de tensions inflationnistes. Les actionnaires ensuite risquent de se montrer encore plus exigeants. Reste à savoir dans quelles proportions, alors que les politiques de dividendes et de rachat d’actions des entreprises ont été très dynamiques en 2004 et 2005. Le débat pourrait aussi, pour certaines entreprises, prendre une forme plus inhabituelle et impliquer leurs clients : c’est en particulier le cas des énergéticiens qui, en France, voient leurs profits jugés à l’aune des factures des consommateurs.

Investir massivementCela dit, avant de distribuer trop généreusement leurs bénéfices, les grandes entreprises devraient continuer de les investir massivement, pour leur croissance interne, mais pas seulement. Nombre d’experts tablent sur une poursuite, voire une amplification des opérations de fusions-acquisitions qui ont connu de belles heures depuis le début de l’année chez Axa (Winterthur), BNP Paribas (BNL), Crédit agricole (Emporiki), Lafarge (Lafarge North Amrica), ou encore Vivendi (BMG).

« Les entreprises - et c’est plutôt une bonne nouvelle pour l’économie - ont des problèmes de riches sur l’utilisation de leur capital excédentaire. Elles doivent trouver comment générer de la croissance future », explique Alain Bokobza.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !