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Un article de Pierre Avril paru dans Le Figaro du 21 avril 2006

Suez et Gaz de France défendent leur union à Bruxelles

mardi 21 mars 2006 par Pierre Avril
Jean-François Cirelli et Gérard Mestrallet ont rencontré, hier, le commissaire à la Concurrence. Objectif : convaincre que leur projet est européen. Enel se rend à Bruxelles aujourd’hui.

« IL S’AGIT d’un projet européen qui accroît la concurrence dans l’UE et renforce la sécurité d’approvisionnement », a déclaré le patron de Gaz de France, Jean-François Cirelli, à l’issue d’une rencontre avec le commissaire à la concurrence, Mme Neelie Kroes. Hier, les dirigeants de Gaz de France et de Suez sont venus plaider devant la Commission européenne la cause de leur « projet industriel ».

La notification de la fusion auprès des autorités communautaires ne devant pas intervenir avant la « mi-avril », la rencontre revêtait, pour les deux hommes, un objectif plus politique que juridique : tenter d’effacer l’impact négatif qu’ont eu auprès de l’exécutif européen les propos du premier ministre, Dominique de Villepin. A Strasbourg, la semaine dernière, Neelie Kroes avait assuré les eurodéputés que la Commission « regardera toujours avec inquiétude toute tentative, directe ou indirecte, par un gouvernement national d’interférer indûment dans le processus de restructuration transfrontalière des entreprises en Europe ». Elle avait ajouté : « Nous serons durs... contre les Etats membres qui ne mettent pas en oeuvre correctement ce que prévoit la législation » sur la concurrence.

Cette offensive de charme française avait également pour but de concurrencer celle que poursuivra aujourd’hui l’administrateur délégué d’Enel, Fulvio Conti, en visite également à Bruxelles. Il ne devrait pas manquer de dire combien il le sentiment que le gouvernement français a bel et bien interféré indûment dans cette restructuration transfrontalière des entreprises. Il profitera de cette rencontre pour sentir dans quel état d’esprit est la Com mission européenne sur ce sujet. De quoi nourrir sa réflexion au moment de décider de lancer, ou non, une OPA hostile sur Suez.

Un contrepoids à EDF

Jean-François Cirelli et Gérard Mestrallet ont donc vanté la complémentarité franco-belge de leur rapprochement ainsi que son caractère « européen ». La fusion donnerait naissance au premier acheteur de gaz en Europe et au premier opérateur méthanier, ces bateaux qui transportent le gaz naturel liquéfié. Ils ont aussi insisté sur le fait que le nouvel ensemble permettrait de faire contrepoids au monopole d’EDF sur le marché français. Pour sa part, la Commission n’a fait aucun commentaire sur la rencontre, présentée à Bruxelles comme une simple opération de relations publiques. L’exécutif européen « attendra » la notification de l’opération avant « d’évaluer » les distorsions de concurrence susceptibles d’être générées par la fusion. Mais, d’ores et déjà, l’évolution du marché belge - où le nouvel ensemble se retrouvera en position dominante - suscite toute l’attention. Gaz de France envisage déjà la possibilité de devoir se séparer de la SPE, producteur belge d’électricité, dont il détient 25%. Cette cession correspond à une revendication centrale du gouvernement Verhofstadt.

Mais Suez n’est pas disposé à aller beaucoup plus loin en termes de désinvestissements. L’année dernière, au moment de son OPE sur Electrabel, le groupe avait déjà suscité les passions outre-Quiévrain mais n’avait pas cédé. Certes, mais en quelques mois l’environnement économique et politique a évolué.


Gazprom est en embuscade

Le géant russe du gaz veut participer au mouvement de consolidation de l’énergie en Europe. Les cessions attendues en Belgique en cas de mariage entre Suez et Gaz de France l’intéressent.

L’OMBRE du géant russe Gazprom plane sur l’Europe en ces temps de recomposition des acteurs de l’énergie du Vieux Continent.

Ce monopole d’État, étroitement contrôlé par le Kremlin, et qui détient 16% des réserves mondiales de gaz, ne cache pas son intérêt depuis plusieurs mois pour le marché belge de l’énergie, lui-même en pleine ébullition depuis l’annonce de la fusion entre Suez et GDF. Selon Bruxelles, la compagnie russe serait intéressée par « l’approvisionnement, le stockage en gaz naturel liquide et le terminal de Zeebrugge ». Ce site de la mer du Nord, que le gouvernement belge souhaite développer, est une plaque tournante des flux gaziers en Europe.

Le bras armé du Kremlin

Gazprom est également actionnaire à 35% de la société allemande de distribution de gaz, Wingas - contrôlée par BASF - et souhaite porter sa participation à hauteur de 50%. Des rumeurs insistantes le donnent acquéreur, outre-Manche, d’une partie du capital de British Gaz. Et officiellement, il s’est déclaré prêt, à l’automne dernier, à prendre 10% du marché français.

« L’intérêt de Gazprom pour la Belgique tient aussi au fait que les réserves européennes de la mer du Nord sont loin d’être inépuisables », ajoute Vladimir Tchizov, représentant permanent de la fédération russe auprès de l’UE. En 2010, une fois que le projet de gazoduc germano-russe (NGEP) sera achevé, Gazprom sera en mesure de fournir le marché allemand en plus grande quantité. « Et dans une seconde étape, explique le diplomate russe dans un entretien au Figaro, ce pipeline pourrait alimenter la Belgique et les Pays-Bas. »

Mais en Europe, et particulièrement dans les ex-satellites de l’URSS, ces projets ont de quoi alimenter les fantasmes autour de cette entreprise, décrite comme un des bras armés de la politique étrangère du Kremlin. Gazprom est à l’origine de la guerre gazière russo-ukrainienne, qui début janvier a profondément déstabilisé les approvisionnements énergétiques du continent. C’est Vladimir Poutine lui-même qui, lors d’une tournée européenne, en octobre dernier, avait évoqué avec les dirigeants belges l’intérêt manifesté par Gazprom pour leur marché national.

C’est pourquoi le sort de Gazprom est lié à celui du « dialogue énergétique » que la Russie et l’UE souhaitent renforcer. Le thème de la « dépendance extérieure » à l’égard de Moscou sera au coeur du prochain Conseil européen, jeudi et vendredi. « On peut se demander si les projets de Gazprom sont conformes avec notre objectif, qui est justement de réduire cette dépendance », s’interroge un diplomate européen.

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