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Un Article de Eric Leser paru dans Le Monde du 20 juin 2006

Une classe moyenne américaine en péril

mardi 20 juin 2006 par Eric Leser
Fin 2005, deux mois avant son départ à la retraite, Alan Greenspan, alors président de la Réserve fédérale (Fed), partisan convaincu de la mondialisation et du capitalisme sans entrave, s’était inquiété des inégalités croissantes aux Etats-Unis et de la disparition de la classe moyenne. Devant la commission économique jointe du Congrès, il avait regretté que 80 % des employés n’aient pas bénéficié de la moindre augmentation de salaires lors des dernières années.

D’après les sondages, si une majorité d’Américains est mécontente de la situation économique, en dépit d’une forte croissance depuis plus de trois ans et d’un taux de chômage inférieur à 5 %, c’est du fait de la déconnexion grandissante entre salaires et santé des entreprises et conjoncture. Sur les cinq dernières années, la productivité par heure de travail a crû d’environ 14 %, contre 2 % pour les salaires réels (hors inflation).

DES MÉNAGES ENDETTÉS

Les Etats-Unis ont longtemps aimé à se définir comme le pays de la classe moyenne. C’était sans doute vrai après la seconde guerre mondiale. Une partie importante des employés, notamment des grandes entreprises, avait des salaires confortables, des prestations sociales et des retraites qui leur assuraient la sécurité économique. Les familles d’ouvriers et d’employés pouvaient espérer une amélioration constante du niveau de vie.

Entre 1947 et 1973, les revenus hors inflation d’une famille moyenne avaient doublé. Entre 1973 et 2003, ils ont augmenté de 22 % en termes réels. Cette progression est liée avant tout au travail des femmes en plus grand nombre et aux heures supplémentaires.

"La première solution adoptée par les familles pour compenser la stagnation voire la baisse des salaires réels est de travailler plus. Les emplois à mi-temps deviennent à plein temps et certains prennent un deuxième ou troisième travail", explique Rick Wolff, professeur d’économie de l’Université du Massachusetts, auteur d’une étude sur l’évolution des rémunérations depuis le XIXe siècle.

L’autre conséquence, poursuit-il, est "l’augmentation de l’endettement des ménages, plus particulièrement depuis l’année 2000. Plus de 15 % des revenus après impôts sont au service de la dette".

Le 1 % d’Américains le plus riche a vu ses revenus doubler en moyenne depuis 1973. George Bush peut se targuer du fait que, depuis son entrée à la Maison Blanche en janvier 2001, le revenu moyen après impôts des Américains a augmenté de 8 %. Mais c’est un chiffre en trompe-l’oeil. Les salaires moyens ont faiblement progressé tandis que les revenus élevés augmentaient rapidement.

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