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Claire Guélaud Rémi Barroux | Le Monde le 30.11.2007

Salaires : la précarité affecte les revenus

vendredi 30 novembre 2007 par Rémi Barroux, Claire Guélaud

La mesure de l’évolution des salaires et des revenus salariaux est aussi complexe que celle du pouvoir d’achat. Dans son édition 2007, rendue publique jeudi 30 novembre, l’enquête Les Salaires en France en porte témoignage. L’Insee y fait le constat d’une reprise salariale en 2006 dans le privé, mais pas dans la fonction publique.

Mais il y relève également la légère diminution, entre 2000 et 2005, du revenu salarial annuel, c’est-à-dire de l’ensemble des salaires perçus sur une année par une personne chez un ou plusieurs employeurs, et sa stagnation en euros constants depuis le début des années 1980. Cette stagnation surprenante, eu égard à la hausse soutenue du smic ( hors inflation entre 1978 et 2005) et du salaire moyen par tête, l’Insee l’explique par l’augmentation de la proportion de salariés à temps partiel ou occupant des formes "atypiques" d’emploi, et par la baisse du nombre de jours rémunérés, une tendance que Nicolas Sarkozy veut inverser avec sa doctrine du "travailler plus pour gagner plus".

L’année 2006 a été meilleure que 2005 dans le privé. Une croissance plus robuste (+ 2 %) a permis en 2006 de créer 283 000 emplois, soit 106 000 de plus qu’en 2005. Elle a favorisé l’augmentation des salaires dans le privé : + 1,2 % en euros constants pour le salaire mensuel de base et + 1,8 % pour le salaire moyen par tête, qui prend notamment en compte les primes et les heures supplémentaires. Comme en 2005, cette hausse est plus marquée pour les ouvriers (+ 1,4 %) et pour les employés (+ 1,3 %) que pour les professions intermédiaires et les cadres (respectivement + 1 % et + 0,9 %). C’est dans la construction, qui peine à recruter, que le salaire mensuel de base augmente le plus (+ 1,7 % en euros constants), contre respectivement + 1,1 % et + 1,2 % dans l’industrie et le tertiaire.

Le salaire moyen par tête des fonctionnaires n’a pas bougé. Malgré la revalorisation de 0,5 % du point d’indice au 1er juillet, l’attribution uniforme d’un point d’indice le 1er novembre, et un certain nombre d’autres mesures indiciaires ou catégorielles, le salaire moyen par tête des administrations publiques"n’aurait augmenté que de 1,7 % en moyenne sur 2006, contre 2,1 % en 2005". Hors inflation, il a stagné en 2006.

Ce diagnostic global mérite d’être nuancé. Ainsi, dans la fonction publique de l’Etat, où les départs ne sont pas rares, les agents entrés en 1983 et toujours présents en 2005 ont vu leur salaire net moyen augmenter de 2,4 % par an. Un salarié à temps complet sur deux gagne moins de 1 528 euros net par mois. Dans les entreprises du secteur privé et semi-public, le salaire net annuel moyen pour un travail à temps complet s’élevait en 2005 à 22 842 euros, soit 1 904 euros par mois. La dispersion salariale entre catégories socioprofessionnelles reste forte : un cadre à plein temps perçoit 45 237 euros net par an, contre 16 900 pour un ouvrier et 16 079 pour un employé. En 2005, 10 % des salariés à temps complet ont gagné moins de 12 506 euros net annuels et 10 % ont gagné plus de 36 349 euros. La médiane (qui partage la population des salariés à temps complet en deux groupes égaux) s’établit à 18 336 euros, soit 1 528 euros net par mois.

Le revenu salarial annuel se limite à 16 800 euros par an pour l’ensemble des salariés et à 16 100 pour ceux du privé, soit 29 % de moins que le salaire annuel moyen d’un poste à temps complet dans le secteur concurrentiel. Le revenu salarial a baissé de 0,2 % à 0,5 %, entre 2000 et 2005, mais stagné en euros constants sur une plus longue période (1978-2005) en raison de la modification des conditions d’emploi. En vingt-sept ans, la proportion des travailleurs à temps partiel est passée de 6 % à 18 % de l’effectif salarié total, et celle des autres formes d’emploi atypique (intermittence, intérim, etc.), de 17 % à 31 % du salariat. Plus que les 35 heures, ce sont les faibles durées annuelles d’emploi de ces salariés-là qui expliquent la baisse du nombre de jours rémunérés et pèsent sur les revenus salariaux.

Les femmes rattrapent leur retard. En 1951, les femmes qui travaillaient à temps complet percevaient un salaire net moyen inférieur de plus d’un tiers à celui des hommes. Cet écart, qui n’est pas dû aux seules différences de qualification, est tombé à 19 % en 2005. Il reste plus élevé (26 %) en termes de revenu salarial. Ce qui n’a rien d’étonnant : l’élévation du taux d’emploi des femmes s’est accompagnée d’un développement du temps partiel féminin.


Les bas salaires profitent des hausses du smic

Les hausses du smic, importantes entre 2000 et 2005, ont entraîné avec elles les bas salaires. Selon une étude de la Dares, à l’horizon d’une année, une augmentation de 1 % de la valeur du smic se répercuterait "quasi intégralement sur les salaires de base situés entre 1 et 1,1 smic". Cette répercussion serait de 0,5 % pour les salaires situés entre 1,4 et 1,5 smic.

Les auteurs de la note, Malik Koubi et Bertrand Lhommeau, constatent qu’"au total, plus du tiers des salariés profiteraient directement ou indirectement des hausses du smic", et de façon plus marqués pour les salariés les moins qualifiés. A l’appui de leur démonstration, ils comparent la forte progression du smic entre 2003 et 2005, 5,5 % par an – un mouvement de convergence des smic avait été lancé par François Fillon en 2003 pour compenser les effets de la réduction du temps de travail – et la progression du salaire mensuel de base des ouvriers. Sur la même période, celui-ci avait crû de 2,9 % par an, en euro constant, de 2,8 % pour les employés contre 2,4 % pour les professions intermédiaires et 2,2 % pour les cadres.

RÉPERCUSSION ÉTALÉE DANS LE TEMPS

Sur l’ensemble de la période 2000-2005, on vérifie ainsi que "les bas salaires ont été plus dynamiques que ceux du haut de la hiérarchie salariale". C’est-à-dire que le salaire mensuel de base a progressé de 4 % par an pour les salariés les plus proches du smic (entre 1 et 1,1 smic), de 2,7 % pour ceux entre 1,4 et 1,5 smic.

Cette différence, expliquent les auteurs, est plus marquée entre le deuxième et le troisième trimestre, au moment de la revalorisation du salaire minimum, qui intervient au 1er juillet. Mais, écrivent-ils, "la transmission des hausses du smic aux salaires des grilles conventionnelles n’est pas un phénomène instantané mais s’étale au contraire sur une période plus ou moins longue". Les comportements en matière de politique salariale et de négociation sont différents d’une entreprise à l’autre et fonction aussi de la taille de celles-ci.


Lexique

Revenu salarial. Défini comme l’ensemble des salaires perçus sur une année chez un ou plusieurs employeurs par un individu, le revenu salarial n’est pas limité aux seuls travailleurs à temps complet. Il tient compte de l’ensemble des situations d’emploi (temps partiel, intérim, etc.).

A mi-chemin entre le salaire horaire et le niveau de vie des personnes, le concept de revenu salarial, applicable au privé comme au public, permet donc d’affiner le diagnostic porté sur l’évolution des salaires et d’éclairer le pessimisme des Français en la matière, que note la majorité des enquêtes d’opinion.

Salaire. L’indicateur de salaire retenu le plus fréquemment par l’Insee est plus réducteur : il s’agit du salaire annuel net moyen offert par un employeur pour un poste à temps complet.

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