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Un article de Jacques Coubard paru dans l’Humanité du 19 mars 2005

USA : Une crise ouverte dans les syndicats

samedi 19 mars 2005 par Jacques Coubard
Baisse des adhérents, répression, travers gestionnaires, les syndicats jouent leur survie, d’après plusieurs spécialistes réunis lors d’un colloque.

« La crise des syndicats américains se trouve à un carrefour. » Jerry Tucker, ancien dirigeant du Syndicat des travailleurs de l’automobile (UAW), tirait ainsi la conclusion de trois journées d’études et de débats consacrés à l’évolution de la société américaine organisées par la société d’études nord-américaines, à l’université - Paris-X, de Nanterre.

À l’issue de ces travaux, un débat présenté par Donna Kesselman s’est déroulé à la Sorbonne, nourrit par les - interventions de Marianne Debouzy et Jerry Tucker sur l’état des syndicats, au plus bas de leur recrutement depuis près d’un siècle, avec 8 % de la population active. Et une hémorragie qui se poursuit.

Des syndicats, précisa Marianne Debouzy, différemment structurés, possédant une histoire et une culture différentes de ceux que l’on connaît en France. Ils sont organisés par catégories, par branches, par États, selon des contrats d’entreprise. Ce qui explique que l’on trouve parfois plus de huit organisations dans une même entreprise. Divisés, combattus sans merci par les grandes compagnies, ils doivent faire face à des groupes qui ont des équipes toujours prêtes à intervenir pour casser les tentatives de formation d’un syndicat. À l’exemple de WalMart, la multinationale de la grande distribution. Or, pour former une organisation, rappelait Marianne Debouzy, il faut que 50 % du personnel donne son accord. La procédure d’élection dure parfois des mois et donne le temps à l’employeur de faire pression, de menacer de délocalisation (dans 75 % des cas) et de faire échouer le projet. Seules 25 % des tentatives aboutissent. En cas de grève, il est légal d’embaucher des remplaçants (qui auront le droit de vote) au nom du « droit de produire ».

La fermeture des grandes usines industrielles a ajouté à la dispersion, à la disparition des solidarités dans un univers où l’idéologie individualiste renvoie chacun à sa seule responsabilité. Plus de 70 % des nouveaux emplois sont créés dans les services. La mobilité, avec souvent une perte de - salaire, est la règle, ajoutant au contingent des « working poors », les travailleurs pauvres, rejetés au-dessous du seuil de pauvreté.

Les syndicats, confrontés à une guerre de classes sans merci, ont depuis un an commencé un vif débat sur une nouvelle stratégie. C’est pour relancer la centrale AFL CIO que John Sweeney avait été élu il y a près de dix ans. Pour mettre un terme à un mouvement qui s’illustrait souvent par sa bureaucratie, son - absence de démocratie, ses compromissions, son héritage des années de guerre froide et de coopération avec la CIA, et la chasse aux éléments de gauche, selon JerryTucker, qui estime que tout cela pèse - encore.

Si le renouveau syndical a permis des victoires (Las Vegas, la ville qui compte le plus de syndiqués est celle où les salaires sont les plus élevés, ou encore pour les camionneurs d’UPS, grâce à la solidarité internationale), on est encore loin du compte. De nouvelles formes de lutte ont été expérimentées alliant des associations, des groupes religieux, des étudiants. Des centres de formation ont été créés pour les chômeurs, afin de se substituer aux agences privées. Mais, les syndicats demeurent inadaptés au nouveau modèle de - société qui leur fait face, où les services ont pris une place dominante (70 % des nouveaux emplois). Ils sont confrontés, souligne Marianne Debouzy, à un choix entre un syndicalisme gestionnaire et un syndicalisme de contestation sociale.

Pour Jerry Tucker, les espoirs placés dans l’arrivée de John Sweeney (venu du Syndicat des services, SEIU) ont été déçus. Les structures ont peu bougé. La plate-forme proposée par Andrew Stern, le nouveau président du SIEU, qui menace de quitter l’AFL CIO, ne le satisfait pas plus, car elle porte seulement sur les réformes de structures aberrantes, mais ne met pas assez l’accent sur la démocratie, sur l’écoute d’une base désabusée, sans alternative devant les chocs imposés par la double offensive du patronat et du pouvoir qui multiplie les lois antisociales (retraites, santé, salaires). Le conflit qui a vu s’affronter à la direction, il y a deux semaines, deux groupes de fédérations a porté essentiellement sur le regroupement de syndicats qui se livrent parfois à une concurrence sur le même terrain, et sur la répartition plus équitable des ressources de l’AFL CIO. Selon ce vieux routier du mouvement, sans une réforme de la stratégie, les changements proposés n’auront pas d’efficacité. Il faut, selon lui, présenter des propositions de politique sociale et faire pression sur le Parti démocrate qui ne « serait rien, zéro, sans l’appui des syndicats ».

Il y a urgence, dit Jerry Tucker, afin d’éviter une scission, à débattre d’une stratégie de contre-offensive contre une agression menée sur tous les fronts contre les acquis, contre les libertés syndicales qui ramènerait les États-Unis soixante-dix ans en arrière. Un débat qui va s’amplifier avant le prochain congrès de l’AFL CIO, en juin prochain à Chicago.

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