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Un article de Pierre-Antoine Delhommais paru dans Le Monde du 25 décembre 2005

Valse des orthodoxes à la Banque centrale européenne

dimanche 25 décembre 2005 par Pierre-Antoine Delhommais
Heureusement que les banquiers centraux européens sont là pour offrir un peu d’animation, en cette fin d’année, sur les marchés financiers internationaux.

C’est d’abord le gouverneur de la Banque d’Italie, Antonio Fazio, qui a présenté, lundi 19 décembre, sa démission. Il avait résisté aux accusations de chauvinisme bancaire et de favoritisme lors de l’offre publique d’achat (OPA) lancée au début de l’année par le groupe néerlandais ABN Amro sur Banca Antonveneta, ainsi qu’aux révélations sur ses liens très étroits avec les dirigeants de Banca Popolare Italiana (BPI).

M. Fazio avait tenu bon après les informations parues sur les cadeaux reçus par sa famille (stylo Cartier, téléviseur Sony, montre en or Baume & Mercier pour son épouse, bracelet et colliers pour ses filles) ou sur son salaire astronomique : 62 2347 euros, deux fois celui de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) et cinq fois celui d’Alan Greenspan, le patron de la Réserve fédérale américaine.

Mais il a renoncé après que la presse italienne eut révélé que le parquet de Milan avait ouvert une enquête pour des accusations de délit d’initiés mais aussi après que l’Eglise eut pris ses distances avec le gouverneur. M. Fazio est catholique pratiquant. Deux jours après sa démission, il a d’ailleurs participé, accompagné de ses deux filles, à l’audience générale du pape. "Merci, merci Votre Sainteté", a-t-il dit à Benoît XVI avant de se retirer.

L’euro n’a guère été affecté par ces événements "judiciaro-monétaro-religieux". Il a terminé la semaine à 1,1840 dollar.

Mario Draghi, 58 ans, ancien directeur du Trésor et vice-président pour l’Europe de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, était donné vendredi favori par la presse italienne pour succéder à M. Fazio.

Les opérateurs ne pensent pas que les changements à la tête de la Banque d’Italie modifieront l’équilibre des forces au sein du conseil des gouverneurs de la BCE. M. Fazio, qu’on disait proche des mouvements conservateurs Opus Dei et Légionnaires du Christ, était aussi considéré comme un intégriste monétaire.

Mais un autre ultra-orthodoxe devrait faire son entrée à la BCE, en la personne de Jürgen Stark, proposé par le gouvernement allemand pour remplacer le chef économiste Otmar Issing. L’ancien sherpa de Helmut Kohl, qui aimait plaisanter sur son nom - "Stark wie die Mark" - est considéré comme un faucon, un partisan d’une ligne dure contre l’inflation. "Le professeur Stark est un candidat exceptionnel pour le directoire de la BCE, tant sur le plan professionnel que sur le plan humain", s’est félicité le président de la Bundesbank, Axel Weber.

"STABILITÉ DES PRIX"

Les mouvements de personnes à Francfort sont peu susceptibles de changer la stratégie actuelle de l’institut d’émission, fondée sur des frappes préventives.

M. Trichet a répété jeudi que la hausse des taux de la Banque centrale européenne, décidée début décembre, est "bonne pour la croissance et la création d’emplois". "La stabilité des prix stimule la consommation, renforce la confiance, contribue à ancrer les taux d’intérêt à bas niveau à moyen et long terme et encourage les investissements", a-t-il dit dans un entretien à l’hebdomadaire allemand Spiegel.

De manière générale, "il vaut mieux prévenir que guérir", selon M. Trichet, pour qui le risque d’effets dits de second tour - la répercussion de la hausse des prix du pétrole sur les salaires - a diminué grâce au resserrement monétaire. Risque minime, s’accordent à dire les économistes, qui soulignent que le taux de chômage élevé en Europe constitue une excellente protection contre d’éventuels effets de "second tour".

Ce n’est pas le cas dans les pays en situation de quasi-plein emploi, comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Les problèmes de salaires sont à l’origine des grèves de métro observées à Londres et à New York.

"Aux Etats-Unis, la pression salariale sur les coûts des entreprises augmente rapidement", notent les spécialistes d’Aurel Leven. " La Banque centrale doit donc éviter un risque de boucle prix-salaire alors que le taux de chômage s’établit à 5 %." Les analystes rappellent que, dans son dernier rapport sur l’activité économique - Livre beige -, la Fed s’est inquiétée de tensions sur le marché du travail, avec des difficultés de recrutement dans plusieurs secteurs (construction et pétrole dans les régions touchées par les cyclones, mais aussi santé, transports et finance). Pour la première fois depuis 2001, quatre districts indiquaient une hausse importante des salaires.

A ces tensions salariales s’ajoute la répercussion, au client final, des surcoûts liés à la hausse des prix énergétiques. "Ce mouvement est inquiétant pour le profil du noyau dur des prix à la consommation à court terme, notent les économistes d’Aurel Leven. La hausse des prix des transports (aérien, routier, tarifs de livraison pour les achats par correspondance...) affectera de nombreux prix hors énergie. De plus, face aux difficultés financières qu’ils rencontrent, la guerre des prix à laquelle se livraient les deux constructeurs automobiles américains va se terminer."

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