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Un article de Christophe Deroubaix paru dans L’Humanité du 8 juin 2006

SNCM, RTM... Quand Marseille résiste

jeudi 8 juin 2006 par Christophe Deroubaix
Dans une ville où les inégalités, déjà fortes, s’accroissent encore, les services publics apparaissent comme les derniers garants d’une certaine égalité. C’est ce qui s’est exprimé lors des conflits emblématiques de l’automne 2005.

Société nationale Corse-Méditerranée, Régie des transports marseillais : Marseille a connu durant l’automne 2005 ses deux mouvements de grève les plus importants depuis une décennie. Ces conflits avaient au moins un point commun : la défense du service public, mise en avant par les grévistes, et menacé, selon eux, par des décisions des autorités politiques.

La SNCM , que le gouvernement a réussi à privatiser non sans avoir dû garder un quart du capital, assure une mission de continuité territoriale entre la Corse et le continent. Comme les trains de la SNCF , les bateaux de la compagnie publique desservent le territoire corse, quelle que soit la saison, quel que soit le nombre de passagers.

À la RTM , c’est la gestion du futur tramway ouverte à la concurrence qui se trouvait au coeur de l’opposition entre l’intersyndicale et la communauté urbaine de Marseille, l’autorité organisatrice. Finalement, la première ligne, inaugurée début 2007, sera exploitée par une société détenue à 51 % par la RTM et à 49 % par Veolia Transport (société que l’on retrouve dans le capital de la SNCM), tandis que le réseau de bus et de métro demeurera du seul ressort de la RTM.

Dans les deux cas, on le voit, les salariés et leurs syndicats ne se sont pas mobilisés autour du statut des agents - marins ou conducteurs - mais des missions de leurs entreprises.

Au regard de l’histoire de Marseille et du développement autour de son port, il n’est pas étonnant que la question se soit cristallisée autour des transports. Elle ne relève cependant pas que du passé et demeure d’une actualité brûlante. Dans une ville où les inégalités - déjà fortes - ne cessent de croître, les services publics apparaissent comme les derniers garants d’une certaine égalité.

Revenons aux transports. Marseille est une ville étendue (290 kilomètres carrés, contre 45 pour Lyon) qui a été urbanisée jusqu’à ses confins dans les années soixante-dix, dans l’attente que la progression de la population, constatée entre le milieu des années cinquante et la fin des années soixante (+ 250 000 habitants), ne vienne combler les trous du gruyère. Mais la deuxième ville de France a entamé, à ce moment-là, sa décroissance démographique : le gruyère est resté. La courbe s’est redressée depuis le début des années quatre-vingt-dix mais la densité reste six fois plus faible qu’à Paris. Dans ce contexte, assurer un service public de transport se révèle bien plus coûteux dans la cité phocéenne. Bien plus coûteux - Jean-Claude Gaudin ne se prive jamais de le rappeler - mais, aussi et surtout, bien plus impérieux dans une ville où la moitié de la population n’est pas assujettie à l’impôt, où un quart vit sous le seuil de pauvreté et dans laquelle l’échelle des revenus ne cesse de s’étirer, aggravant encore les fractures sociales.

Ces quelques données montrent l’importance des services publics dans l’organisation et la cohérence de la société marseillaise, symbolisées notamment par les Hôpitaux de Marseille, premier employeur de la ville. Elles renvoient également à leur insuffisance. Exemple : une mère de famille de la Savine, cité excentrée des quartiers Nord, qui doit emprunter deux lignes de bus différents pour se rendre au bureau de poste, c’est de la galère à usage immédiat, une de plus.

En élargissant le périmètre, on peut y ajouter la question des équipements publics (aucune médiathèque dans les quartiers Nord) et tous ces « biens publics » (eau, routes...) livrés, en partie ou totalement, au privé. Pour passer du nord à l’est de la ville, sans s’embourber dans le centre-ville, l’automobiliste doit emprunter le tunnel du Prado-Carénage et acquitter un péage (2,40 euros). Arrivée à domicile, la facture de la société des eaux de Marseille (Veolia et Lyonnaise) l’attend : 3 euros le mètre cube contre 1,60 euro à Martigues qui a fait le choix de la régie, donc du service public.

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