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Entretien réalisé par 
Pierre-Henri Lab | L(Humanité du 27.04.2011

Virginie Gensel « L’audit sur la sûreté 
doit associer les salariés »

dimanche 1er mai 2011 par Pierre-Henri Lab, Virginie Gensel
Secrétaire générale de la CGT énergie, Virginie Gensel exige l’abandon de la loi Nome. Elle estime 
que la libéralisation du secteur 
de l’électricité est contraire aux impératifs de sûreté dans le nucléaire 
et qu’elle est facteur de hausse des prix.

Quels enseignements 
tirez-vous de la catastrophe de Fukushima  ?

Virginie Gensel. Pour sa part, la CGT refuse toute exploitation politicienne de ce drame. Nous estimons que la prudence doit rester de mise dans l’analyse des causes de cet incident. Nous ne disposons pas encore de tous les éléments nécessaires à la compréhension de ce qui s’est passé exactement. Il reste encore difficile de faire la part entre ce qui relève des conséquences directes du séisme et du tsunami et ce qui relève de la responsabilité de l’exploitant. Cela dit, l’attitude de ce dernier n’est pas sans poser question. Il a été mis en évidence que Tepco a falsifié, à plusieurs reprises, des rapports sur la maintenance de ses centrales. On peut s’interroger aussi sur les raisons qui l’ont conduit à tarder à noyer avec de l’eau de mer les réacteurs de la centrale de Fukushima pour les refroidir. Était-ce par incapacité technique de le faire plus rapidement  ? Ou était-ce parce qu’un réacteur ainsi noyé devient à jamais inutilisable  ?

Restez-vous favorable au recours 
à l’énergie nucléaire  ?

Virginie Gensel. La question du recours au nucléaire ne peut être posée indépendamment d’autres questions comme celle de la lutte contre le réchauffement climatique ou le droit à l’énergie pour tous. Le nucléaire n’émet quasiment pas de CO2 et permet de produire une électricité à bas coût. Il a donc toute sa place dans un mix énergétique que porte la CGT. Mais nous fixons plusieurs conditions qui touchent au droit d’intervention des salariés, à leurs garanties collectives, à la maîtrise publique et au prix de l’électricité.

Que pensez-vous de la décision du gouvernement de procéder à un audit sur la sûreté nucléaire en France  ?

Virginie Gensel. Cette décision va dans le bon sens. Mais cet audit ne doit pas se cantonner à l’examen de la sûreté des centrales. Toutes les installations nucléaires doivent être concernées. Y compris les équipements militaires comme les sous-marins. Nous pensons que cet audit ne doit pas être uniquement technique. Il ne doit pas s’agir seulement de vérifier que telle ou telle infrastructure est capable de faire face au risque de séisme ou d’inondation. L’audit doit associer les salariés. Ils travaillent sur les installations. Ils sont donc bien placés pour dire ce qu’il est nécessaire de faire pour améliorer la sûreté. Les questions d’organisation du travail et des conditions de travail doivent être impérativement prises en compte. La sûreté nucléaire relève aussi du facteur humain. Nous avons écrit sur ce sujet au président de la République, Nicolas Sarkozy, et aux ministres de l’Écologie et de l’Énergie, Nathalie Kosciusko-Morizet et Éric Besson. Aucune réponse ne nous a été apportée pour le moment.

Le recours à la sous-traitance 
par EDF est-il compatible avec 
la sûreté nucléaire  ?

Virginie Gensel. Il faut faire attention à ne pas accuser les sous-traitants et les salariés de remettre en cause la sûreté. Chez les sous-traitants, il y a souvent de la compétence. Beaucoup de métiers devraient être réinternalisés, par exemple, la robinetterie, la soudure. Nous constatons qu’EDF semble partager le constat que l’externalisation a conduit à une dégradation de la maintenance puisqu’il a commencé récemment à réembaucher dans certains métiers. Nous pensons qu’il faut aussi agir contre la dégradation des conditions de travail dans les centrales en général et chez les sous-traitants en particulier, qui sont les salariés les plus exposés aux radiations. Nous revendiquons un même statut de haut niveau pour tous les salariés.

Vous avez réaffirmé votre revendication que la loi Nome 
ne soit pas appliquée…

Virginie Gensel. Nous continuons de penser que cette loi est une aberration. Le nucléaire demande des investissements importants que ce soit en matière de recherche, de maintenance, de démantèlement ou de gestion des déchets. L’audit sur la sûreté nucléaire va probablement faire apparaître de nouveaux besoins. Ce n’est pas le moment de déstructurer le secteur et de priver EDF de ses capacités financières. Et pourtant, le gouvernement s’entête à obliger EDF à mettre à disposition de ses concurrents 25 % de sa production électronucléaire. Il a raté une véritable occasion de remettre sur le tapis la loi Nome et d’exiger de Bruxelles, dans le nouveau contexte, de revoir sa position. Il est en train de mettre en place une organisation complexe dont l’usager va payer les surcoûts générés.

À l’opposé de cette mise en concurrence, nous proposons la création d’un pôle public de l’énergie regroupant les entreprises de la filière autour des opérateurs principaux que sont EDF et GDF-Suez. Il ne s’agit pas seulement de réinstaurer une propriété publique dont on a vu, par le passé, qu’elle n’est pas suffisante pour réorienter les choix de gestion dans le sens de l’intérêt général. Il est nécessaire d’instaurer des droits d’intervention nouveaux pour les salariés, les citoyens et leurs élus afin de permettre une véritable appropriation sociale du secteur.

Que pensez-vous des annonces gouvernementales sur le prix 
de l’électricité et du gaz  ?

Virginie Gensel. Le prix de l’électricité reste l’un des éléments qui fonde l’acceptabilité du nucléaire. De notre point de vue, c’est un élément tout aussi essentiel de la construction d’un véritable droit à l’énergie. Aujourd’hui, alors que notre pays compte 8 millions de personnes en précarité énergétique et que 100 000 foyers sont coupés chaque année, la loi Nome va mécaniquement conduire à une hausse importante des tarifs. Celle-ci interviendra au moment où le gouvernement décidera d’en assumer le risque politique.

Concernant le gaz, nous avons revendiqué une baisse des tarifs. Au lieu de cela, le gouvernement a laissé GDF-Suez l’augmenter de 5 % au 1er avril. De manière générale, la CGT revendique que les tarifs de l’électricité et du gaz soient élaborés de manière beaucoup plus transparente et démocratique.

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