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Témoignages recueillis par Pierre- Henri Lab | L’Humanité du 10.09.2009

Répression antisyndicale à ERDF GRDF : « Ils veulent faire des exemples »

samedi 12 septembre 2009 par Pierre-Henri Lab
social . EDF et GDF connaissent une vague de procédures disciplinaires. Elles touchent des militants et responsables locaux de la CGT fortement impliqués dans le conflit du premier semestre.

Des centaines de blâmes ou d’avertissements, 240 procédures de discipline, dont quatre ont d’ores et déjà abouti à une demande de licenciement (des recours devant les prud’hommes sont en cours pour vices de procédure). « La répression s’est abattue sur les agents d’EDF et de GDF », affirme la CGT énergie, qui en appelle à la solidarité des salariés entre eux et celle de la population. Jointes par l’Humanité, la direction de gdf Suez n’a pas donné suite à notre demande d’entretien. Celle d’EDF « ne souhaite pas faire de commentaires . »

« La direction veut se payer la CGT » Stéphane Miliadis, secrétaire général du syndicat CGT ouvriers-employés d’ERDF-GRDF de Cergy

« Je suis convoqué devant la commission de discipline pour "entrave à la liberté du travail". La direction prétend que j’aurais empêché les véhicules de service de rentrer et de sortir d’un site. Je ne reconnais pas les faits. Je constate d’ailleurs que la direction n’apporte aucune preuve des accusations qu’elle formule. Je pense que, ce que l’on me reproche, c’est d’avoir fait grève. Sanctionner est une manière de dire à l’ensemble du personnel : regardez ce qui arrive quand on fait grève ! Je crois aussi que la direction veut se payer la CGT. Depuis quelques années mon syndicat à Cergy s’est redynamisé et compte de plus en plus de syndiqués. Nous sommes un grain de sable dans les rouages de la machine, un obstacle à la remise en cause du service public. Je suis révolté ! S’il y a eu débordement, la direction en porte la responsabilité. Elle a produit beaucoup de colère en refusant de négocier sur les salaires. Son mépris vis-à-vis des institutions représentatives du personnel, sa volonté d’empêcher la CGT de s’adresser aux jeunes embauchés en menaçant ces derniers de représailles s’ils sont surpris à discuter avec un délégué… Tout cela contribue à un climat électrique. Soutenue par un gouvernement plus prompt à faire condamner les salariés qui défendent leurs emplois qu’à mettre fin au scandale des bonus, la direction se sent pousser des ailes pour réprimer les agents. »

« On me reproche ma présence à un rassemblement » Dominique Gissot secrétaire générale de la CGT énergie à Toulouse

« Je suis convoquée devant la commission de discipline pour plusieurs motifs. On me reproche ma présence à un rassemblement le 21 avril au siège régional d’EDF. D’avoir ce jour-là demandé à la direction de cesser de filmer et photographier à leur insu des salariés. Et surtout de ne pas avoir respecté mon « devoir de modération ». En gros, on me reproche de ne pas avoir su calmer la colère et la révolte des salariés. Un comble ! Car ce profond ressentiment des salariés a été provoqué par la direction. C’est son refus de négocier sur la question salariale, son mépris pour les droits des salariés, le dialogue social et les représentants du personnel qui l’ont généré. Les motifs de ma convocation ne sont que des prétextes. Je remarque que, sur Toulouse, la totalité des salariés sous le coup d’une procédure disciplinaire sont des représentants ou des élus CGT. À quelques mois d’échéances électorales au sein de l’entreprise, c’est une manière de dire aux salariés : réfléchissez à deux fois avant de prendre des responsabilités syndicales ou un mandat électif ! Voilà ce qui arrive à ceux qui choisissent la CGT ! Regardez à quoi vous vous exposez ! C’est de la discrimination syndicale ! »

« Le dossier est vide de preuves » Cédric Liechti, secrétaire général de la CGT énergie à Paris.

« Je suis convoqué devant la commission de discipline pour "entrave à la liberté du travail". On me reproche également de m’être rendu sur des sites sans autorisation. On m’accuse d’avoir aussi proféré des menaces physiques envers des cadres. Ces accusations sont fantaisistes. Le dossier est vide de preuves. En vérité, il s’agit de matraquer les salariés pour leur faire passer l’envie de recommencer à l’avenir un tel mouvement. Puisque les agents sont majoritairement attachés au service public et rejettent une logique d’entreprise dont le seul bénéficiaire est l’actionnaire, la direction use du bâton pour les faire rentrer dans le rang ! Elle se sent pousser des ailes tant elle est soutenue par le gouvernement. Le traitement dont nous sommes victimes tranche avec celui appliqué aux banquiers et aux patrons. En France, sous ce gouvernement de droite, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le patronat et les actionnaires peuvent en toute impunité piller les richesses créées par les salariés et briser la vie de centaines de milliers de familles de salariés en fermant les usines, en les rejetant dans le chômage et la précarité. Mais quand les salariés agissent pour défendre leurs emplois et leurs droits, ils sont traités comme des terroristes. »

« La direction n’a pas digéré le fait que les personnels se mobilisent » Dominique Liot, secrétaire CGT de CHSCTà Toulouse.

« Je suis convoqué devant la commission de discipline pour avoir rétabli l’électricité à une famille en grande difficulté. On me reproche également de ne pas m’être acquitté de mon "devoir de modération" pour calmer la colère des agents. Je crois que la direction n’a surtout pas digéré le fait que les personnels se mobilisent contre sa politique au sein de l’entreprise. Même si nous n’avons pas obtenu totalement satisfaction sur les salaires, nous avons marqué des points importants sur le dossier des externalisations. À Toulouse, la direction a été contrainte de renoncer à un projet de suppression de 500 emplois et de nombreuses fermetures de sites de proximité. C’était un projet pilote expérimenté en Midi-Pyrénées et qui devait être élargi nationalement. En plus, nous avons obtenu l’embauche de 130 personnels supplémentaires. Ce type de conflit est particulièrement insupportable pour la direction, car non seulement il s’oppose aux logiques de remise en cause du service public mais en plus il est très offensif, au sens où le débat se fait sur la base de nos revendications et pas seulement sur le rejet des projets de la direction. »


Un conflit particulièrement long et dur

Agents d’EDF et GDF sont mobilisés depuis de plus de six mois pour l’emploi, les salaires et les services publics.

Engagé dès le premier trimestre 2009 dans le cadre des journées d’action interprofessionnelle et unitaire, le conflit à EDF et GDF-Suez se poursuit. Il porte sur les externalisations d’activités, en particulier les interventions sur les réseaux électriques et gaziers. L’intersyndicale CGT, CFDT, FO, CFTC et CFE-CGC estime que ces externalisations ne peuvent conduire qu’à une dégradation de la qualité de service à l’usager et à sa mise en danger en raison du manque d’entretien des réseaux. Les syndicats dénoncent aussi les conséquences sur l’emploi de ces externalisations qui menacent, selon eux, plusieurs milliers de postes. Le conflit porte également sur les salaires. L’annonce des bénéfices colossaux des deux groupes (3,4 milliards d’euros pour EDF et 5,6 milliards d’euros pour GDF) et du paiement de stock-options colossales aux dirigeants a provoqué l’ire des salariés, qui revendiquent 10 % d’augmentation (5 % du salaire de base et 5 % d’avancement pour tous les personnels) et une prime de 1 500 euros. Si les personnels de GDF-Suez employés au stockage du gaz et à son transport ont obtenu satisfaction, la direction refuse toujours de céder à ceux de la distribution. À EDF où règne la même intransigeance sur la question salariale, les agents ont imposé d’importants reculs à la direction en matière d’externalisation et pour l’embauche de plusieurs centaines de personnes. Depuis le début, le conflit est particulièrement dur. En témoigne le 22 mai dernier l’arrestation et le placement en garde à vue de 74 agents à l’issue d’une manifestation à Paris.


Le soutien du PCF et de Marie-George Buffet

« Le Parti communiste français et sa secrétaire nationale, Marie-George Buffet, apportent leur total soutien aux salariés sous le coup d’une procédure disciplinaire », a annoncé hier Éric Roulot, du collectif énergie du PCF. Le responsable communiste, qui dénonce une remise en cause du droit de grève et un acharnement antisyndical, précise que « les militants du PCF et ses élus sont disponibles pour agir au côté des salariés et participeront aux rassemblements de soutien ».

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