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Un article deFlorentin Collomp et Aliette de Broqua paru dans le Figaro du 22 aout 2005

Quinze mois de bras de fer entre Nestlé et la CGT à Marseille

lundi 22 août 2005 par Aliette de Broqua
AGROALIMENTAIRE Ils se retrouvent au tribunal aujourd’hui

La direction de Nestlé et les salariés de l’usine de Saint-Menet à Marseille se retrouvent ce matin au Tribunal de grande instance de Marseille. C’est le nouvel épisode du face-à-face judiciaire qui les oppose depuis quinze mois déjà. L’enjeu, c’est le projet de fermeture de l’usine de chocolat et de café soluble qui emploie 427 personnes. Les magistrats doivent clarifier le précédent jugement du 5 juillet qui ordonnait aux salariés de mettre fin à l’occupation du site et à Nestlé de le remettre en état de marche.

Les interprétations des uns et des autres divergent sur ce dernier point. Pour Nestlé, la remise en état revient à rétablir le système informatique, l’approvisionnement en énergie, les contrats de prestations de services et d’assurer une gestion normale des matières premières. « Ces quatre points ont été exécutés, conclut-on au siège du groupe. L’usine est donc en état normal de fonctionnement. » Pour les salariés, la vision est toute différente. « Le fonctionnement normal d’une usine, commente Joël Budanic, délégué CGT, c’est : on reçoit des matières premières, on les transforme et on livre les clients. Comme ce n’est pas le cas, c’est une fermeture sauvage. On ne peut pas l’admettre. » Se fondant sur cet argument, des salariés ont récemment bloqué la sortie de deux camions de chocolat et de café.

Ce bras de fer défraye la chronique locale depuis mai 2004, lorsque Nestlé annonce son intention de fermer l’usine au 30 juin 2005. Pour justifier sa décision, il invoque une productivité insuffisante par rapport à d’autres établissements en Europe et d’importantes pertes de débouchés pour ses activités. « Toutes les options envisageables ont été étudiées, plaide Jean-Pierre Carli, directeur général industriel de Nestlé. Nous avons investi 52 millions d’euros à Saint-Menet entre 1996 et 2004 pour essayer d’accroître la productivité, mais, face à la stagnation du marché, le différentiel de compétitivité n’a pas pu être rattrapé et l’usine tournait entre 35% et 50% de sa capacité. »

Le groupe, qui a annoncé la semaine dernière un bénéfice semestriel en hausse de 36%, prévoit dès lors de transférer certaines productions de l’usine de Saint-Menet à celle de Dieppe. Cette situation n’est pas sans rappeler les tensions entre Nestlé et une autre de ses filiales dans le Midi : l’usine Perrier de Vergèze (Gard), où un accord a finalement été trouvé au printemps après des mois de menaces de fermeture.

Le point commun entre Vergèze et Saint-Menet est que la CGT y est majoritaire et très active. Refusant l’arrêt de l’activité, le syndicat a porté le conflit devant la justice. « Nous avions prévu plus d’un an pour négocier, déplore Jean-Pierre Carli, mais les représentants du comité central d’entreprise ont préféré adopter la politique de la chaise vide et de la judiciarisation à outrance. »

Le 22 juin, le tribunal a estimé que Nestlé a respecté les procédures sociales préalables à la fermeture. Les salariés ont fait appel et, le 1er juillet, l’ensemble du personnel a été mis en congé par la direction. Mais plusieurs dizaines d’employés, craignant un déménagement en catimini, ont décidé d’occuper l’usine, jusqu’au jugement du 5 juillet. Depuis, les salariés sont toujours en vacances forcées, payés normalement, avant le jugement en appel sur la procédure sociale, attendu en septembre. S’il confirme celui de la première instance, Nestlé ouvrira alors la négociation du plan social proprement dit. Il compte sur une fermeture à la fin de l’année. Dans le cas contraire, il devra reprendre l’affaire de zéro, pour de nouveaux longs mois de procédure.

Entre-temps, le dossier s’est politisé. Les salariés ont reçu le soutien d’élus marseillais et de leaders comme Henri Emmanuelli ou Olivier Besancenot. Ils ont aussi été reçus fin juillet par le ministre délégué à l’Emploi, Gérard Larcher. Il leur a promis l’aide d’un expert indépendant pour valider leur projet de sauvetage de l’usine. « On veut que Nestlé accepte notre projet alternatif de production de chocolat et de café pour le hard discount, des créneaux sur lesquels il n’est pas présent », explique Joël Budanic de la CGT. Nestlé, qui juge ce plan non viable, n’est pas très chaud pour s’auto-concurrencer avec des produits sans marque. Il penche plutôt pour une « revitalisation » du site avec des PME, des artisans et des sociétés de services, estimant possible d’y créer 300 nouveaux emplois. Comme ceux-ci ne seraient pas forcément proposés aux salariés de Nestlé, le groupe prévoit des aides au retour à l’emploi, une retraite anticipée pour les plus de 55 ans, et « 425 postes disponibles correspondant aux qualifications actuelles » dans ses 30 autres usines de France. Voire, pour ceux qui le souhaiteraient, de s’expatrier en Espagne, en Italie ou en Suisse.

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