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Nicolas Cori | Libération le 15 octobre 2007

Qui a encore peur des méchants subprimes ?

lundi 15 octobre 2007 par Nicolas Cori

Les marchés financiers ont une capacité de rebond étonnant. Deux mois seulement après le déclenchement de la crise des crédits à haut risque, un mois à peine après la quasi-faillite de Northern Rock – la banque hypothécaire britannique –, les subprimes font bien moins peur. Vendredi, cette nouvelle a trouvé confirmation via deux indicateurs. Le premier concernait le niveau d’emprunt interbancaire à trois mois dans la zone euro. Ce taux – le Libor – a enregistré sa semaine de baisse la plus marquée depuis juin 2003 et il a fini la séance à son plus bas depuis le 22 août, à 4,68375 %. Le deuxième est venu de la Banque centrale européenne. La BCE a fait savoir qu’elle avait retiré 30 milliards d’euros du marché monétaire à court terme, qui n’en avait plus besoin.

Et dire qu’il y a seulement trois semaines, tous les banquiers de la planète espéraient très fort ne pas découvrir dans leurs comptes ou ceux du voisin des effets de la crise des subprimes ! Ils avaient si peur de voir leurs collègues faire faillite qu’ils refusaient de se prêter de l’argent entre eux, augmentant les risques d’une nouvelle crise, et obligeant les banques centrales à jouer leur rôle de préteur en dernier recours. Que s’est-il passé entre-temps ? Le suspense a pris fin concernant les pertes réelles des banques. Les plus grands établissements financiers de la planète ont publié leurs comptes trimestriels. Ils n’étaient pas bons – Merrill Lynch a déprécié de 5 milliards d’euros la valeur de son portefeuille, la crise devrait coûter plus de 2 milliards d’euros à la Deutsche Bank, Citigroup devrait voir son résultat baisser de 60 %, etc. –, mais le monde de la finance s’est dit que cela aurait pu être pire.

Et que, finalement, la catastrophe avait été évitée. Pourtant, les conditions économiques à l’origine de la crise n’ont pas changé. Les ménages américains qui n’arrivaient pas à rembourser leurs crédits hypothécaires à haut risque n’ont pas trouvé par miracle de l’argent. Selon une étude publiée la semaine dernière par Standard & Poor’s, le total des défauts de paiement devrait être de 100 à 150 milliards de dollars. Echaudée par les critiques sur son peu de clairvoyance avant la crise, l’agence de notation se fait maintenant plus pessimiste. « Ces problèmes ne sont pas terminés. Nous pensons que le marché immobilier aux Etats-Unis ne touchera son niveau plancher qu’à l’hiver. Et que les pertes dans ces secteurs n’atteindront pas leurs pics avant 2009 », a ainsi lancé David Wyss, l’économiste en chef de S & P, lors d’une conférence. Mais aujourd’hui, plus personne ne veut entendre un tel discours. Et ces paroles prophétiques n’ont trouvé aucun écho. Avant la prochaine crise de confiance ?

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