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Article de Paul Falzon paru dans L’Humanité du 25 septembre 2006

Un phénomène qui se généralise en Europe

lundi 25 septembre 2006 par Paul Falzon
En Allemagne, les agences privées s’intéressent surtout aux chômeurs les plus qualifiés, tandis qu’en Italie elles ont contribué à l’explosion du travail précaire. Tout cela n’ayant vraiment eu aucun impact sur les taux de chômage.

Le recours aux agences privées de placement est un phénomène assez neuf au sein de l’Union européenne mais qui s’est rapidement développé. Précurseur en la matière, le Royaume-Uni se distingue cependant par l’absence de coordination au niveau national entre agences publiques - les fameux jobcenters, eux-mêmes gérés selon les critères du privé - et opérateurs extérieurs. À l’inverse, les pays de l’UE qui ont choisi, depuis les années 2000 [1] , d’introduire la concurrence dans le domaine ont pris soin de définir les champs de compétence. À chaque fois au profit du privé.

Avec les lois Hartz, adoptées entre 2002 et 2005, l’Allemagne a introduit, au sein même des agences publiques pour l’emploi, des structures d’intérim privées, dites de « services aux personnes » (PSA). Les PSA sont en particulier chargées de procurer aux chômeurs des missions courtes, censées déboucher sur une embauche durable s’ils donnent satisfaction ; concrètement, elles sont chargées de mettre à disposition des employeurs un volant de main-d’oeuvre utilisable immédiatement. D’autres opérateurs privés sont chargés de missions plus classiques. Mais le mode de rémunération choisi pour les chômeurs de courte durée - un dédommagement relativement important, payé par l’entreprise - a vite incité ces structures à se concentrer « sur la "chasse aux têtes" dans le segment des qualifications très élevées », pointait, quelques mois après l’adoption de la réforme, Karen Horn, du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. Moins lucratif, le placement des chômeurs peu qualifiés et de longue durée fait l’objet d’une rémunération sur un mode forfaitaire, d’au moins 1 000 euros et jusqu’à 2 500, si le chômeur conserve son emploi plus de six mois. Si la mise en concurrence des agences publiques et privées n’a eu aucun effet sur le taux de chômage, elle a préparé la voie à un glissement général de l’administration publique vers une gestion privée. Les conseillers sont désormais appelés « managers » et les chômeurs, « clients ».

Les Pays-Bas sont eux aussi allés très loin dans le recours au privé. Une loi de 2001 limite le rôle du secteur public aux activités non lucratives (inscription et information des demandeurs d’emploi) et attribue les autres activités, sources potentielles de profits (réalisation de bilans de compétence, assistance aux employeurs sur le recrutement) aux prestataires privés, dont certains sont issus du démantèlement des agences publiques. En Italie, la loi Biagi, en 2003, a fait entrer les offices privés de plain-pied dans un secteur jusque-là réservé au monopole public. Sous condition d’échanger les informations avec l’administration, ces opérateurs ont obtenu des financements pour chaque placement réussi. Fonctionnant souvent comme des agences d’intérim, ces opérateurs ont par ailleurs été un puissant incitateur au recours au travail précaire qui a explosé ces dernières années dans la péninsule.

[1] Outre les pays cités dans cet article, le Danemark, l’Espagne ou encore la Belgique font désormais appel aux agences privées de placement.

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