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Un article Pascal Joly, secrétaire général de l’URIF CGT paru dans L’Humanité le 9 janvier 2006

Quel syndicalisme ?

lundi 9 janvier 2006 par Pascal Joly

Rarement dans l’histoire les enjeux ont été aussi lourds. Rarement l’affrontement entre les intérêts des actionnaires-employeurs et des salariés a pris autant de vigueur. D’autant qu’il faut reconnaître une qualité au patronat : sa patience et sa pugnacité. Cela fait trente à quarante ans qu’il travaille à sa revanche sociale et à l’inversion du rapport de forces. La façon dont le gouvernement, les médias et même, hélas, certains acteurs syndicaux se sont défoulés pour caricaturer et dénaturer les luttes sociales est un révélateur de ce qui est en jeu. Le gouvernement, la droite et son mandataire, le MEDEF, entendent bien poursuivre la mise en place de leur société. Une société pour eux, façonnée pour répondre à leur objectif. Selon le vieil adage populaire qui dit qu’il ne faut jamais sous estimer l’adversaire. À mon avis, nous n’avons pas eu un gouvernement aussi stratège, depuis longtemps. La répartition des rôles en son sein y est habilement orchestrée. Entre Villepin et Sarkozy, il peut apparaître des différences d’ambition, entre autres, mais l’objectif est le même : adapter la société au capitalisme mondialisé, quitte à reprendre les propos les plus nauséabonds et les propositions du Front national. À quelle fin politique sont utilisées les peurs que peut induire l’utilisation de l’épouvantail de l’extrême droite ? Tout ce qui entretient les peurs n’a qu’un seul but : maintenir en respect ceux qui pourraient contester, et sert aussi à travailler des comportements sociaux de renoncement. Depuis longtemps, l’objectif est clair ! Le reste est affaire de stratégie et de tactique. La perspective politique tarde à se construire et le manque d’espoir que cela génère pèse en négatif sur les mobilisations sociales. Le seul obstacle perceptible par les salariés est le mouvement social. Et dans le mouvement social, la CGT .

Appréciée de cette façon, la virulence des attaques contre la CGT ne peut pas nous surprendre. Moins attendu est le discours de certains syndicalistes, à l’occasion des récents conflits dans les services publics. Mais le choix du syndicalisme qu’ils ont fait et qu’ils assument ne peut les conduire que là où ils sont ! L’obsession de la signature, qui conduit de fait à en rabattre dès le départ sur la possibilité de conquêtes sociales, est un choix. C’est déjà penser que les salariés ne peuvent pas gagner. Partir de ce présupposé que les salariés tireront eux aussi cette conclusion conduit à penser que le syndicalisme qui est appelé à grandir, voire à dominer, est celui qui porte cette conception ! Mais à quel type de société est-ce que cela travaille ? À quelle reconnaissance de la place du travail dans la société est-ce que cela conduit ? À un travail considéré comme un appendice de la société où tout est marchandise ! La notion même de marché du travail serait-elle indépassable ? Les propositions de sécurité sociale professionnelle et de statut du travail salarié que fait la CGT portent une logique inverse et novatrice. À ceux qui parient sur la division et la fracture, nous devons répondre plus que jamais : rassemblement et tous ensemble. On peut faire autrement et on peut gagner ! Les contenus revendicatifs sur lesquels peut s’effectuer ce rassemblement sont déterminants. Les cheminots et beaucoup d’autres salariés, du public comme du privé, l’ont récemment démontré. Ceux qui luttent sont ceux qui prennent le risque de gagner. Entre le syndicalisme qui pense que les salariés, a priori, ne peuvent gagner et celui qui l’invite à lutter, qui fait des propositions, au risque de gagner par l’action collective des salariés, lequel est le plus efficace ? Les cheminots viennent à leur façon d’y apporter une réponse dans la vie. Après la crise sociale des banlieues, la première crainte du gouvernement était le risque d’élargissement du mouvement et le retour en force des luttes sociales. Et c’est cette raison, appréciée parmi d’autres comme la plus risquée pour lui, qui l’a conduit à céder rapidement. Le gouvernement et le MEDEF veulent mettre les luttes sociales sous l’étouffoir. Ne ménageons pas nos efforts dans la durée pour nous attacher à les construire et les faire grandir. Une action interprofessionnelle et unitaire serait un atout pour gagner. La CGT la propose aux autres organisations syndicales. Sa construction effective dépend de chacune et chacun d’entre nous.

« Les cheminots l’ont récemment démontré : ceux qui luttent sont ceux qui prennent le risque de gagner. »

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