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Pierre-Henri Lab | L’Humanité du 17.09.2009

Taxe carbone aux frontières : pression sur les pays du Sud

vendredi 18 septembre 2009 par Pierre-Henri Lab
Proposée par Nicolas Sarkozy, cette nouvelle taxe, dont l’efficacité est loin d’être avérée, exacerbera la concurrence et le dumping social à l’échelle internationale.

Décidément, Nicolas Sarkozy est le champion de la taxe carbone. Après le projet de création dudit impôt sur la consommation nationale d’énergies fossiles, le chef de l’État veut désormais « une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne ». Reprenant à son compte une proposition du gouvernement danois, qui préside l’UE jusqu’au 31 décembre prochain, il souhaite que soient taxés les produits importés des pays dont il juge que les efforts de réduction de gaz à effet de serre sont « insuffisants ». Dans l’immédiat, sa position est peu partagée. L’Allemagne, craignant sans doute des mesures de rétorsions de la part des pays visés sur ses propres exportations, s’y déclare défavorable. Mais le directeur de l’OMC, le socialiste Pascal Lamy, dans un entretien accordé au Figaro lundi dernier, tout en faisant part de ses réserves, a annoncé « un feu ni rouge ni vert » au projet. Le feu est donc susceptible de passer au vert. L’environnement figurant au nombre des domaines pouvant échapper aux règles du commerce international.

L’annonce du président de la République ne doit rien au hasard. À moins de trois mois du sommet sur le climat de Copenhague, la perspective de donner un successeur au protocole de Kyoto semble ne jamais avoir été aussi éloignée. Les négociations entre États, et singulièrement entre les 17 pays membres responsables de 80 % des émissions, se sont enlisées. Ceux-ci ne parviennent pas à s’accorder sur la répartition de l’effort à fournir pour, au plan mondial, réduire les émissions de moitié d’ici à 2050 par rapport à 1990. L’objectif de Barack Obama de réduire de 17 % d’ici à 2020 par rapport à 2005 (soit 7 % par rapport à 1990) les émissions des États-Unis, et celui de l’Union européenne (- 20 % d’ici à 2020 par rapport à 1990) sont jugés insuffisants par les pays émergents. Emmenés par la Chine et l’Inde, ils font valoir la « responsabilité historique » des pays industrialisés. En moyenne, un habitant des États-Unis émet en effet 24 tonnes de CO2 par an et un Européen, 10 tonnes, contre moins de 3 tonnes pour un Chinois et moins de 2 tonnes pour un Indien. En plein bras de fer international sur le climat, la proposition de Nicolas Sarkozy apparaît donc comme une menace pour les pays du Sud qui ne se rendraient pas finalement aux conditions que souhaitent leur dicter les pays du Nord dans le cadre d’un accord multilatéral.

Comme dans le cas de son homologue sur la consommation nationale d’énergies fossiles, l’efficacité de la « taxe carbone aux frontières » est loin d’être avérée. L’économiste communiste Frédéric Boccara dénonce une « proposition hypocrite sous alibi écologique ». Il souligne que « les pays occidentaux font mine d’oublier qu’une part non négligeable des émissions de gaz à effet de serre des pays émergents est le produit des délocalisations industrielles » auxquelles ils ont procédé. « Je serais curieux de connaître, par exemple, les conditions environnementales dans lesquelles Michelin produit des pneus au Brésil », insiste-t-il.

Enfin, l’établissement d’une « taxe carbone aux frontières » devrait accroître la dynamique de dumping social au plan mondial. « Pour compenser les effets de la taxe, la pression sur les emplois et les salaires va s’exacerber », prédit Frédéric Boccara. Pour ce membre de la commission économique du PCF, l’efficacité environnementale comme l’efficacité économique et sociale commandent de remettre en question le dogme de la concurrence au profit d’une coopération internationale. Il est nécessaire aussi de changer profondément « la gouvernance » des grands groupes et des multinationales. « Tout comme l’emploi, les salaires et la formation, la préservation de l’environnement et des ressources naturelles doit intégrer les critères de gestion. » Toutes propositions splendidement ignorées par celui qui prétend aujourd’hui « moraliser » le capitalisme…


Les pays du Nord délocalisent leur gaz à effet de serre

Il n’existe pas de données sur la part des émissions de gaz à effet de serre des pays émergents imputables aux délocalisations de production. Néanmoins, ces pays publient parfois des données sur l’impact environnemental de la part de leurs productions destinées aux exportations. Ainsi, selon le ministère chinois du Changement climatique, celles-ci sont responsables d’« environ 25 % des dégagements gazeux polluants » du pays.

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