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Stéphane Foucart | Le Monde le 28.08.2008

Quand la nature freine le réchauffement climatique

jeudi 28 août 2008 par Stéphane Foucart

Les décennies 2000-2010 et 2005-2015 seront-elles globalement moins chaudes que la décennie 1994-2004 ? En mai, des climatologues réputés publiaient une étude répondant positivement à cette question. Iconoclaste à première vue, leur conclusion n’est pas contradictoire avec le constat des bouleversements en cours. "Nous ne disons pas que le changement climatique sera moins important que prévu, expliquait ainsi Mojib Latif, coauteur de ces travaux (Le Monde du 13 mai). Nous disons qu’une oscillation naturelle du climat se superposera momentanément à la tendance au réchauffement."

Que ces prévisions controversées soient fondées ou non, le climat terrestre est affecté par une variabilité indépendante des changements imposés par l’homme. Le Soleil, principale source d’énergie de la Terre, varie ainsi en intensité selon un cycle de 11 ans. Ténues, ces variations n’affectent que marginalement le climat. Des oscillations de plus grande amplitude, peut-être assujetties à des cycles plus longs (90 ans, 200 ans, ou plus) et peu documentés, ont conduit, dans le passé, à des changements climatiques importants. Mais, depuis cinquante ans, l’éclairement moyen de l’astre de jour a décru légèrement, alors que la température moyenne du globe, elle, a augmenté de 0,7 °C. En l’état des connaissances, le Soleil n’est donc pas le principal responsable des changements actuels. Il peut toutefois, au minimum de son cycle (c’est le cas depuis début 2008), atténuer temporairement l’effet des activités humaines.

Des oscillations de l’atmosphère et de l’océan peuvent également jouer ce rôle à une échelle régionale. L’oscillation nord-atlantique (NAO), par exemple, est caractérisée par la différence de pression entre l’anticyclone des Açores et la dépression d’Islande. Dominante en hiver, la NAO peut aussi exercer son influence en été. "En phase négative, comme l’été dernier ou au début de cet été, elle peut contribuer à rafraîchir la saison en Europe", observe le climatologue Christophe Cassou (Cerfacs). De même, dans le Pacifique tropical, l’oscillation australe El Niño (ENSO) alterne des phases chaudes (dites El Niño) et froides (dites La Niña).

Comprendre et anticiper ces pulsations climatiques naturelles est un enjeu récent, à la charnière entre météorologie et climatologie. Leur fréquence varie considérablement : la NAO oscille d’une année, d’un mois, d’une semaine, voire d’un jour sur l’autre. Elle demeure peu prévisible, même si certains pensent qu’elle pourrait être modulée par des cycles de 7 à 9 ans et de 50 ans. Le phénomène ENSO, lui, a une période de 3 à 5 ans. "On est capable de le prévoir six mois à l’avance, avec un certain taux de réussite", explique M. Cassou. D’autres pulsations battent à un rythme plus lent, comme l’oscillation pacifique décennale (PDO), qui alterne phases chaudes et froides chaque 20 à 30 ans.

"Les modèles numériques ont pour l’instant encore du mal à reproduire ces phénomènes", dit Pascale Delecluse, du Centre national de recherches météorologiques (CNRM). Récemment, les chercheurs ont noté des changements dans la survenue et l’intensité de ces cycles. "Sans qu’on puisse affirmer que cela soit dû au changement climatique", dit Mme Delecluse. Toujours est-il que ces phénomènes peuvent perturber fortement le système climatique, aux échelles régionales ou globale. "Très probablement en raison de la Niña, le réchauffement a marqué une pause en 2007-2008, dit M. Cassou. Cette phase froide achevée, il reprendra sa course."

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