Liste des auteurs

Article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 13 décembre 2006

Shell finit par céder à Gazprom la majorité dans le projet pétro-gazier "Sakhaline-2"

mercredi 13 décembre 2006 par Jean-Michel Bezat

Les dirigeants de Royal Dutch Shell ne se faisaient plus d’illusions depuis quelques mois : la compagnie anglo-néerlandaise savait qu’elle ne resterait pas longtemps majoritaire dans le consortium Sakhaline-2, qui va produire du pétrole et du gaz dans l’extrême-orient russe.

Reçu vendredi 8 décembre à Moscou par le patron de Gazprom, Alexeï Miller, et le ministre russe de l’énergie, Viktor Khristenko, le patron de Shell, Jeroen Van der Veer, a proposé que la société russe prenne 50 % et une part de Sakhaline-2, ramenant celle de son groupe à 25 %, indiquent le Financial Times de Londres et le Nihon Keizai Shimbun de Tokyo dans leurs éditions du 12 décembre. Les deux sociétés japonaises consentiraient à perdre chacune 10 % pour ne garder que 15 % et 10 % dans le consortium.

Le Kremlin et le monopole public Gazprom ont ainsi mis bon ordre dans le plus gros investissement étranger en Russie avec 22 milliards de dollars (16,6 milliards d’euros). Et surtout dans le seul projet à ne faire aucune place à un partenaire russe, puisqu’il est détenu à 55 % par Shell et respectivement 25 % et 20 % par les sociétés japonaises Mitsui et Mitsubishi.

L’INQUIÉTUDE DU JAPON

Les trois sociétés n’avaient guère le choix. Plus dur que son homologue de l’énergie, le ministre russe des ressources naturelles et l’agence environnementale qui en dépend faisaient pression sur elles depuis des mois, mais aussi sur l’américaine ExxonMobil dans le projet "Sakhaline-1".

Ils les accusaient de violer les normes environnementales dans le cadre du développement de ces projets lancés dans les années 1990, quand la Russie post-communiste s’était ouverte aux investisseurs étrangers.

Dépourvu de toute ressource énergétique, le Japon s’inquiète des retombées de cette prise de contrôle de Gazprom pour ses approvisionnements. "Il est extrêmement important que les ressources du projet "Sakhaline-2" soient bien livrées à leur utilisateur final", a prévenu, mardi, le ministre japonais de l’économie. Il en va, selon lui, de la "crédibilité des contrats entre entreprises privées" et de l’avenir des investissements étrangers en Russie.

Le jour même de la rencontre entre les autorités russes et le patron de Shell, Moscou a lâché un peu de lest sur un second projet stratégique pour la Russie : l’exploitation des 3 700 milliards de mètres cubes de gaz de Chtokman (mer de Barents). Le 9 octobre, Gazprom avait pourtant fait savoir qu’il ne retenait aucune des compagnies en concurrence (Total, Chevron, ConocoPhillips, Statoil et Norsk Hydro) pour développer ce projet avec lui. On leur reprochait, chez Gazprom, d’être "trop gourmandes".

"Il est possible que des partenaires soient engagés dans le développement du projet sous différentes formes", a déclaré M. Khristenko. Des déclarations dans le droit fil de celles du président russe. Vladimir Poutine avait affirmé, la veille, que le dossier n’était "pas définitivement clos" et qu’il pouvait être "de nouveau examiné". A condition que les sociétés russes aient "en échange, un accès au consommateur final de gaz naturel aux Etats-Unis et en Europe".

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !