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Pierre Ivorra | L’Humanité le 27.10.2009

Quand la finance saisit l’industrie

jeudi 29 octobre 2009 par Pierre Ivorra

On ne mesure pas assez combien la financiarisation des groupes industriels est avancée. La publication des comptes du premier semestre 2009 de nos deux champions automobiles nationaux vient nous le rappeler. Le résultat opérationnel de la branche automobile du groupe Renault est dans le rouge, affichant une perte de 869 millions d’euros, contre un excédent de 598 millions d’euros au premier semestre 2008. Les pertes des activités industrielles du groupe PSA (Peugeot Citroën) sont encore plus lourdes, autour du million d’euros, au premier semestre 2009, contre un résultat positif de 633 millions d’euros pour la même période en 2008. Les comptes des deux groupes ont été impactés par un marché mondial en recul, début 2009, de 16,5 % à 18 %.

À l’opposé, les résultats des sociétés de crédit aux acheteurs des deux groupes restent d’un vert éclatant. RCI Banque, filiale de Renault chargée de fournir financements et services aux particuliers, aux entreprises et aux réseaux des marques du groupe, a dégagé un résultat opérationnel de 249 millions d’euros au premier semestre de cette année, pratiquement équivalant à celui de l’année précédente. La marge opérationnelle (résultat opérationnel-chiffres d’affaires) est même supérieure, elle est montée à 28 %, contre 25,3 % au premier semestre 2008.

Les résultats de la banque PSA Finance, société de crédit de PSA, ne sont pas aussi flamboyants. Ils restent cependant très honorables avec un résultat opérationnel positif de 244 millions d’euros et un taux de marge de 26,6 %, tous deux en léger retrait sur 2008.

La conclusion s’impose  : Renault et Peugeot gagnent plus d’argent en vendant de l’argent qu’en vendant des voitures. Le niveau de rentabilité de ces activités de crédit est en fait calqué sur celui des activités financières, qui est largement supérieur à celui de l’industrie. D’ailleurs, les résultats 2009 des sociétés de financement des deux groupes ne sont pas exceptionnels, leur niveau de rentabilité est récurrent. Les commentaires des directions respectives de ces sociétés de financement sont eux aussi éloquents. « Dans un contexte de crise, avec une contraction de 13 % de ses encours moyens productifs par rapport au premier semestre 2008, ce maintien d’un bon niveau de rentabilité par RCI Banque est une performance qui s’explique notamment par la bonne maîtrise du coût du risque, ainsi que par la préservation de la marge sur prêts et sur services, explique Renault. Dans une situation macroéconomique difficile, Banque PSA Finance a réussi à maîtriser son coût du risque grâce à des actions importantes de renforcement du recouvrement et des efforts de sélection de la clientèle. » On a fait le tri parmi les clients, probablement en éliminant les chômeurs et notamment les salariés de l’industrie dont l’emploi a été supprimé !

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