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Un article de Alain Faujas paru dans Le Monde du 31 mai 2006

Record d’investissements pour les pays en développement en 2006

mercredi 31 mai 2006 par Alain Faujas

Les pays en développement n’ont jamais attiré autant de capitaux privés étrangers qu’en 2005. Si l’on additionne les rachats d’entreprises ou d’actions, les prêts et les investissements physiques, ce sont 490,5 milliards de dollars (384 milliards d’euros) qui ont pris le chemin de ces pays, contre 396,6 milliards en 2004, soit 23,6 % de mieux.

Dans son rapport 2006 sur le "Financement du développement" publié mardi 30 mai, la Banque mondiale se félicite d’un tel bond. "Il témoigne d’un regain de confiance dans l’avenir économique" de ces nations, selon François Bourguignon, économiste en chef de la Banque.

Les investisseurs ont en effet vu une opportunité dans la croissance de 5 % l’an en Afrique, en Asie et en Europe de l’Est et de 4 % en Amérique latine, quand les pays riches se traînent à + 2,8 %. Des performances qui leur ont permis d’oublier l’instabilité de ces économies.

Les agences de notation ont relevé les notes attribuées aux pays en développement, au point que les écarts de taux pour risque se sont réduits fortement, autorisant ces Etats à lever un montant record d’obligations, soit 131 milliards de dollars, contre 102 milliards en 2004.

Toutes les régions du monde ont profité de ces capitaux, mais l’Europe orientale et l’Asie centrale se sont taillé la part du lion en raison des privatisations, fusions-acquisitions et investissements qui s’y sont multipliés.

Dix pays continuent de mobiliser la majorité des investissements directs étrangers (IDE) : la Chine, la Russie, le Brésil, le Mexique, la République tchèque, la Pologne, le Chili, l’Afrique du Sud, l’Inde et la Malaisie. Le rapport note un petit mieux dans cette répartition, puisque ces dix favoris attirent 65 % des capitaux privés, au lieu de 75 % à la fin des années 1990. Les flux d’IDE de pays du sud à pays du sud ont cessé d’être confidentiels. Leur montant est passé de 14 milliards de dollars en 1995 à 47 milliards en 2003, ce qui représente 37 % des IDE des pays en développement.

La plupart des entreprises qui investissent à l’étranger le font pour prendre pied sur les marchés voisins ; par exemple, 40 % des investissements russes visent l’Europe et l’Asie centrale. Certains pays voient plus loin : la moitié des investissements chinois à l’étranger ont été réalisés, en 2004, dans les matières premières d’Amérique du Sud ; le Brésil a quant à lui investi massivement en Angola et au Nigeria .

Tous n’ont pas également accès au crédit international. Un premier groupe de pays peut émettre à bon compte des obligations, et notamment la Chine , le Chili , la Hongrie , la Malaisie, le Mexique , la Pologne , la Russie et la Thaïlande.

La signature d’un deuxième groupe est moins réputée, aussi doivent-ils se tourner vers les crédits bancaires plus onéreux. Tel est le lot de l’Algérie , de la Bolivie , du Gabon , du Mozambique, du Sénégal ou de l’Ouzbékistan.

Le troisième groupe enfin est composé de pays encore moins sages : l’Arménie, le Cambodge, la Côte d’Ivoire, la Mongolie, le Népal ou le Zimbabwe. Pas question pour ceux-ci de prêts privés. Il leur faut se tourner vers l’aide publique, qui peut prendre la forme de dons ou de prêts conditionnels. Le rapport relativise la progression de l’aide publique au développement, qui a atteint 106,5 milliards de dollars en 2005 : "La majeure partie de cette augmentation record est due, y lit-on, à l’allégement de la dette consentie à deux pays seulement, l’Irak et le Nigeria."

Le rapport de la Banque prédit, par la voix de Hans Timmer, chargé du suivi des tendances mondiales, que "la hausse des prix du pétrole, des taux d’intérêt et les pressions inflationnistes qui commencent à se manifester devraient freiner la croissance dans la plupart des régions en développement, mais celles-ci continueront à enregistrer de meilleurs résultats que les pays à revenu élevé".


L’Afrique renoue avec une croissance forte

"Pour la plupart des pays africains, l’avenir semble plus favorable qu’il ne l’a été depuis longtemps." Cette phrase tirée des cinquièmes"Perspectives économiques en Afrique 2005-2006", rapport publié par le Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), mardi 16 mai, donnera un peu d’espoir aux habitants de ce continent considéré comme le plus mal loti de la planète.

Certes, les auteurs de ce rapport rappellent que des catastrophes humanitaires sont en cours au Soudan ou en Ethiopie, que l’instabilité cause encore des dégâts en Côte d’Ivoire ou dans l’est de la République démocratique du Congo, sans parler du "naufrage de l’économie du Zimbabwe".

Pourtant, l’horizon s’éclaircit, comme en témoigne le panorama des trente pays d’Afrique passés en revue représentant 86 % de sa population et 90 % de sa production.

C’est vrai côté croissance : + 4,9 % en 2005, + 5,8 % prévus en 2006 et encore + 5,5 % en 2007. Et tout le monde semble concerné par cette relative prospérité : l’Afrique du Nord (+ 6,3 % en 2006) est tirée par les hydrocarbures, avec un ruban bleu décroché par la Mauritanie, qui vient d’exporter ses premiers barils (+ 26,9 %). Les troubles ivoiriens ralentissent peu l’Afrique occidentale (+ 5,3 %), mais l’instabilité freine l’Afrique centrale (+ 5 %).

La sécheresse au Malawi ou au Kenya n’empêche pas l’Afrique orientale de réaliser une belle performance (+ 5,6 %). Quant à l’Afrique australe (+ 5 %), elle est écartelée entre la descente aux enfers du Zimbabwe (- 4,8 %) et l’opulence pétrolière de l’Angola (+ 26,4 %).

Les paramètres économiques du continent sont favorables. L’inflation demeure "extraordinairement" faible (+ 7,3 % en 2006) pour des pays confrontés à un renchérissement de leurs importations énergétiques. Là encore, le Zimbabwe, avec ses 1 000 % de hausse des prix, fait figure d’exception. Les soldes budgétaires demeurent largement positifs - 6,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2005 - et les excédents du commerce extérieur deviennent considérables (6,3 % du PIB).

Ces beaux résultats ont eu, bien sûr, pour origine la hausse des cours des produits pétroliers et des matières premières due à la croissance mondiale. D’ailleurs, les pays exportateurs d’hydrocarbures ont progressé plus vite (+ 5,5 %) que les autres (+ 4,4 %).

Mais il faut, selon l’OCDE , attribuer cette accélération à un regain des aides publiques au développement, surtout sous forme d’annulations de dettes : les aides à l’Afrique représentaient 36 % des aides mondiales en 1999, mais 46 % en 2004 (79,5 milliards de dollars, soit 62 milliards d’euros). Il faut aussi mentionner un retour des investissements étrangers (18 milliards de dollars en 2004), même s’ils ont surtout privilégié le secteur extractif.

MAUVAIS ÉTAT DES INFRASTRUCTURES

Le rapport souligne un apaisement certain en Afrique, concrétisé par des élections ou des référendums "normaux" en Tanzanie, au Burundi, en Ouganda, au Bénin, au Cap-Vert ou à Sao Tomé notamment. La démocratie s’enracine, et des pays comme le Nigeria, le Congo ou le Cameroun mettent en place des procédures de contrôle des activités pétrolières assurant de la transparence.

Reste un long chemin à parcourir sur la voie du développement. Le rapport note que six pays africains seulement sont"susceptibles d’atteindre l’Objectif (du millénaire, fixé en 2000 par l’ONU) crucial consistant à réduire de moitié le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour" : Algérie, Egypte, Libye, Maroc, Maurice et Tunisie.

Enfin, ce n’est pas tant la "corruption omniprésente" - rappelée pour mémoire - qui soucie les auteurs, que l’état des transports et des infrastructures du continent, tant "les fournisseurs (pour la plupart publics) se sont distingués par la médiocrité de leurs services". Le rapport conseille aux pays africains qui engrangent en ce moment des recettes exceptionnelles - et non pérennes - de les consacrer aux routes, ponts, ports et chemins de fer qui manquent pour créer un commerce continental et participer aux échanges mondiaux.

Car les auteurs affirment que le continent pâtit d’une "mobilité bloquée", tant "les plus pauvres d’entre les pauvres sont confinés chez eux", à l’image des habitants des townships d’Afrique du Sud. Selon eux, collectivités locales et Etats, bailleurs internationaux et investisseurs privés doivent unir leurs efforts pour améliorer la mobilité physique des biens et des personnes, sans laquelle il ne peut y avoir ni vie sociale, ni identité nationale, ni commerce, ni développement.


Les objectifs du "Millénaire"

En 2000, l’ONU a fixé des objectifs, dits "du Millénaire", pour faire reculer de moitié la pauvreté d’ici à 2015.

La faim. Les progrès réalisés par l’Afrique subsaharienne pour réduire la proportion des personnes souffrant de la faim "sont négligeables du fait de l’accroissement démographique, d’une baisse de la productivité agricole et des conflits", note le rapport de l’OCDE.

L’école. A peine un quart des 53 pays africains pourraient scolariser 100 % de leurs élèves dans le primaire en 2015.

L’égalité. Le pourcentage des femmes élues à la députation dépasse 20 % uniquement en Afrique du Sud, Erythrée, Mozambique, Namibie, Ouganda, Rwanda, Tanzanie et Tunisie. Un seul pays frôle la parité, avec 48,8 % : le Rwanda.

La mortalité. Seule l’île Maurice est parvenue à l’objectif de réduire des trois quarts la mortalité maternelle. Avec un taux de 920 pour 100 000 naissances, celle de l’Afrique subsaharienne demeure la plus forte du monde.

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