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Un article de Patrick Roger paru dans Le Monde du 13 aoutr 2005

Une récente étude balaie les idées reçues sur le modèle danois

lundi 15 août 2005 par Patrick Roger

Présentant à l’Assemblée nationale, le 28 juin, le projet de loi autorisant le gouvernement à prendre par ordonnances des mesures sur l’emploi, le premier ministre, Dominique de Villepin, assurait que le contrat nouvelles embauches (CNE) devrait reposer sur "un équilibre fondamental" : "Plus de souplesse pour l’employeur pendant les deux premières années, plus de garanties pour le salarié en cas de rupture." Ce théorème apparaît comme une traduction française du modèle danois dit de "flex-sécurité".

Une traduction approximative, juge Jean-Claude Barbier, directeur de recherche au CNRS, dans le numéro de juillet de Connaissance de l’emploi , publication mensuelle du Centre d’études de l’emploi (CEE). Son analyse, intitulée "Apprendre vraiment du Danemark ?", reprend une étude réalisée pour le CEE dans le cadre d’un programme de comparaison des politiques de l’emploi en Europe et aux Etats-Unis.

"On retient surtout la flexibilité des contrats sur le marché du travail, la facilité d’embaucher et de licencier" , note M. Barbier. Mais le chercheur regrette que "d’autres aspects du "triangle d’or" danois, comme la générosité de la protection sociale, l’importance des politiques dites actives ou le rôle de l’emploi dans le secteur public et dans les services" , soient ignorés.

"CONFIANCE SOCIALE"

En effet, souligne l’analyse, la cohérence de ce système repose sur le fait que la notion de précarité y est "dénuée de sens" . Ainsi, en cas de non-emploi, le droit à la prestation d’assurance-chômage, à la condition d’avoir travaillé pendant 52 semaines dans les trois dernières années, est de quatre ans.

Le taux de remplacement, non dégressif, est de 90 % jusqu’à un salaire annuel de 200 000 couronnes (environ 27 000 euros). Au-delà, il descend progressivement : pour un salaire annuel de 350 000 couronnes (47 250 euros), il est de 50 %. L’exemple danois, cité en modèle d’une "stratégie européenne pour l’emploi" , semble invalider la thèse selon laquelle de basses prestations d’indemnisation-chômage favoriseraient la recherche d’emploi.

C’est dans le cadre de ce contrat de "confiance sociale" que peuvent être mises en oeuvre des "offres d’activation" (formation, stages en entreprise, contrat aidé, prestation de conversion, etc.). Cependant, seuls un tiers des chômeurs de plus d’un an en bénéficient. Pour ceux qui n’y ont pas accès, "un soutien généreux au revenu et de longue durée est assuré" . Environ un quart des personnes d’âge actif sont hors emploi ­ un taux équivalent à celui relevé en France ­ et obtiennent des revenus de la protection sociale.

Certes, le système est coûteux. Le Danemark consacre plus de 10 % de son produit intérieur brut aux dépenses de protection sociale (prestations et dépenses pour l’emploi) pour les personnes d’âge actif.

Un autre "ingrédient essentiel du modèle danois" réside, selon M. Barbier, dans "une protection collective négociée égalitaire" : "Que ce soit dans le secteur public ou privé, les règles de droit du travail, de protection contre le licenciement, de préavis, de temps de travail, etc. sont globalement les mêmes ", souligne l’analyse.

Autant d’éléments dont l’absence d’équivalents en France rend difficilement exportable ce fameux modèle danois dans sa cohérence globale.

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