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Le Monde le 26.04.2008

Régler le sort des clandestins, une évidence économique

samedi 26 avril 2008

Des millions d’hommes et de femmes de nationalité étrangère vivent en France, parfois depuis de très nombreuses années. Certains d’entre eux étaient en situation régulière au moment où ils ont obtenu un emploi, d’autres ont obtenu cet emploi en utilisant des titres de séjour d’amis ou de membres de leur famille pour pouvoir survivre, d’autres, enfin, ont utilisé de faux papiers. Nous les connaissons bien et, pour ceux dont nous demandons la régularisation, nous les estimons.

Chefs d’entreprise, responsables de PME, artisans, nous nous sommes regroupés pour qu’une solution rapide soit trouvée à la question des salariés sans papiers qui travaillent au sein de nos entreprises.

Les situations sont diverses et ne sauraient se limiter à une vision caricaturale, celle d’employeurs choisissant de recruter de façon consciente un travailleur sans titre de séjour. Pour l’un, c’est un aide-cuisinier qui travaille depuis des mois dans son restaurant à qui il demande un jour une attestation "pour la préfecture", et dont il découvre qu’en fait il travaille sous l’identité de son cousin, pour l’autre, c’est un électricien dont le titre de séjour a été renouvelé pendant des années jusqu’à ce que la préfecture change d’avis... Beaucoup de ces salariés nous ont donné satisfaction et ont contribué à la valorisation de nos entreprises. Pendant longtemps, nous croyions être un cas à part, comme honteux de transgresser les dispositions légales, à prendre des risques. Car quelle devait être notre attitude ? Dénoncer ceux qui travaillent pour nous depuis des années ? Se séparer de travailleurs qui se sont révélés indispensables par leurs compétences ?

Conscients de l’existence de centaines de milliers de travailleurs sans papiers, aux situations diverses, les pouvoirs publics ont bien tenté (circulaire du 20 novembre 2007) de délivrer des titres de séjour aux ressortissants de pays tiers sur la base de listes de métiers connaissant des difficultés de recrutement, en modifiant l’article L 313-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers. A partir d’une enquête de l’Unedic, le ministère de l’économie proposait alors de "s’appuyer sur le calcul d’un indicateur de tension pour avoir une idée des métiers pour lesquels les difficultés de recrutement ont pour origine une pénurie d’offre de travail".

Or si les circulaires du 20 décembre 2007 et du 7 janvier 2008 dressent des listes de métiers connaissant des difficultés de recrutement, la méthode choisie évalue essentiellement les besoins économiques des secteurs professionnels identifiés par les travaux du Conseil d’analyse stratégique dans le rapport sur la prospective des métiers à l’horizon de 2015.

C’est à la fois insuffisant et bien loin de la réalité économique des chefs d’entreprise que nous sommes. Pour nous, un salarié étranger n’égale pas un autre. Nous avons investi dans sa formation, un lien de confiance s’est créé, le retour de nos clients est bon. Nos salariés étrangers ne sont pas des objets interchangeables. Quand ils nous donnent satisfaction, ce sont des éléments de notre réussite.

VÉRITABLE SOUCI D’INTÉGRATION

Regroupés depuis plusieurs semaines, présents dans l’ensemble des vingt-deux régions métropolitaines, nous souhaitons et demandons que la loi s’adapte à la réalité économique de nos besoins. Nous avons travaillé à la rédaction d’une proposition de loi relative au droit du travail et à la régularisation des résidents étrangers. Son ambition n’est pas d’encourager des situations illicites, mais de faire en sorte que les hommes et les femmes qui contribuent à la richesse de nos entreprises et que nous côtoyons chaque jour soient reconnus et régularisés. Sur demande d’un employeur justifiant du caractère nécessaire de l’activité de son salarié pour le fonctionnement de son entreprise, celui-ci doit se voir délivrer une carte de séjour et une autorisation de travailler.

Un grand nombre d’entre eux ont un véritable souci d’intégration ; leurs enfants vont à l’école de la République, ils déclarent et paient des impôts, ils participent à des associations, à la vie de la cité, ils sont membres des conseils de résidents des foyers dans lesquels ils sont hébergés ou appartiennent aux comités consultatifs pour les résidents étrangers de leur ville. L’inconfort de leur situation juridique les rend fragiles. Ni humainement ni économiquement cela ne nous semble bon.

Cette question de l’apport des travailleurs étrangers à l’économie française doit être réglée avec le sens des réalités économiques et de la dignité de notre personnel étranger, dans l’intérêt de nos entreprises et de nos salariés. C’est l’intérêt de tous dans une période difficile où il faut se serrer les coudes. Nous attendons des réponses.

Johann Le Goff, Konex ; Tania Decaux, Decaux déménagements ; Vanick Kurkdjian, Pk Net

Coordonnateurs du Groupement des entreprises pour la régularisation de leurs salariés (GERS)

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