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CYRILLE VANLERBERGHE. | Le Figaro le 27 septembre 2007

Uranium : la France se met aux centrifugeuses

lundi 8 octobre 2007 par Cyrille Vanlerberghe
Areva va abandonner une technologie très coûteuse en énergie au profit de la centrifugation pour produire le combustible destiné aux centrales civiles.

L’APPROVISIONNEMENT en uranium des 58 réacteurs d’EDF dépend étroitement du bon fonctionnement de l’immense usine d’enrichissement d’Areva, opérée par sa filiale Eurodif sur le site nucléaire du Tricastin, dans la vallée du Rhône. Cette installation stratégique pour le nucléaire français porte le nom de Georges Besse, en mémoire du fondateur d’Eurodif, assassiné par Action directe en 1986.

L’usine est installée dans quatre bâtiments industriels d’apparence très banale, si ce n’était leur taille énorme : plus de 5 ha pour le plus grand ! À l’intérieur, des milliers de kilomètres de tuyaux et des grandes tours métalliques servent à enrichir de l’uranium.

À la sortie des mines, le minerai d’uranium ne contient que 0,7 % de la forme atomique utilisable dans les réacteurs : l’uranium 235. Le reste est composé d’U 238, non fissile. L’enrichissement à des fins civiles consiste à porter la concentration de l’U 235 autour de 5 %. Pour les armes nucléaires, l’enrichissement doit dépasser les 90 %.

Deux méthodes industrielles existent aujourd’hui pour atteindre ces taux d’enrichissement : la diffusion gazeuse et la centrifugation. La première fut choisie pour l’usine Eurodif, dont les travaux commencèrent en 1974, un an après le premier choc pétrolier. La seconde a été rendue célèbre par le débat sur le nombre de centrifugeuses que détient l’Iran, pour son programme militaire.

D’un point de vue physique, les deux méthodes tirent parti de la petite différence de masse qui existe entre les atomes d’uranium 238 et 235. Dans un gaz, on sait que les molécules les plus légères, ici celles qui contiennent de l’U 235, bougent plus vite et ont plus de chance de franchir une paroi poreuse. En envoyant ainsi du gaz d’uranium (hexafluorure d’uranium, UF 6) dans un diffuseur, on peut ainsi faire passer un tout petit peu plus d’U 235 que d’U 238, et répéter l’opération en cascade un très grand nombre de fois pour obtenir en fin de chaîne de l’uranium enrichi à 5 %. À Tricastin, l’opération est répétée 1 400 fois ! Pour maintenir l’uranium dans sa phase gazeuse et éviter qu’il ne refroidisse et ne cristallise dans les tuyaux, la température doit être maintenue en permanence au-dessus de 60 °C. « C’est pour cette raison que l’usine ne s’est jamais arrêtée depuis sa mise en service en 1979 », explique avec fierté Gérard Perrat, directeur général délégué d’Eurodif.

Les diffuseurs, de grosses tours métalliques d’une vingtaine de mètres de haut réparties par groupes de vingt dans de grandes salles, sont mis sous pression par de gros compresseurs, dont les plus puissants font plus de 3 MW, soit presque la moitié d’une rame de TGV ! Dans chacune des 70 salles, la chaleur est telle qu’aucune intervention humaine n’est possible avant d’isoler les circuits du reste de l’usine pour arrêter les compresseurs.

À pleine charge, la puissance électrique consommée par l’usine est de 3 GW (3 milliards de watts). L’alimentation en courant est assurée directement par les quatre réacteurs de la centrale EDF de Tricastin, construite spécifiquement pour alimenter Eurodif.

Cette consommation est énorme, mais elle permet tout de même d’enrichir assez d’uranium pour alimenter l’équivalent de 100 réacteurs de 900 MW.

Plus du tout compétitif

Bien que très gourmande en énergie, la diffusion en phase gazeuse s’est imposée après la Deuxième Guerre mondiale, aux États-Unis comme en France, car elle était de loin la plus efficace. Mais aujourd’hui, Eurodif n’est plus du tout compétitif face aux entreprises utilisant la technologie concurrente, les centrifugeuses, devenues bien plus efficaces.

Dans les années 1990, cette technologie a fait un bond grâce à l’utilisation de fibre de carbone permettant des engins de grande taille et des rotations plus rapides (près de 100 000 tours par minute). Or le CEA avait concentré ses efforts sur l’enrichissement par laser, aujourd’hui abandonné, et ne maîtrisait pas la centrifugation. Areva a donc dû acheter la technologie de la société Urenco (Grande-Bretagne, Pays-Bas et Allemagne) et créer avec elle une filiale commune, ETC, qui assemblera les milliers de centrifugeuses de l’usine Georges Besse 2 en construction sur le site du Tricastin.

Pour réduire les risques de prolifération de cette technologie sensible, les centrifugeuses seront assemblées dans une salle blanche classée « secret défense ».

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