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Article de Paule Masson Publié dans L’Humanité le 24 novembre 2006

Une privatisation en pure perte

vendredi 24 novembre 2006 par Paule Masson
Suez-GDF . Pour sauver la fusion, l’État pourrait vendre GDF tout en versant quelque 5 milliards d’euros aux actionnaires de Suez.

Le projet de fusion entre Gaz-de-France et Suez prend l’eau de toutes parts. Depuis l’arrêt de la Cour d’appel de Paris qui a obligé mardi la direction de GDF à respecter la consultation du Comité d’entreprise européen avant que le Conseil d’administration puisse voter la fusion, c’est la panique. Pour le gouvernement, actionnaire à 80 % de GDF, comme pour les directions des deux entreprises, le pire est arrivé : ne pas avoir le temps de boucler un projet contesté avant que ne s’enflamme la campagne électorale.

Sommé par le premier ministre de tout mettre en oeuvre pour sauver la fusion, Jean François Cirelli, PDG de GDF a convoqué en urgence le Conseil d’administration, juste pour afficher que le projet avec Suez reste à ses yeux « pertinent ». Le gouvernement lui a ordonné de définir « sans délai » un nouveau calendrier. Fin février. La date est lâchée. Personne n’y croit. Et Cirelli est de plus en plus « le fusible » qui permettrait, le cas échéant, au gouvernement de sauver la face, ironise Jean-Pierre Sotura, un des administrateurs salariés (CGT). Une rencontre est prévue aujourd’hui entre la direction de GDF, le comité d’entreprise européen et le cabinet d’expertise mandaté par les syndicats afin de « convenir des modalités » de l’expertise sur l’impact social de la fusion. Il faut ensuite mener l’enquête, la faire traduire en plusieurs langues et laisser aux élus syndicaux européens dix jours pour prendre connaissance des éléments de l’expertise.

Parallèlement à cet accroc dans le respect des procédures, la guérilla s’accentue sur les modalités de financement d’un mariage qui est loin de s’opérer sous le régime de la communauté de biens. La pression des actionnaires de Suez rend l’échange d’actions particulièrement inégal. Ils réclament au minimum un dividende de 4 euros de plus que GDF par action. Certains font même monter les enchères à 6 ou 7 euros. Autrement dit, l’État pourrait se retrouver dans la situation de verser en pure perte, quelque 5 milliards d’euros aux actionnaires de Suez. « C’est le monde à l’envers, s’indigne Pierre Sotura. Normalement une privatisation, cela rapporte. Là, l’État va perdre de l’argent. » Si l’État ne paie pas, l’assemblée générale des actionnaires de Suez menace de ne pas approuver la fusion. D’où, l’absence d’accord, pour le moment. « Il me paraît prématuré de communiquer sur la parité » explique pudiquement Jean-François Cirelli, dans un entretien au journal les Échos d’hier. Au début du processus de rapprochement, l’État était prêt à consacrer une somme équivalente pour entrer dans le capital de Suez. Là, il se retrouve en situation de donner cet argent, qui est de l’argent public, aux actionnaires de Suez, sans aucune contrepartie. Certains auraient décidément beaucoup à perdre à ce que pareil scandale financier installe une polémique pendant la campagne électorale.

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