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Un article de Olivier Truc paru dans Le Monde du 8 avril 2006

Suède : chômage et CDD à répétition pour les 18-24 ans

samedi 8 avril 2006 par Olivier Truc

Fia Gumpel, 23 ans, vient de quitter l’emploi de vendeuse qu’elle occupait depuis février dans une boutique de vêtements à Stockholm. Un petit boulot de plus après une poignée d’autres. Elle avait obtenu ce contrat de 14 heures par semaine grâce à une société d’intérim. Mais même via ce biais, la tâche est ardue. "Il y a tellement de jeunes qui cherchent ce type d’emploi non qualifié que ça devient presque impossible de trouver si on n’a pas de contacts. Il peut y avoir 300 demandes pour une place".

Après le lycée et des formations d’informatique, cette jeune Suédoise a commencé à travailler il y a trois ans. Elle a régulièrement pointé au chômage. "Très peu de jeunes bénéficient d’un contrat à durée indéterminée (CDI). Je trouve qu’il est trop simple de licencier en Suède. Je voudrais que l’on supprime toutes ces formes de contrats précaires." Les CDD, qui sont le lot quotidien de plus en plus de Suédois, se renouvellent de mois en mois, parfois plus souvent encore.

"Sans préavis, ils peuvent vous virer du jour au lendemain. J’ai vécu comme ça pendant deux ans", dit Fia Gumpel. "Environ 40 % des membres de LO de moins de 30 ans ont un contrat précaire, ce qui est bien trop élevé", note Johan Ingelskog, un responsable de LO, la Confédération des syndicats qui organisent 80 % des employés et ouvriers suédois. C’est l’un des paradoxes de la Suède, où la jeunesse est frappée par un chômage des jeunes de 12 % des 18-24 ans (deux fois plus élevé que la moyenne nationale) et victime d’une paupérisation croissante.

Le pays a la réputation d’avoir un marché du travail plutôt libéral car son droit du travail est minimaliste. Tous les détails sont réglés dans les accords collectifs négociés entre patronat et syndicats. "Et ces accords sont souvent plus flexibles que la législation", précise Carl Klint, responsable des jeunes à l’Agence nationale de l’emploi.

Les syndicats estiment toutefois que l’emploi est bien protégé, qu’il est difficile de licencier, avis partagé par la droite qui voudrait introduire dans le code du travail un CPE à la française. Les périodes d’essai de six mois sont déjà devenues la norme. Et la protection de l’emploi concerne exclusivement les CDI. Car, dans les faits, la survie des contrats temporaires et à temps partiel est laissée au bon vouloir des entreprises, qui bénéficient d’une immense liberté de mouvement.

En outre, "de plus en plus de jeunes passent de CDD en CDD pendant des années, parfois même au sein de la même entreprise", admet Fredrik Möller, conseiller dans une agence nationale de l’emploi à Stockholm. "La forte protection des CDI fait que depuis la crise des années 1990, où le chômage avait beaucoup augmenté, les CDD se sont multipliés, ce qui permet aux entreprises de contourner les difficultés de la loi pour licencier, regrette Jonas Franzen, un chômeur de 30 ans dans une petite ville du sud de la Suède. Les lois ne sont plus adaptées à ces formes de contrat et à la multiplication des agences d’intérim." "De plus en plus de jeunes n’ont pas les moyens de se loger. Ils vivent chez leurs parents ou sont contraints de partager un logement ou de se surendetter", dit Peder Palmstierna, porte-parole de l’Association des locataires, qui n’hésite pas à parler de "génération perdue".

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