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Un article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 25 février 2006

Suez souhaite se marier avec Gaz de France face au risque d’un raid hostile de l’italien Enel

samedi 25 février 2006 par Jean-Michel Bezat

Quand les dirigeants de Suez étaient interrogés sur un éventuel rapprochement avec Gaz de France, leur réponse était invariable : cela aurait un sens industriel, mais la loi oblige l’Etat à garder au moins 70% de l’ancien opérateur historique et rend la fusion impossible. L’hypothèse d’une offre publique d’achat (OPA) de l’italien Enel sur le groupe français d’énergie et d’environnement a changé la donne. Pour contrer l’offensive de l’entreprise transalpine - qui s’intéresse surtout aux centrales nucléaires d’Electrabel (filiale à 100% de Suez) -, un rapprochement avec Gaz de France est bien à l’étude.

La fusion GDF-Suez donnerait naissance à un grand électro-gazier européen (50 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans l’énergie), plus diversifié qu’EDF et capable de rivaliser avec l’allemand E.ON-Ruhrgas. "Elle aurait énormément de sens, analyse un acteur-clé du dossier. Suez et GDF sont très complémentaires dans l’électricité et le gaz, et la fusion ne détruirait aucun emploi, ce qui est rare dans ce type d’opération." Une telle opération entre les deux groupes, qui ont déjà annoncé la construction en commun de deux centrales au gaz en France, permettrait aussi de lever les hypothèques qui pèsent sur elles : cinquième entreprise européenne de l’énergie, Suez n’en est pas moins fragile en raison d’un capital éclaté (74% des actions dans le public). Puissant dans le secteur du gaz, Gaz de France reste un poids moyen en Europe, seul l’importance de l’Etat dans son capital (80 %) le prémunissant contre l’OPA hostile d’un groupe étranger.

"On ne va pas nationaliser Suez, ironise un observateur. Réaliser une telle fusion suppose que la part de l’Etat dans GDF tombe très en dessous de 70 %." Et que le gouvernement fasse sauter ce verrou en modifiant la loi du 9août 2004, hypothèse peu probable avant l’élection présidentielle de mai 2007. Mais il y a visiblement urgence. Et, en attendant, les deux groupes pourraient franchir une première étape symbolique en procédant à un échange de participations.

Les amis de Suez se mobilisent. Le banquier Felix Rohatyn, ex-administrateur du groupe, se dit "totalement opposé" à une OPA d’Enel. "S’il y a vraiment une logique industrielle, l’opération devrait se faire de manière consensuelle", explique l’ancien ambassadeur des Etats-Unis en France. Sur ce dossier, il conteste tout lien avec Alain Minc, président d’AM Conseil (et du conseil de surveillance du Monde SA), que certains présentent comme l’inspirateur de la démarche d’Enel. Un rôle que M.Minc refuse de commenter.

LE PRÉCÉDENT BNP-BNL

La perspective d’une telle OPA hostile va créer un nouveau contentieux politique entre Paris et Rome - moins d’un an après le règlement du grave différend qui les avait opposés sur le rachat de 50% d’Edison par EDF. Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont fait savoir aux autorités de la Péninsule, mercredi, leur hostilité à un rachat de Suez par Enel, qu’ils considéreraient comme une agression contre la France.

Confirmant qu’il avait bien eu un entretien téléphonique avec les deux chefs de l’exécutif français, Silvio Berlusconi leur a demandé de rester neutres. Le président du conseil souhaite que Paris fasse preuve de réciprocité et n’entrave pas une OPA qui, pour l’heure, n’a pas été lancée par l’italien. A Rome, on rappelle en effet que les autorités italiennes ne se sont pas opposées au récent rachat de BNL par BNP Paribas - sans dire qu’il s’agissait là d’une OPA amicale.

Les Italiens n’oublient surtout pas que, dans le secteur de l’énergie, ils ont ouvert la porte à EDF. Au terme d’une bataille de plus de quatre ans, ils ont finalement levé leur veto au rachat d’Edison par le groupe français (en collaboration avec la société milanaise d’électricité et de services AEM), propulsant ainsi EDF au rang de deuxième opérateur dans la Péninsule. Un rang qu’ils veulent que leur propre champion national occupe désormais dans l’Hexagone.


Madrid cherche des parades législatives pour contrer l’offre d’E.ON sur Endesa

Hostile à une prise de contrôle du groupe d’électricité Endesa par l’allemand E.ON, le gouvernement espagnol cherche à mettre en place des garde-fous législatifs pour contrer cette opération. Le ministère de l’industrie a annoncé, jeudi 23février, que la réforme pour freiner les hausses du prix du kilowatt sur le marché de gros de l’électricité sera approuvée très bientôt par le conseil des ministres. Elle permettrait de réduire les perspectives de bénéfices.

Selon la radio nationale espagnole, le gouvernement songe aussi à élargir les fonctions de la Commission nationale de l’énergie, lui permettant d’étudier l’offre d’E.ON et d’y mettre son veto si elle affecte les activités réglementées du transport et de la distribution de l’électricité. Jeudi à Lisbonne, en marge d’un congrès sur le commerce, l’ancien premier ministre José Maria Aznar a affirmé craindre que le gouvernement ne suive une "logique de nationalisme économique".

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