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Article de Lénaïg Bredoux paru dans L’Humanité du 17 novembre 2006

Samsonite devra répondre devant la justice

vendredi 17 novembre 2006 par Lénaïg Bredoux
Energyplast . Les élus du comité d’entreprise ont annoncé, hier, le lancement d’une procédure judiciaire contre l’ancien propriétaire du site.

Une phrase leur arrache un sourire. Les visages sont crispés, le regard tendu vers le fond de la cantine, là où sont assis en demi-cercle, leur faisant face, les élus du comité d’entreprise, l’expert, l’avocat, les responsables locaux et nationaux de la CGT. Mais, à l’évocation des « deux artistes qui vous dirigent », la salle murmure, ironise, acquiesce. Une grande partie des 204 salariés d’Energyplast, l’ancienne usine Samsonite d’Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, étaient présents, hier, pour assister à l’assemblée générale convoquée par les élus du comité d’entreprise (CE). Inquiets, ils ont écouté quand l’expert de Secafi-Alpha a expliqué que « si personne ne remet de l’argent, on va inéluctablement à la cessation de paiement » et que « si la direction assure pouvoir payer les salaires de novembre, cela se joue à quelques mois au maximum ».

Ils ont écouté quand Fiodor Rilov, l’avocat du CE, a expliqué comment il avait assigné la direction européenne de Samsonite et Energyplast pour « casser l’ensemble des contrats » de vente de l’usine, effective depuis un an (lire l’Humanité d’hier). L’audience est fixée au 23 janvier devant le tribunal de grande instance de Paris. « Dans le préambule des contrats, a-t-il précisé, Samsonite dit vendre parce que le site est en grande difficulté. C’est surprenant. Mais il est encore plus surprenant de voir une autre société venir acheter une entreprise présentée par le vendeur lui-même comme au bout du rouleau. »

Les élus du CE soupçonnent le groupe américain d’avoir organisé l’externalisation du plan social : il filialise une usine dont il ne veut plus, trouve un homme de paille et finance l’opération à hauteur de 9 millions d’euros. « Nettement moins cher qu’un plan social évalué à entre 10 et 20 millions d’euros », selon Maurad Rabhi, secrétaire général de la fédération CGT textile habillement cuir. « Le montage est grossier », reprend l’avocat. Sauf que les salariés y ont longtemps cru. Jean-Jacques Aurel, le président d’Energyplast, leur a vendu la reconversion du site de production de valises en fabrication de panneaux solaires. Une aubaine dans la région du charbon et dans un département sinistré...

« On s’est accroché à cet espoir, mais c’est un fiasco total. On s’est fait avoir », lâche une salariée. Seule avec quatre enfants, elle travaille depuis plus de vingt ans dans l’usine et résume le sentiment général. « Pas un panneau n’est sorti du site ! » lance un salarié excédé. Jean-Marc Mairesse, secrétaire CGT du CE, raconte : « Ils ont installé deux panneaux solaires devant l’usine quand on a lancé le droit d’alerte en juillet. Sinon, il n’y a rien ! » Certains avaient encore du mal à l’admettre, hier. Mais le dépit s’est fait colère quand le nouveau directeur de l’usine a pris la parole, accusant les salariés de mettre l’usine en danger en lançant une procédure judiciaire. « Je ne suis pas là pour assurer la défense d’un projet mal ficelé, mais pour sauver cette boîte. On est en train de boucler une négociation pour faire rentrer 6 millions d’euros. » Ils ne sont plus nombreux à le croire. Le ton monte, le bruissement se fait brouhaha. Une femme lâche doucement : « Moi, monsieur, je défends juste notre travail. » Les salariés accumulent chômage technique et RTT depuis trois ans. Alors, aux « deux artistes » de la direction, une salariée ose : « Ces marionnettes, ce n’est rien que du papier et de la ficelle. »

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