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Un article de Michel HENRY paru dans Liberation le 07 octobre 2005

SNCM : pour l’Etat, c’est réglé

vendredi 7 octobre 2005 par Michel HENRY
Face au blocage, le gouvernement se décharge sur la direction pour faire avaler le plan de privatisation. Les salariés poursuivent la grève.

La SNCM (Société nationale Corse-Méditerranée) est dans l’impasse et pourtant Thierry Breton se montre fier de lui : « Vous pourrez nous dire précisément merci car nous aurons sauvé la SNCM », assurait-il hier aux sénateurs. Le rejet du plan de reprise par les syndicats, réitéré hier ? « Ils ne sont pas là pour négocier le tour de table » (1), estime le ministre de l’Economie : assez joué, place aux actes. Selon son ministère, l’objectif du gouvernement, qui a délégué mercredi deux ministres (Breton et Dominique Perben, Transports) à Marseille, sans succès, « n’était pas de trouver un accord » impossible tant que les syndicats réclament un Etat à 51 %. Il s’agissait d’« expliquer le plan de sauvegarde », de rappeler « l’impossibilité pour l’Etat d’être à plus de 25 %» car la Commission européenne aurait « fermement dit » que, dans ce cas, « ce sera un, deux, trois bateaux qu’il faudra céder pour donner des contreparties face à la concurrence », selon Breton.

Après deux voyages du duo ministériel en quarante-huit heures, le gouvernement considère le dialogue achevé. Il attend que la SNCM convoque un comité d’entreprise (CE) extraordinaire pour « mettre en oeuvre le plan de redressement ». « Il n’y aura plus de nouveau rendez-vous avec le gouvernement », assure-t-on chez Breton. Un conseil d’administration examinera lundi la situation financière « et peut mandater le président pour un dépôt de bilan éventuel si l’entreprise n’est plus viable ». Le ministère martèle : « On est au bout de ce qu’on pouvait faire. C’est soit ce plan, soit le dépôt de bilan. » Hier soir sur France 2, Dominique de Villepin a enfoncé le clou : « Les salariés détiennent les clés, nous avons fait notre part du chemin. » Le Premier ministre a confirmé qu’il n’y aurait pas de « licenciement sec ».

Le ministère tente de se délester : « Une fois le plan mis en place, la direction effective de l’entreprise revient à Veolia-Connex. » Mais tout ça, c’est de la théorie. Car les salariés rechignent. Un CE ? « C’est moi le secrétaire du CE, et je ne signe pas l’ordre du jour. Donc, il n’y en a pas », explique Bernard Marty (CGT, majoritaire). La grève continue : dix-septième jour, hier. « Au début, c’était 100 % de privatisation, dit Marty. Puis l’Etat est passé à 25 %, puis ils ajoutent une part de salariés pour arriver à 34 %. Y a encore un peu de boulot à faire. » Jean-Paul Israël (CGT) trouve Breton « meilleur que Perben, plus dégourdi dans le verbe, à son aise avec les syndicats. Mais il n’y a pas de contenu ». La CGT se dit toutefois « disposée à reprendre la discussion ».

De son côté, le Syndicat des travailleurs corses (STC, minoritaire) demande un sursis à la privatisation, le temps d’élaborer un projet alternatif. Le STC est également disposé à lever partiellement le blocus des ports corses qui asphyxie l’île. Quant au Port autonome de Marseille, il vivait hier son dixième jour de grève. L’économie locale souffre : le Medef a estimé hier la perte, pour les entreprises et les commerçants, à 125 millions d’euros depuis le début du conflit à la SNCM, le 20 septembre. Et, à terre, la Régie des transports marseillais (RTM) poursuit sa grève entamée mardi.

(1) Fixé depuis mercredi comme suit : Butler 38 %, Veolia-Connex 28 %, Etat 25 %, salariés 9 %.

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