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Un article paru dans Le Figaro du 10 aout 2005

Suez conforte sa position dans l’énergie

mercredi 10 août 2005
En reprenant l’intégralité d’Electrabel, le groupe français aura désormais les coudées franches dans sa filiale belge

« C’est une étape décisive dans la constitution d’un groupe européen intégré. » Gérard Mestrallet, président de Suez, a justifié ainsi hier les 11,2 milliards d’euros que le groupe de services aux collectivités va débourser pour racheter les 49,12% d’Electrabel qu’il ne détient pas encore. Il y a quelques mois, les marchés demandaient à Gérard Mestrallet de clarifier la situation entre la maison mère et sa filiale de production d’énergie. Il avait alors indiqué que la participation de 50,08% lui convenait parfaitement, évitant ainsi que le titre Electrabel ne s’emballe. Ce qui aurait renchéri l’opération lancée hier. Depuis quatre ans, les investisseurs anticipent pourtant cette transaction. L’action Electrabel a pris plus de 24%, tandis que l’indice de référence de la Bourse de Bruxelles, le Bel 20, a reculé de près de 2%. En coulisse, les équipes de Suez, unanimes sur l’opportunité du rachat des minoritaires d’Electrabel, s’activaient pour définir la meilleure fenêtre de tir. Pour Gérard Mestrallet, le moment choisi est idéal. Il explique que les finances de Suez sont assainies et que les modalités de l’ouverture des marchés de l’énergie en Europe sont plus claires. L’Espagne a publié son livre blanc sur sa politique énergétique et l’Allemagne est en train de mettre en place une toute nouvelle autorité de régulation qui sécurise les opérations outre-Rhin.

Suez a donc gagné plus de visibilité sur les opportunités à venir et l’intégration totale d’Electrabel vaut aujourd’hui bien quelques sacrifices financiers. Cette filiale, très rentable et avec des cash-flows récurrents significatifs, a toujours été décrite comme la « vache à lait » de Suez. Si le groupe percevait des dividendes substantiels de sa filiale, il n’avait pas accès à sa trésorerie. Par ailleurs, il n’était pas tout à fait maître chez lui : il devait justifier chacune des opérations faites a priori suspectes de favoriser ses intérêts. Gérard Mestrallet ne veut plus de cela, d’autant que le secteur de l’énergie a le vent en poupe et qu’il faut se positionner très vite comme l’un des acteurs de la consolidation du marché. Electrabel est déjà numéro un en Belgique et numéro deux en France, grâce aussi aux actifs de Tractebel détenus en direct par Suez. Suez, avec Electrabel, Tractebel, Distrigaz ou Fluxys, était numéro trois européen pour les ventes d’électricité en 2004, derrière EDF et E.ON et numéro trois également dans le gaz.

Les capitaux levés en Bourse par Gaz de France et ceux que récoltera bientôt EDF donneront aux deux entreprises publiques une nouvelle force de frappe et Suez ne veut pas se laisser distancer. Surtout sur ces marchés phares que sont la France et le Benelux. Or Gaz de France vient de racheter, avec le britannique Centrica, le numéro deux belge SPE. Les Espagnols sont également très actifs. Il y a quelques mois, Suez a même échappé de peu à un raid d’Iberdrola. De son côté, Endesa a mis la main sur un très bel actif en France, la Snet. Pas question de les regarder faire leurs courses. Un groupe intégré est un « groupe qui peut aller plus loin, plus vite, plus fort », explique Gérard Mestrallet, qui refuse néanmoins officiellement de voir Suez comme « un prédateur, ni comme une proie ».

La nouvelle entité disposera néanmoins des moyens de profiter de certaines opportunités. Suez a d’ores et déjà indiqué qu’il investirait 2 milliards d’euros dans de nouvelles capacités de production, y compris une participation éventuelle dans le réacteur nucléaire de troisième génération EPR. Depuis des mois, Gérard Mestrallet martèle que l’Europe devra faire face à une pénurie de gaz et d’électricité si de nouvelles capacités ne sont pas installées. D’ici à 2020, elle devra importer 70% de son énergie contre 50% aujourd’hui. Une situation alarmante. Par ailleurs, la compétitivité du continent est menacée par la hausse du coût de l’énergie. Les prix de l’électricité ont plus que doublé depuis 2001, pour atteindre près de 45 euros le mégawattheure sur le marché de gros.

A cela doit encore s’ajouter la mise en oeuvre progressive du protocole de Kyoto qui vise à réduire les émissions des gaz à effet de serre. En quelques mois, sur les marchés d’échange de droits à polluer, la tonne de CO2 est passée de 8 euros à près de 30 euros. Seules de nouvelles capacités de production d’énergie propre ou peu émettrice de CO2, nucléaire et de regazéification du gaz naturel liquéfié, pourraient permettre de sortir de cette impasse. La banque Morgan Stanley estime que 17 milliards d’euros sont nécessaires pour les quatre prochaines années. Suez veut en être.

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