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Un article de Paule Masson paru dans l’Humanité du 25 mai 2005

Un « non syndical » pour délégitimer l’Europe libérale

mercredi 25 mai 2005 par Paule Masson
Lancé à 500 au mois d’avril dernier, l’appel national de syndicalistes contre le projet de traité constitutionnel a trouvé un écho véritable, et compte aujourd’hui plus de 6 000 signataires.

Au départ, c’était en avril, les trois responsables syndicaux qui ont lancé un appel de syndicalistes contre le projet de traité constitutionnel n’imaginaient pas que leur initiative allait rencontrer un tel succès. Pensé pour démarrer à 200, il est finalement né avec 500 signatures et en compte aujourd’hui plus de 6 000. Elles émanent de responsables et élus de tous les syndicats, la FSU, la CGT, Solidaires, la Confédération paysanne ou l’UNEF, syndicats positionnés sur le rejet, mais aussi l’UNSA ou la CFDT dont les directions affichent un soutien au traité. « Jusqu’à notre appel, le "non" syndical n’existait pas dans la campagne. Mais la demande était forte de décliner le "non" à la constitution à partir des luttes sociales », explique Jean-Michel Drevon, membre de la FSU. Pour lui, l’initiative « a permis de sortir les grandes centrales syndicales de la confidentialité et a donné lieu à beaucoup d’appels départementaux ».

Incontestablement, la campagne est marquée par une kyrielle d’appels de militants d’entreprises, de syndicats locaux et départementaux qui ont essaimé ce « non syndical » parmi les salariés. Loin d’une simple consultation politique, la campagne est devenue le terreau d’un immense débat de société, avec au coeur des préoccupations l’Europe sociale. « Ce traité renforce le caractère libéral de l’Europe, il est donc normal pour un syndicat d’atterrir sur son rejet », atteste Christian Pilichowski, de la CGT métallurgie. « En organisant le dumping social, en programmant la fin des services publics, c’est le traité qui vient sur notre terrain syndical. Il est donc naturel de s’investir dans cette bataille », renchérit Jean-Michel Drevon. Pierre Khalfa, pour Solidaires, se réjouit quant à lui d’avoir contribué à « montrer que la dynamique unitaire contre ce traité libéral n’existe pas seulement à gauche, mais aussi parmi les syndicats ».

« Nous sommes très heureux de voir, enfin, à l’occasion de ce référendum, le débat européen se mener au plus près du terrain », expliquent les initiateurs dans un communiqué. Pour Christian Pilichowski, il s’agit d’un aspect essentiel. « Avant cette campagne, le sens libéral de la construction européenne apparaissait comme inéluctable. Notre appel fait partie de l’immense travail de fourmis qui a permis d’attirer l’attention des salariés sur le contenu du traité », analyse-t-il. La surdité gouvernementale face aux mobilisations sociales a, dans ce cadre, contribué à accentuer le sentiment antilibéral, qui passe des luttes au vote... Avant de revenir s’exprimer dans les luttes espèrent les trois syndicalistes. Car les regards se tournent déjà vers l’après. « Si le "non" l’emporte, l’Europe néolibérale sera délégitimée », assure Pierre Khalfa. Un "non" « donnerait confiance » dans l’idée qu’il est possible de gagner, renchérit Christian Pilichowski, tandis que Jean-Michel Drevon croit dur comme fer qu’un « "non" français va réveiller tout le monde ».

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