Liste des auteurs

Article de Laurent Checola paru dans L’Humanité du 5 septembre 2006

Syndicalistes contre « LBO »

mardi 5 septembre 2006 par Laurent Checola
Finance . Un collectif alerte les délégués syndicaux sur une dérive des formes d’acquisition d’entreprise dites LBO (leverage buy-out).

Lors de l’audience du vendredi 25 août au tribunal de Paris sur la cession du Printemps, deux observateurs avisés assistent à la tenue des débats contradictoires. Membres d’un collectif recensant les dérives des nouvelles formes d’acquisition d’entreprises, ils voient dans la revente du Printemps un cas typique de LBO - pour leverage buy-out (ou « opération à effet de levier »). Procédé désormais très en vogue sur les marchés financiers, le LBO consiste à acheter une entreprise avec un minimum d’investissements, en s’endettant beaucoup. Les initiateurs de l’opération se remboursent ensuite en s’arrogeant les dividendes de la société acquise, puis en la revendant à court terme, avec une forte plus-value. De tels cas, Philippe Matzkowski, fondateur du Collectif LBO en janvier 2006 et délégué syndical CGT, en a déjà vu beaucoup, à commencer par l’entreprise de composants électroniques qui l’emploie, Eurofarad.

« Nous voulons partager nos expériences », confie-t-il après l’audience. Car la liste des entreprises françaises cédées par ce biais est déjà longue : Nocibé, Souriau, Banania ou encore Cegelec. Véritables consultants syndicaux, les membres du collectif « forment et informent » les délégués de la CGT. « Nous sensibilisons les diverses fédérations aux enjeux financiers, et nous tissons des liens de solidarité. » Car pour Philippe Larasse, un autre membre, fonctionnaire de la Caisse des dépôts, « tous les secteurs économiques sont désormais concernés ». Les salariés des entreprises, qui manquent souvent d’informations sur le LBO, bénéficient également de l’expertise des conseillers.

Constitué en association loi 1901, le collectif entend établir un contrepoint à l’Association française des investisseurs en capital (AFIC), qui encourage les ventes à effet de levier. Forte de 50 membres actifs, l’association sollicite directement les entreprises à risque.

« Nous identifions les sociétés pouvant faire l’objet de LBO, et nous les démarchons. » Malgré le peu de moyens, des résultats encourageants sont obtenus en interne. « Lors d’un stage organisé en juin sur l’économie sociale, la confédération CGT a explicitement inscrit le LBO dans ses problématiques », se félicite Philippe Larasse.

Le collectif n’entend pas en rester là et espère mobiliser au-delà de la CGT. « Tous les syndicats doivent agir de concert », soulignent les deux syndicalistes. Les membres actifs s’attellent également à sensibiliser les diverses formations politiques, de gauche mais aussi de droite. « Les grands patrons, défenseurs d’une transformation patrimoniale, ne sont pas nécessairement favorables au LBO », explique Philippe Larasse, avant de préciser qu’en matière de lutte contre les effets de levier « seules impor- tent les mesures concrètes ». À cet égard, pour le fonctionnaire de la Caisse des dépôts, « l’idée du Parti communiste faisant de la Caisse des dépôts le noyau financier d’un pôle financier public » est la plus séduisante. Une idée dont ils pourront débattre lors de la Fête de l’Humanité, à laquelle le collectif a été convié.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !