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Entretien réalisé par Olivier Mayer | L’Humanité du 9 janvier 2009

Syndicats. René Mouriaux « Les résistances ne peuvent gagner que si elles s’épaulent »

samedi 10 janvier 2009 par Olivier Mayer, René Mouriaux
Pour René Mouriaux, docteur en sciences politiques, spécialiste de l’histoire des idées politiques et du syndicalisme, l’unité réalisée constitue un « événement ».

L’accord pour une journée interprofessionnelle le 29 janvier et la plate-forme unitaire, rendue publique hier, est-ce un événement important dans la vie syndicale ?

René Mouriaux. Certains se réfèrent à l’accord de 1966 entre la CGT et la CFDT pour situer la portée de l’événement. Les années 1966 à 1977, avec le mouvement social de 1968 et les accords de Grenelle, sont un moment de grande puissance syndicale. Mais par la suite, le front se lézarde. De 1986 à 1995, ce sont des années terribles de rivalité constante, avec la tentative de recomposition, un regroupement des forces syndicales réformistes. Cela a abouti à des scissions au sein de la CFDT avec la création des syndicats SUD et l’explosion de la FEN en 1992. Cette tentative de recomposition émiette et, face à cela, un raidissement de la CGT s’opère. Les années de 1995 à 2007 sont une période d’alliances instables. La CGT et FO se serrent la main en 1995, la CFDT accepte un rapprochement avec la CGT en 1998. Mais ces alliances ne durent pas. Les quelques victoires obtenues, comme en 2006 avec le contrat première embauche (CPE), sont remises en question peu après par des contre-réformes plus dures encore. Fonction publique attaquée, services publics privatisés… le recul social est important. En 2007 avec l’élection de Nicolas Sarkozy, nous sommes entrés dans une nouvelle phase, celle de la révolution conservatrice made in France. Les syndicats ont été pris dans une tenaille : « Ou vous participez aux "réformes", ou vous ne comptez plus car vous vous opposez à quelqu’un qui a été élu pour faire ça. » Ça a duré un an, jusqu’aux élections locales où le pouvoir a été affaibli. Il a déçu. Mais dans la crise économique mondiale, le chef de l’État retrouve une certaine crédibilité. C’est dans ce contexte qu’il faut analyser l’accord unitaire pour le 29 janvier.

Quels éléments ont contribué à forger cette unité ?

René Mouriaux. J’en vois quatre d’inégales importances. Premièrement, les 5 confédérations se retrouvent au sein de la Confédération européenne des syndicats et de la Confédération syndicale internationale. Ça pousse à l’unité. On l’a vu lors du mouvement lancé par la CSI le 7 octobre. Ce n’est pas le facteur central mais il est facilitant. Il y a aussi le résultat des élections prud’homales et d’autres élections professionnelles, dans l’éducation nationale et dans la fonction publique territoriale. Dans les trois cas, les syndicats les plus actifs, les plus « anti-réforme » Sarkozy progressent. Ça doit pousser les autres à emboîter le pas. Un troisième facteur peut pousser localement à des regroupements, mais il peut aussi être facteur de division, c’est la réforme de la représentativité, la loi du 21 août. Il y a enfin la conjoncture : la gravité de la crise, le blocage du pouvoir d’achat et la montée du chômage. Seule l’unité peut donner de la ressource à une parade syndicale. Le combat sera difficile et les syndicats savent que sans cette unité ils seraient condamnés…

Mais la crise ne pousse pas forcément à la combativité…

René Mouriaux. Non il n’y a rien d’automatique. Mais si on regarde la crise de 1929 qui s’est fait ressentir en France dans les années trente, l’unité syndicale s’est réalisée. Et nous sommes dans une crise à cette échelle. Tout le monde n’avance pas de la même façon. La CFDT et FO ont voulu se donner du temps. Mais il y a un choc. Tout ça contribue à une unité d’action qui reste circonstancielle, mais ouvre des possibilités. Deux choses vont maintenant compter : la construction du mouvement et la réponse du patronat et du gouvernement.

La plate-forme est très large. Est-ce une preuve de force ?

René Mouriaux. Oui. Le mouvement revendicatif a souffert de sa fragmentation. On ne peut pas séparer les problèmes et ça doit se traduire dans l’action. Il y a aujourd’hui des résistances, mais elles ne peuvent gagner que si elles s’épaulent.

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