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Catherine MAUSSION | Libération le 31 mai 2007

Télécom : Les opérateurs historiques n’en finissent plus de purger

jeudi 31 mai 2007 par Catherine MAUSSION
Décryptage. Emploi. Des grèves touchent France Télécom et Deutsche Telekom.

Colère des deux côtés du Rhin. Un front syndical uni (pas moins de six organisations) appelle ce matin les salariés de France Télécom à une journée massive de grève pour s’opposer au plan de suppressions d’emplois. Chez Deutsche Telekom, l’opérateur historique allemand, la grève contre le transfert massif de salariés dans une filiale dure depuis trois semaines. Chez l’un et l’autre, une même idée fixe : la réduction des coûts. Chacun la conjugue à sa façon.

Pourquoi le français et l’allemand sont à la peine

Les ex-monopoles nationaux, engraissés par la vache à lait du téléphone fixe, n’en finissent pas de se mettre à l’heure de l’ouverture à la concurrence et à la dérégulation. L’ouverture du capital, suivie de la mise en Bourse, leur a mis davantage la pression. En France comme en Allemagne, la décrue des effectifs est amorcée depuis longtemps. En dix ans, Deutsche Telekom a perdu 100 000 emplois. Il ne compte plus que 250 000 salariés dans le monde, dont un sur deux est employé sur le sol allemand. Chez France Télécom, les effectifs sont passés sous la barre des 100 000 salariés en Frnce (191 000 dans le monde), contre 150 000 dix ans plus tôt ! Deutsche Telekom, longtemps protégé par son régulateur, se réveille en plein cauchemar. Il a perdu deux millions de clients sur le téléphone fixe l’an dernier et 600 000 sur les trois premiers mois de 2007. Et il a encaissé un milliard d’euros de pertes sur le dernier trimestre 2006. France Télécom limite mieux la casse, avec un chiffre d’affaires et un résultat en légère progression en 2006. Mais chez tous deux, le mobile, censé tirer la croissance, fait du surplace.

Comment réduisent-ils leur masse salariale ?

Deutsche Telekom doit forcer l’allure, pour les marchés financiers. Le programme de réduction d’effectifs en cours (32 000 suppressions de postes entre 2006 et 2008) ne suffit pas. D’où la petite bombe lancée à la mi-avril par le management : 50 000 salariés doivent être transférés dans une nouvelle filiale du groupe, T-services, en échange d’une garantie d’emploi jusqu’en 2010. Une sorte d’externalisation à l’intérieur même de Deutsche Telekom. Les salariés, soumis à une convention collective moins protectrice, travailleront quatre heures de plus et gagneront en moyenne, 9 à 12 % de moins. Rien de tel chez France Télécom. En France, l’opérateur se contente de supprimer des emplois : 22 000 sur la période 2006-2008. « On en a déjà fait 10 300 en 2006, explique Patrick Akerman, de Sud-PTT, mais on a épuisé le filon des préretraites. Et le plus dur reste à faire . »

Les deux groupes évitent-ils les licenciements ?

En France, « on sent la montée des pressions sur les gens », dénonce Sud-PTT. « La hiérarchie est invitée à dresser des listes . » Le plan ACT, concocté par la DRH, a été décliné en interne : « allez-casse-toi ». Pourtant en France et en Allemagne, la ligne jaune du licenciement sec n’a pas été totalement franchie. A l’étranger, France Télécom ou Deutsche Telekom prennent moins de gants. Elzbieta Pacula, présidente de la section syndicale des Télécoms de Solidarnosc, est venue à Paris rencontrer ses homologues à la CGT. En Pologne, dit-elle, France Télécom, qui a racheté l’opérateur historique, a engagé une purge sévère des effectifs. En cinq ans, ils sont passés de 70 000 à 30 000 personnes. Cette année, 2 700 « mises à la porte » sont prévues et encore 2 300 dans les deux années suivantes : « On prévient les gens que dans deux mois leur poste aura disparu, et ils s’en vont ... »

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