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Un article de Jacques Coubard paru dans L’Humanité du 31 décembre 2005

Succès des grévistes du métro new-yorkais

dimanche 1er janvier 2006 par Jacques Coubard
Trois jours de grève interdite, la « Grosse Pomme » n’avait pas connu un tel mouvement social dans les transports depuis vingt-cinq ans.

Les salariés du métro et des bus de New York ont gagné. Après trois jours d’une grève interdite, des amendes d’un million par jour d’arrêt, les menaces d’emprisonnement, un nouveau contrat a été signé dans la nuit de mardi à mercredi après d’âpres négociations qui ont donné satisfaction aux plus importantes revendications du syndicat des travailleurs des transports (TWU) de la ville. New York n’avait pas connu un tel mouvement dans les transports publics depuis vingt-cinq ans.

La direction a retiré, son projet provocateur : relever l’âge de la retraite de 55 à 62 ans pour les nouveaux arrivants et élever leur participation au fonds de pension, ce qui revenait à abaisser les salaires. L’ensemble des travailleurs paieront désormais une contribution de 1,5 % à la couverture de leurs soins médicaux. Ils recevront une augmentation de 10,9 % étalées sur trois ans. Un congé de maternité est accordé aux femmes enceintes (elles devaient auparavant être déclarées en maladie). Un fonds pour la formation a été créé. Enfin, l’anniversaire de la naissance du pasteur Martin Luther King, figure emblématique de la lutte contre le racisme, sera désormais une journée fériée payée, comme le demandaient les travailleurs de la compagnie dont 70 % sont des travailleurs de couleur.

Le nouveau contrat porte sur 37 mois au lieu de 36, afin d’éviter une nouvelle négociation à la veille des fêtes de fin d’année en 2008. Ces dispositions ont été adoptées par la direction du syndicat par 37 voix contre 4 et elles vont être maintenant soumises au vote du personnel.

Le succès est d’autant plus important que l’ensemble des grands médias new-yorkais, le maire Bloomberg et le gouverneur Pataki avaient mené une campagne teintée de racisme contre le syndicat. Le dirigeant national du syndicat des transports y avait contribué par une déclaration surprenante, intimant aux employés new-yorkais de ne pas cesser le travail.

Les conditions présentées par la direction des transports risquaient de créer un précédent dans les services publics de la « Grosse Pomme ». Les pompiers, les policiers, les employés municipaux craignaient de se voir imposer des contrats qui s’attaquent également à leur salaire et à leur protection sociale. Leur solidarité, ajoutée à celle de la population (selon un sondage, 54 % des New-Yorkais soutenaient les grévistes), a largement pesé sur les négociations menées dès le début du mouvement par les trois médiateurs prévus par la loi Taylor (qui interdit la grève). Roger Toussaint, le président du TWU, avait rappelé aux donneurs de leçon de réalisme libéral que la compagnie avait engrangé un bénéfice d’un milliard de dollars qui justifiaient amplement les demandes du syndicat. La direction ayant accepté d’abandonner son plan pour les retraites en échange d’une abordable augmentation de la contribution des salariés à leur couverture santé, un accord fut rendu possible. Bloomberg, le maire milliardaire, qui avait traité de « voyous » les grévistes dans une déclaration délirante, s’est « réjoui » de l’accord intervenu.

Même s’il reste que les grévistes vont devoir payer environ 1 000 dollars chacun, selon le New York Times, pour se partager l’amende infligée par un juge de la Cour suprême de la ville, le revers des autorités est une cuisante riposte aux pressions contre les salaires qui sont exercées dans tous les domaines.

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