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Un article de Pierre-Henri Lab paru dans l’Humanité du 31 aout 2005

Robin des Bois menacé de sanctions par EDF

mercredi 31 août 2005 par Pierre-Henri Lab
EDF. Rassemblement, ce matin, à Asnières, pour soutenir un agent d’EDF, qui avait refusé d’effectuer des coupures d’électricité chez une famille modeste.

Aujourd’hui à 8 h 30, Noël Hospitael, agent au service technique-clientèle du centre EDF-GDF distribution d’Asnières dans les Hauts-de-Seine,

comparaît devant sa hiérarchie. Cet entretien préalable constitue la première étape d’une procédure disciplinaire engagée à son encontre par la direction. Cette dernière l’accuse de « ne pas avoir réalisé les interventions demandées par sa hiérarchie » et de l’« avoir dissimulé ». En clair, il est reproché à Noël Hospitael de ne pas avoir techniquement mis en oeuvre la réduction de puissance de l’installation électrique qui frappe un usager sous le coup d’une procédure de service maintien de l’énergie (SME) pour cause de non-paiement d’une facture.

« Une femme dont la detresse

a exacerbé ma révolte »

Le SME constitue la première étape de la procédure de coupure d’électricité. En théorie, il offre un délai qui doit permettre, en collaboration avec différents services sociaux, de trouver une solution afin de régler les impayés et de rétablir un service normal. En pratique, les moyens des services sociaux pour aider les usagers en difficulté s’avérant insuffisants, le SME n’est souvent qu’un bref sursis avant une nouvelle réduction de la puissance électrique de l’installation puis la coupure définitive.

Les faits reprochés à Noël Hospitael remontent au 12 juillet dernier. Ce jour-là, l’établissement de Villeneuve-La Garenne où il travaille est bloqué par des membres de la CGT chômeurs et de l’APEIS. Ces derniers empêchent toute sortie du bâtiment pour protester contre les coupures d’électricité qui frappent des familles modestes. « Un dialogue s’est instauré avec les responsables de l’établissement et ces derniers se sont finalement engagés à ne procéder à aucune coupure ce jour-là », témoigne Robert Piot, membre du comité national de la CGT chômeurs, présent à la manifestation. Dès lors, le blocage du bâtiment est levé, les manifestants se contentent de s’assurer que les agents d’EDF qui en sortent ne vont effectivement pas procéder à des coupures. « En raison de l’accord passé avec les chômeurs, ma hiérarchie m’a ordonné d’effectuer des relevés de consommation », explique Noël Hospitael. Muni de l’appareillage électronique nécessaire, l’agent technique passe sans ambages le contrôle des manifestants et entame sa tournée. « J’ai alors reçu un appel de ma hiérarchie m’intimant l’ordre de

retrouver un responsable de l’établissement. Ce dernier m’a remis des bons pour procéder à des SME », se rappelle-t-il. « J’étais écoeuré par le double jeu de la direction qui a sciemment trompé les manifestants. D’un côté, elle s’est engagée vis-à-vis d’eux à ne procéder à aucune coupure, de l’autre, elle a organisé clandestinement leur mise en oeuvre », explique l’agent. « Ensuite, j’ai rencontré le premier usager. Une femme dont la détresse a encore exacerbé ma révolte », explique-t-il. Noël Hospitael prend alors contact avec la section CGT de son établissement dont il est sympathisant. Cette dernière le « mandate, dans le cadre de ses opérations Robin des bois, pour ne pas procéder aux coupures ». De retour à l’établissement d’EDF, il saisit ses comptes rendus d’intervention « sans mentionner qu’il n’a pas procédé à la réduction de puissance de l’installation électrique de l’usager ». Mal lui en prend car la hiérarchie fait procéder à une vérification de sa tournée et décide d’engager une procédure disciplinaire.

Rassemblement de soutien à l’appel de la CGT et de l’apeis

Aujourd’hui, Noël Hospitael ne comparaît pas seul. Solidaires, l’APEIS et la CGT-chômeurs organisent avec la FNME CGT, à l’heure où il se présentera devant la direction, un rassemblement de soutien. Le secrétaire général de la CGT énergie, Frédéric Imbrecht, sera présent ainsi que des délégations d’élus communistes de Gennevilliers et de Saint-Denis. « Notre premier objectif est que la direction abandonne les poursuites », explique Xavier Chuat, secrétaire CGT du centre de distribution d’Asnières. « Ce combat est primordial car, avec Noël, la direction cherche à faire un exemple. Elle tente ainsi de décourager, à l’avenir, toute contestation par les agents de sa gestion. » Autre motif invoqué par les organisateurs du rassemblement : revendiquer le droit à l’énergie. « Depuis le début de l’année, 6 000 coupures ont été effectuées dans les 28 communes que compte le secteur d’intervention du centre de distribution d’Asnières. Plus de 20 000 usagers connaissent des difficultés pour honorer leur facture », souligne Xavier Chuat. « Faudra-t-il un nouveau drame, un nouvel incendie meurtrier provoqué par l’utilisation de bougies pour qu’enfin on interdise les coupures d’électricité ? » interroge Robert Piot. Jointe par l’Humanité, la direction d’EDF « n’a pas souhaité s’exprimer ».

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