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Laurence Monnot | Le Monde du 19.07.07.

Vienne juge l’ex-banque des syndicats, qui dilapida son argent en spéculations

jeudi 19 juillet 2007 par Laurence Monnot
Le feuilleton autrichien le plus suivi de l’été se joue depuis lundi 16 juillet dans la grande salle des jurés de la cour d’assises de Vienne.

Du lundi au jeudi jusqu’au 31 octobre, la juge Claudia Bandion-Ortner tentera de démêler l’écheveau des responsabilités dans le scandale de la Bawag, la banque des syndicats, conduite à la faillite par des spéculations hasardeuses et sauvée in extremis par une garantie de l’Etat autrichien puis revendue en décembre 2006 au fonds d’investissement américain Cerberus. Cinquante témoins seront cités à la barre, parmi lesquels le ministre des finances conservateur du gouvernement précédent, l’ex-président de la Fédération syndicale et un ancien chancelier social-démocrate.

Pour la presse populaire autrichienne comme pour le procureur, il ne fait aucun doute que le principal responsable est l’ancien directeur général, Helmut Elsner, 72 ans, qui passait sa retraite sur la Côte d’Azur avant d’être extradé de France en février, sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Il encourt jusqu’à dix ans de prison pour "escroquerie, abus de confiance et falsification de bilans".

Ses huit coaccusés, d’anciens membres du comité de direction de la banque, un auditeur du cabinet KPMG et le courtier mal inspiré, doivent répondre à des degrés divers de l’accusation d’abus de confiance. Tous plaident non coupables.

Le courtier prodigue fait lui aussi l’objet de l’attention particulière des médias. Fils d’un ancien directeur de la Bawag, établi comme banquier aux Etats-Unis et marié à la petite-fille du président Eisenhower, Wolfgang Flöttl a réalisé les investissements spéculatifs à l’origine de la crise et dilapidé 1,4 milliard d’euros. Soit le revenu annuel cumulé de 50 000 Autrichiens moyens, selon le procureur. Ou soixante années d’épargne des clients de la banque des syndicats, a déploré l’avocate de la Fédération syndicale, qui se porte partie civile au procès.

EXPLOITATION POLITIQUE

Fondée en 1922 pour gérer les finances syndicales et développée après la seconde guerre mondiale pour offrir aux ouvriers l’accès au prêt, la Bawag, contrôlée à 100 % par la Fédération syndicale autrichienne, était devenue dans les années 1970 une banque commerciale ordinaire.

Les investissements spéculatifs réalisés entre 1998 et 2000 par M. Flöttl ont conduit la banque au bord de la faillite. Rien cependant n’en transpire. La direction a fait appel en secret à la Fédération syndicale pour la renflouer.

Mais en mars 2006, endettée à hauteur de 2,4 milliards d’euros, la Bawag n’est pas en mesure de présenter un bilan équilibré. Le président de la Fédération syndicale doit démissionner et une instruction judiciaire est ouverte. Durant tout l’été 2006, l’affaire alimente la campagne législative des conservateurs, les déboires des syndicats affectant par ricochet le Parti social-démocrate.

Pour éviter la faillite de la quatrième banque commerciale, l’Etat autrichien émet alors une garantie bancaire de 900 millions d’euros. La fédération syndicale doit se défaire de sa banque. Son rachat en décembre 2006 pour 3,2 milliards d’euros par le fonds d’investissement américain Cerberus lui permet d’éponger les dettes.

Dans quelle mesure l’investisseur a-t-il agi de son propre chef en pratiquant des investissements colossaux à haut risque ? La direction a-t-elle agi au mépris des lois bancaires ? Comment les autorités de surveillance et le ministère des finances ont-ils pu ignorer si longtemps les signes de crise ? Enfin, 1,4 milliard d’euros s’est-il vraiment volatilisé dans les Caraïbes ou bien une partie de cette somme a-t-elle pu être détournée ailleurs ? Au-delà des neuf accusés, ce procès met en cause la faillite du système de surveillance et les connivences du milieu économico-politique autrichien.


Personnalités

Helmut Elsner. Ancien PDG de la Bawag, 72 ans, il est soupçonné d’avoir falsifié les bilans. Il a reconnu à l’audience une fortune personnelle de 2,5 millions d’euros, plus une villa de 1,3 million d’euros à Mougins (Alpes-Maritimes).

Wolfgang Flöttl. Investisseur, 51 ans, il avait dû mettre en gage ses tableaux (Monet, Manet, Van Gogh et Picasso) après des investissements spéculatifs dans les années 1990. Il chiffre le reste de sa fortune à 2 millions de dollars (1,45 million d’euros) et réclame 120 millions d’euros à la Bawag dans un procès annexe.

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