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Un article de Rosa Moussaoui paru dans l’Humanité du 5 mars 2005

Référendum : ce sera le 29 mai

vendredi 4 mars 2005 par Rosa Moussaoui

La révision constitutionnelle entérinée par le Congrès, s’ouvre désormais la dernière ligne droite du référendum, dont le président de la République a fixé officiellement la date ce vendredi au 29 mai, au terme d’une semaine marathon de consultations des responsables politiques.

En avançant la date du Congrès, Jacques Chirac avait donné le signe d’une précipitation diversement reçue. Les tenants du « non » y ont vu une manière d’écourter le débat démocratique nécessaire à la maîtrise des enjeux de ce projet de constitution par les citoyens, et une preuve de fébrilité face à la montée du « non ».

Dans le camp du « oui », la perspective d’une accélération du calendrier, plutôt bien reçue, plonge pourtant certains dans la perplexité. C’est que la stratégie de la course contre le « non » est à double tranchant. « Jouer une campagne à la va-vite est le pire service qu’on puisse rendre à la constitution, met en garde Hervé Morin, président du groupe UDF à l’Assemblée nationale. Plus on donne aux Français le sentiment qu’on veut leur extorquer leur vote, plus on multiplie les risques de rejet. » Le député centriste résume bien le dilemme de Jacques Chirac, du gouvernement et, plus largement, de tout le camp du « oui », Parti socialiste compris : comment faire vite sans donner le sentiment d’escamoter le débat démocratique ? Reste que tous les responsables politiques semblent se ranger à la proposition de tenir le référendum fin mai, à l’exception de Georges Sarre et de Marie-George Buffet. La secrétaire nationale du PCF a plaidé, lors de sa rencontre avec le président de la République, « pour que la France se donne le temps de la démocratie, afin que les Français puissent s’exprimer en toute connaissance de cause » et pour que « le temps de parole des partis politiques dans les médias soit réparti dans le respect de l’expression des différentes sensibilités ».

Autre question : le mécontentement social se convertira-t-il, au terme du débat, en vote « non » ? Même si les sondages donnent encore une confortable avance au « oui », cette interrogation est dans toutes les têtes, et nul doute que les mobilisations de cette semaine seront scrutées à la loupe. Manifestation ce samedi à Guéret, en Creuse, pour la défense des services publics, journée d’action interprofessionnelle du 10 mars pour l’emploi, les 35 heures et les salaires, rendez-vous lycéen le 8 mars contre la loi Fillon : chaque mobilisation fait craindre aux partisans du traité constitutionnel une montée du « non ». Dans ce contexte social tendu, la hausse du taux de chômage, qui a franchi pour la première fois depuis cinq ans la barre des 10 %, fait dire à certains que « c’est sur ce dossier que se jouera en partie le référendum ». Les citoyens pourraient, en effet, refuser l’inscription, dans une constitution, de politiques économiques qui maintiennent à plus de 20 millions le nombre de chômeurs dans l’Union élargie...

La partie sera donc serrée, et le gouvernement le sait, qui met tout en oeuvre pour dissocier politique intérieure et choix européens et échapper ainsi à l’épée de Damoclès du vote sanction. « Il faudra appeler les Français à ne pas se tromper de scrutin ni de traité », a ainsi martelé Jean-Louis Borloo, suivi par Élisabeth Guigou, qui exhorte elle aussi les électeurs à ne pas confondre « l’échéance du référendum » et « la sanction politique » du gouvernement. Dans le même registre, les appels à dépolitiser le débat, à transcender le clivage gauche-droite au nom de l’Europe se font plus pressants, avec en point d’orgue, cette semaine, le discours prononcé à l’Assemblée nationale par le chef du gouvernement espagnol, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero. Après un vibrant plaidoyer en faveur du projet de constitution, celui-ci n’a pas hésité à moucher les socialistes français qui tenaient à rappeler son appartenance politique. « Je préside un gouvernement progressiste mais, face à vous, je représente un pays. Je me sens ici dans la maison européenne », a-t-il lancé, recevant en réponse des applaudissements chaleureux et nourris sur les bancs de la droite. Face à un camp du « oui » actif, enclin à jouer la carte de la dramatisation, mais de moins en mois sûr de l’issue du référendum, les partisans du « non » de gauche, peu relayés sur la scène médiatique, continuent à occuper le terrain et poursuivent une campagne militante tôt engagée. Ils ont été rejoints, mercredi, par l’ancien premier secrétaire du PS, Henri Emmanuelli, qui a décidé, après plusieurs mois d’hésitation, de faire à son tour sécession pour mener campagne pour le « non ». Une défection de plus pour un Parti socialiste, qui a collectionné les abstentions lors du vote de la révision constitutionnelle et qui a de plus en plus de mal à faire entendre la seule voix du « oui ».

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