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Entretien réalisé par Jacqueline Sellem | L’Humanité le 12.09.2007

« Sûreté et transparence sont contradictoires avec le profit »

mercredi 12 septembre 2007 par Jacqueline Sellem, Claude Aufort
Claude Aufort, ingénieur, ancien administrateur du Commissariat à l’énergie atomique, réagit au projet de privatisation du nucléaire public.

Nicolas Sarkozy annonce une refonte de la filière nucléaire. Est-ce que, comme pour GDF, c’est la privatisation qui est en ligne de mire ?

Claude Aufort. Dans ce domaine comme dans d’autres, le président de la République met en oeuvre ses orientations libérales et la disparition progressive du secteur public, en accord avec les orientations européennes.

Les enjeux sont particulièrement importants dans le domaine nucléaire. Ils touchent au prix futur de l’électricité. Le coût du kilowattheure nucléaire est un des plus bas par rapport aux autres modes de production d’électricité. Il permettra à court terme une rentabilité importante quand le prix sera déterminé par les lois du marché. D’où l’intérêt des groupes privés pour les activités nucléaires.

La privatisation, même partielle dans un premier temps, des activités nucléaires met en cause l’effort de recherche à long terme fait par le CEA. Un affaiblissement de cet effort est déjà programmé quant aux objectifs de recherche en rapport avec la baisse des financements provenant des dividendes d’Areva (actuellement le capital d’Areva est détenu à 78 % par le CEA). Cette refonte fera baisser la participation du CEA.

Enfin, la privatisation, avec les critères de rentabilité exigés par le privé, ne peut pas répondre à une nécessaire surcapacité d’investissement destinée, d’une part, à anticiper l’évolution des besoins, d’autre part, à laisser des marges de manoeuvre pour que l’Autorité de sûreté nationale ait les moyens d’arrêter des installations sans provoquer une baisse de la production. Il faut avoir en tête le dernier tremblement de terre survenu au Japon, qui a entraîné l’arrêt du premier centre mondial de production d’électricité. Ces nécessaires surcapacités sont en contradiction avec la rentabilité financière.

Enfin, doit-on laisser au privé des activités dites sensibles du fait de leur rôle dans la production des armes nucléaires. Au moment où l’Iran réclame la maîtrise du nucléaire civil avec la crainte que cette maîtrise permette à ce pays d’accéder aux armes nucléaires, le gouvernement de notre pays doit-il s’engager vers la privatisation des technologies sensibles comme l’enrichissement de l’uranium ? Par ailleurs, on constate qu’Areva, qui exploite des réserves d’uranium au Niger, a, en ce moment, des problèmes politiques avec ce pays. Areva va-t-il devenir à propos de l’uranium ce que sont les groupes pétroliers avec l’or noir ?

Cette orientation concernant le nucléaire prend-elle en compte les préoccupations qui devraient être au coeur du prochain Grenelle de l’environnement ?

Claude Aufort. La question de la privatisation du nucléaire devrait être au centre des sujets traités. Ce ne sera pas le cas. En effet certaines des organisations antinucléaires qui sont représentées de manière importante dans ce Grenelle militent pour l’interdiction du nucléaire sans s’occuper du reste. Et, sur ce point, elles n’ont aucune chance d’être entendues car, objectivement, le nucléaire est indispensable pour répondre aux besoins mondiaux d’électricité sans accroître les émissions de gaz à effet de serre.

Que deviennent en particulier les questions de sécurité ?

Claude Aufort. Chacun sait que des craintes, voire des inquiétudes, se développent parmi les citoyens concernant les risques du nucléaire. La privatisation ne peut pas, au contraire, améliorer la confiance des Français, et au-delà des citoyens de la Terre, dans cette forme d’énergie. Chacun sent bien, malgré les affirmations des groupes privés, que les exigences de sûreté et de transparence sont contradictoires avec celles de la rentabilité financière et des pratiques du secret industriel. Au lieu de créer les conditions d’un retour vers la confiance, la privatisation ne peut que développer la méfiance et le refus des activités nucléaires pourtant indispensables.

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