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Paule Masson , Grégory Marin , Yves housson | L’Humanité du 24.10.2007

conférence sur l’emploi et le pouvoir d’achat : Rien de plus pour la feuille de paye

mercredi 24 octobre 2007 par Yves Housson, Paule Masson, Grégory Marin
Gouvernement . Nicolas Sarkozy fait du pouvoir d’achat une « priorité nationale » mais la conférence qui s’est déroulée hier à Bercy s’est contentée d’ouvrir un cycle de discussion.

Tout ça pour ça ! « Des palabres, des palabres et encore des palabres », s’est indignée Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT à la sortie de la conférence sur l’emploi et le pouvoir d’achat qui s’est déroulée hier au ministère de l’Économie et des Finances, à Bercy. « Le gouvernement et le président de la République ont trouvé les moyens de débloquer cet été 15 milliards d’euros de paquet fiscal pour les plus riches, mais ils n’ont pas un centime pour les salaires », a-t-elle dénoncé. Pendant toute sa campagne électorale et depuis son élection à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy a fait du pouvoir d’achat une « priorité nationale ». Hier, pas moins de quatre ministres ont été réunis pour plancher sur la question et annoncer aux partenaires sociaux… « l’ouverture d’un processus de discussion » qui n’amènera rien de sonnant et trébuchant en bas de la feuille de paye, et donner rendez-vous pour déboucher sur du concret au printemps 2008.

Attendu au tournant

Christine Lagarde, ministre de l’Économie, qui accueillait la conférence, considère que le problème du pouvoir d’achat n’est pas d’abord lié à la faiblesse des salaires, comme l’expliquent la plupart des syndicats, mais aux 35 heures. « Nous ne pourrons pas durablement augmenter les revenus sans développer le taux d’activité », a-t-elle développé. Entonnant le même refrain, Xavier Bertrand, ministre du Travail, a crûment asséné au début de son intervention que « c’est en travaillant plus que nous augmenterons les revenus du travail », prenant ainsi à rebours toute l’histoire du monde ouvrier qui, depuis le début du XXe siècle, est passé de 48 heures à 35 heures de travail hebdomadaire en améliorant son pouvoir d’achat.

Conscient, comme il est écrit dans le document de préparation de la conférence, que toutes les enquêtes d’opinion placent le pouvoir d’achat en tête des préoccupations des Français, le gouvernement se doit d’agir. « Je sais qu’il y a beaucoup d’attentes chez les salariés, en termes de rémunération du travail, nous ne pouvons pas les décevoir », a reconnu Xavier Bertrand. Alors que la France a atteint un nombre record de salariés payés au SMIC (15 %), qu’elle compte 7 millions de travailleurs pauvres, que les grilles salariales se resserrent, attirant vers le bas les revenus des cadres moyens et certains postes de dépense explosent (logement, énergie, santé), le gouvernement se sait attendu au tournant. Il a donc choisi de gagner du temps. D’ici le 15 décembre, le Conseil d’orientation pour l’emploi sera saisi de deux chantiers.

« Dépolitiser » le SMIC ?

Le premier concerne la « dépolitisation » du mode de fixation du SMIC. Xavier Bertrand souhaite la mise en place d’une commission indépendante qui « dirait publiquement quel est le niveau du SMIC le mieux adapté ». Libre ensuite au gouvernement de suivre ou non la commission. Accédant à une revendication de FO, la date de fixation serait avancée de juillet à janvier pour gagner six mois dans les négociations annuelles d’entreprise. Mais en sortant de la réunion, Jean-Claude Mailly, secrétaire de la confédération, a dit ne pas comprendre « pourquoi il faut attendre ». Le gouvernement se dit prêt aussi à instaurer une « clause de revoyure » qui consisterait à déclencher une ouverture systématique de négociation dès lors qu’un minimum de branche passerait sous le SMIC. 71 branches sur 160 ont un bas de grille salariale qui se situe en dessous. Pour 53 d’entre elles, il « s’agit d’un problème de calendrier », assure le ministre.

Le deuxième chantier, vivement réclamé par la CFDT et jugé « positif » par son secrétaire général, François Chérèque, consiste à ouvrir le débat sur la conditionnalité des allégements de charges sociales. Lors de son discours de stratégie sociale le 18 septembre, Nicolas Sarkozy avait évoqué l’idée de moduler à la baisse les allégements de cotisation pour « les entreprises et les branches qui refuseraient de négocier ou maintiendrait trop longtemps leurs minima en dessous du SMIC ». 20 milliards d’euros d’exonération sont inscrits au budget 2007. Les employeurs sont largement exonérés des charges qui pèsent sur les salaires allant de 1 à 1,6 fois le SMIC. Ce principe, que Xavier Bertrand continue de penser « indispensable », est aujourd’hui sur la sellette car il n’a jamais prouvé ses bienfaits pour l’emploi. Pire, il a fait office de « trappe à bas salaire », les employeurs étant incités fiscalement à embaucher au niveau du SMIC. Mais si le gouvernement souhaite rendre cette aide « plus active », cela n’est pas, semble-t-il, pour inciter à augmenter les salaires. Pour toucher le pactole, les entreprises devraient s’engager à négocier et se doter de minima salariaux au niveau du SMIC, ce qui, somme toute, est déjà la loi.


Le MEDEF marque un point sur le SMIC

Le patronat réclame de longue date qu’une « commission indépendante » fixe le niveau du salaire minimum.

En annonçant hier son intention de créer une commission indépendante chargée de « l’éclairer » pour la fixation du SMIC, le gouvernement a fait un grand pas en direction des attentes du MEDEF. Conquête issue du grand mouvement social de 1968, le salaire minimum constitue une entorse à l’orthodoxie libérale. La loi donne au gouvernement le pouvoir de fixer un revenu salarial suffisant pour mener une existence décente. Ce minimum doit permettre aux salariés les moins qualifiés de bénéficier du développement économique du pays. À cet effet, le SMIC est indexé non seulement sur les prix, mais sur les gains de pouvoir d’achat de l’ensemble des salaires, et le gouvernement a la faculté de lui donner, en sus, des « coups de pouce ». Le SMIC représente ainsi une garantie de redistribution minimale de la valeur ajoutée en faveur des salariés. Insupportable pour Mme Parisot et ses amis, qui pestent contre un SMIC « correspondant pour l’entreprise à un coût du travail déconnecté de la performance économique des intéressés », et contre les pouvoirs publics qui « font supporter aux entreprises le financement direct d’une partie de la politique des revenus qu’ils entendent mener en faveur des salariés les moins qualifiés ». Pour se libérer de cette contrainte, le MEDEF réclame une « réforme » retirant aux pouvoirs publics la responsabilité de revaloriser le SMIC, pour la confier à « une commission indépendante ». Celle-ci ne prendrait plus pour critère la participation au développement économique du pays, mais déciderait « en fonction des gains de productivité réalisés par les salariés les moins qualifiés » et des « effets de cette revalorisation sur l’emploi ». Pas difficile, dès lors, de voir où le patronat veut en venir, sachant sa théorie sacro-sainte selon laquelle les salaires sont l’ennemi de l’emploi. Le gouvernement va donc au-devant de ses desiderata en prônant la création d’une « commission indépendante qui dirait publiquement quel est le niveau du SMIC le mieux adapté aux circonstances économiques du moment ». À la trappe l’idée d’assurer, en toutes « circonstances », un minimum de salaire décent… Même si, selon le ministre du Travail, le gouvernement pourra « ne pas suivre » l’avis de ces experts, un tel changement reviendrait à exposer un peu plus le SMIC aux pressions du lobbying patronal.


Les recettes (trop) simples de Sarkozy

Pour le président, une hausse du pouvoir d’achat passerait par des « heures supplémentaires » défiscalisées. Il s’est opposé à l’augmentation du SMIC.

« Pouvoir d’achat. » L’expression figurait dans tous les discours de campagne de Nicolas Sarkozy. Il en a fait sa « priorité nationale », a-t-il affirmé devant le Conseil économique et social lors de la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre. Pour le candidat UMP, la solution à mettre en oeuvre était pourtant simple : « travailler plus pour gagner plus ». Exit les 35 heures, puisque « les RTT ne servent à rien si on n’a pas les moyens de payer des vacances à ses enfants ». Le président n’a pas encore réussi à détruire cette avancée sociale du gouvernement Jospin, mais pour contourner le problème, il misait sur la possibilité d’augmenter les heures supplémentaires tout en les défiscalisant : « Quatre heures de travail en plus par semaine sans charges, c’est immédiatement 1 980 euros net en plus à la fin de l’année pour tout salarié rémunéré au SMIC », promettait-il durant la campagne. Mais sa proposition a très vite montré ses limites. Les salariés se rendent compte que la décision (ou pas) de donner des heures supplémentaires revient aux employeurs.

Dans le même temps, le président de la République refuse toute hausse du SMIC. Il préfère « l’augmentation de tous les salaires grâce à l’augmentation de la quantité de travail » (le Monde du 23 janvier 2007). De fait, il n’a pas donné le traditionnel « coup de pouce » de juillet au SMIC, dont il est pourtant prouvé que, par « effet de levier », il favorise l’augmentation de tous les salaires. Une hausse « tasserait la grille des salaires », expliquait-il dans le Parisien du 27 février 2007, et « donnerait le sentiment à la classe moyenne que travailler dur ne sert à rien puisqu’on ne gagne pas plus, à l’arrivée, que celui qui est dans l’assistanat ou en bas de l’échelle ». Pour parfaire un dispositif donnant l’illusion qu’il prend le problème du pouvoir d’achat à bras-le-corps, Nicolas Sarkozy a fait mine de s’attaquer aux prix de la grande distribution, ne cachant pas son intention de revenir sur la loi Galland, qui garantit des prix convenables aux fournisseurs. Leur étranglement permettra (peut-être) aux grands distributeurs de réduire leurs marges. Au détriment de l’emploi, explique la Confédération du commerce interentreprises, qui prédit « la destruction de 50 000 emplois et 3 000 PME » si cette loi est réformée. Qu’importe : dans le salarié, ce qui intéresse notre président, c’est surtout le consommateur.

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