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Entretien réalisé par Ali Chibani paru dans l’Humanité du 23 aout 2006

« Un véritable partage des richesses est nécessaire »

mercredi 23 août 2006 par Ali Chibani
Conjoncture . Pour Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, les derniers chiffres de l’INSEE témoignent d’une « croissance à crédit ».

L’INSEE annonce une croissance de 1,1 % pour le second trimestre de l’année 2006. C’est une performance ?

Xavier Timbeau. On s’attendait à ce chiffre. Il remet un peu de cohérence dans le chemin de la croissance. Quant à la performance, elle n’est pas si extraordinaire que cela, elle est modérée.

Quels sont les ressorts de cette croissance ?

Xavier Timbeau. Je cons- - tate un mouvement sur les stocks. Il y a une croissance de l’investissement, ce qui est une bonne nouvelle. Globalement, le schéma de croissance de l’INSEE montre que celle-ci n’est pas nationale. Elle s’inscrit dans la zone euro et elle est portée en partie par l’endettement des foyers. C’est une croissance à crédit. Il y a aussi la reprise du marché du travail, notamment grâce aux emplois aidés.

Quelles sont vos prévisions pour l’avenir de l’économie française et européenne ?

Xavier Timbeau. Nous nous attendons au maintien de la croissance à la rentrée qui arrive. En revanche, nous sommes inquiets pour l’année prochaine. L’économie mondiale ralentit, on annonce une crise aux États-Unis et l’Allemagne prévoit une hausse de la TVA. Tout cela aura des répercussions sur les marchés européen et national. La zone euro a pris beaucoup de retard pour développer son économie. Depuis 2003, les Américains et les pays en voie de développement connaissent une croissance vigoureuse et ce n’est qu’aujourd’hui qu’elle nous touche par un effet d’appel d’air. Maintenant qu’on annonce l’essoufflement des marchés mondiaux, il faut que le Vieux Continent se maintienne malgré tout en bonne position. Si, après la désynchronisation qu’on a connue par rapport à la croissance mondiale, on est « synchronisé » à la décroissance, ce serait une très mauvaise nouvelle.

Peut-on éviter cette « mauvaise nouvelle » ?

Xavier Timbeau. Oui. Il faut commencer par une bonne politique macroéconomique. La Banque centrale européenne (BCE) devrait abandonner l’augmentation des taux d’intérêts attendue pour octobre prochain. Il ne faut pas non plus apprécier l’euro. L’absence d’inflation en Europe devrait nous inciter, sans inquiétude, à déprécier notre monnaie. Pour 2007, je suis modérément optimiste. L’Union européenne retrouvera les ressorts de la croissance, certes, mais les politiques économiques pourraient tout détruire.

En ce qui concerne la France, qu’est-ce qui pourrait stimuler l’économie ?

Xavier Timbeau. Une hausse des minima sociaux qui n’ont été que revalorisés en fonction de l’inflation. Un véritable partage des richesses est nécessaire. Il faut donner à ceux qui ont perdu lorsque le taux du chômage était élevé. Le gouvernement annonce l’augmentation de la prime pour l’emploi (PPE). Cela ne suffit pas. C’est juste une compensation très partielle de l’équilibre de redistribution après la baisse des impôts sur le revenu qui a profité aux plus aisés.


Des résultats en demi-teinte

Publiés hier par l’INSEE, les premiers « résultats détaillés » de l’évolution de l’économie française au second trimestre ne corroborent pas l’enthousiasme affiché spectaculairement par le ministre Thierry Breton. La hausse du produit intérieur brut s’établit à 1,1 % (après 0,5 % au premier trimestre). La consommation des ménages ralentit (en hausse de 0,7 %, après 0,9 %), mais reste un des principaux moteurs de la croissance (elle contribue pour 0,4 point à l’évolution du PIB). L’investissement, en progrès de 1,8 %, connaît une reprise. Cependant, sérieuse ombre au tableau, les exportations faiblissent (+ 1,8 % après + 3,4 % au trimestre précédent) sensiblement tandis que les importations s’accélèrent fortement (+ 3,3 % après + 1,2 %). S’ensuit une dégradation du commerce extérieur qui pèse négativement (à hauteur de - 0,5 %) sur l’évolution du PIB. Enfin, l’INSEE note un fort mouvement de reconstitution des stocks, leur variation contribuant le plus à la croissance, à hauteur de 0,8 point (après - 0,7 % au premier trimestre). Ce qui révèle un décalage entre l’activité des entreprises et la demande, et pourrait présager un ajustement à la baisse. La plupart des économistes prévoient en tout cas une décélération du PIB au second semestre.

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