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Marie Jégo | Le Monde le 30 mai 2007

TNK-BP en passe de perdre une licence d’exploitation en Sibérie

mercredi 30 mai 2007 par Marie Jégo
L e tribunal d’arbitrage d’Irkoutsk (Sibérie orientale) a débouté, lundi 28 mai, le groupe pétrolier russo-britannique TNK-BP de sa plainte concernant l’exploitation du champ gazier sibérien de Kovykta.

Depuis la fin du mois d’avril, Rusia Petroleum (filiale de TNK-BP à 62,4 %), cherchait à faire annuler en justice la procédure engagée contre elle par les deux agences environnementales d’Etat (Rosprirodnadzor et Rosnedr) qui l’accusent de ne pas remplir ses engagements de production et menacent de lui retirer sa licence d’exploitation pour ce gisement géant.

Détenu à parts égales par la major britannique (BP) et par les milliardaires russes Viktor Vekselberg, Mikhaïl Fridman et Len Blavatnik, TNK-BP est le 3e producteur de pétrole en Russie. Avec la décision du tribunal d’Irkoutsk, le retrait de la licence de TNK-BP pour Kovykta n’est plus qu’une question de jours.

Considérées comme le bras armé du Kremlin, les deux agences environnementales du ministère des ressources naturelles reprochent à Rusia Petroleum de ne pas avoir fourni à la région d’Irkoutsk les 9 milliards de mètres cubes de gaz prévus par la licence. Considéré comme l’un des plus prometteurs de Russie, notamment pour l’approvisionnement du marché chinois, le gisement de Kovykta recélerait 1 900 milliards de m3 de gaz.

REPRISE EN MAIN DE L’ETAT RUSSE

A l’heure qu’il est, Rusia Petroleum extrait 2 milliards de m3 à peine. Produire davantage lui serait difficile, car elle ne peut sortir sa production. Le géant russe du gaz, Gazprom, qui a le monopole du transport, lui refuse l’accès à ses tubes.

Même si elle produisait plus, Rusia Petroleum ne pourrait écouler son gaz. Le marché local peut absorber 2,5 à 4 milliards de m3, et le prix de vente de l’or bleu est nettement moins élevé sur le marché intérieur (40 dollars les 1 000 m3) qu’à l’exportation (de 100 à 250 dollars pour un volume équivalent). Selon certaines sources, la compagnie brûle le gaz qu’elle ne parvient pas à écouler.

Depuis la fin de l’année 2006, TNK-BP mène des pourparlers avec Gazprom, qui a des vues sur le gisement de Kovykta. En fait, les intérêts du groupe russo-britannique, favorable à une exportation vers la Chine, se heurtent à ceux du géant russe, fort de son monopole sur les voies de sortie du gaz.

Les déboires de TNK-BP ne sont pas sans rappeler ceux de Shell, forcée, en avril 2007, de céder sa part majoritaire à Gazprom dans le gisement gazier et pétrolier de Sakhaline-2, en Sibérie. L’offensive contre le numéro trois du pétrole russe intervient dans le cadre d’une vaste campagne de reprise en main du secteur énergétique par l’Etat. En janvier 2007 à Davos, Alexandre Medvedev, directeur adjoint de Gazprom, avait indiqué que son entreprise cherchait à acquérir les parts russes de TNK-BP.

Dans le cas de Shell comme dans celui de TNK-BP, les agences publiques locales chargées de veiller au respect des normes environnementales ont joué un rôle crucial. Elles sont moins regardantes sur les normes écologiques dès lors que les sociétés opératrices de projets sont russes.

En ce moment, Gazprom construit un gazoduc entre Vladikavkaz (Ossétie du Nord) et Tskhinvali (Ossétie du Sud, Géorgie). Selon des observateurs, les arbres des parcs naturels de la région ont été coupés sans que personne n’y trouve rien à redire, surtout pas les agences chargées de veiller au respect de l’écologie.

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