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Article de Paul Falzon paru dans L’Humanité du 2 novembre 2006

syndicalisme : Nord-Sud : la lutte mondiale

jeudi 2 novembre 2006 par Paul Falzon
Vienne . La Confédération syndicale internationale (CSI) a été créée hier. Son objectif, rapprocher les travailleurs de la planète et lutter contre les méfaits de la mondialisation.

« Historique ». Le mot était hier sur toutes les lèvres au premier jour du congrès fondateur de la Confédération syndicale internationale (CSI), qui fédère près de 310 centrales nationales représentant, selon les différentes estimations, entre 160 et 190 millions de travailleurs dans le monde. Dans les discours officiels prononcés depuis la tribune ou dans les discussions avec certains des 1 500 délégués venus pour l’occasion à Vienne, se dégageait l’espoir que cette nouvelle structure unitaire, née de la fusion des deux principales centrales mondiales, la CISL (sociale démocrate) et la CMT (chrétienne), mais aussi de la volonté d’organisations non affiliées comme la CGT, permette de changer le rapport de force entre le mouvement syndical et les forces du capital mondialisé.

« Un processus à la fois d’unification et de refondation »

« Un processus à la fois d’unification et de refondation » du mouvement syndical international a résumé, en introduction, l’un des principaux artisans de la naissance de la CSI, Emilio Gabaglio, ex-président de la Confédération européenne des syndicats (CES). Lanouvelle centrale se veut, dans ses statuts, plus offensive face aux multinationales, plus ouverte aux autres forces de progrès comme les ONG, et plus proche, enfin, des réalités actuelles du monde du travail, y compris dans son organisation.

Et de fait, un regard sur la grande salle qui abrite le congrès laissait entrevoir des évolutions sensibles. Le mode de représentation qui prend comme critère le nombre d’adhérents et non le montant des cotisations, tout comme l’obligation de la parité, donnait hier à cette CSI un visage bien plus ouvert aux pays du Sud et aux femmes que les précédentes structures. Saisissante image de cette diversité, on pouvait voir, derrière des premiers rangs d’invités officiels presque tous blancs et masculins, une représentante bolivienne en tenue traditionnelle indienne qui côtoyait, en vertu de l’ordre alphabétique, de solides Béninois aux vêtements bariolés, comme des Belges en costume sombre.

Reste à voir si ces rééquilibrages se traduiront dans la composition des instances dirigeantes de la CSI, qui, hier encore, faisait l’objet d’âpres négociations, y compris entre la CGT et la CFDT. Reste à voir surtout comment la structure parviendra dans ses pratiques quotidiennes à concilier les intérêts parfois divergents de ses membres, alors que les multinationales mettent désormais systématiquement les travailleurs en balance, comme dans le cas des délocalisations. Le plus grand défi de la CSI sera de déterminer « comment circonscrire cette concurrence à tous crins », reconnaissait l’hôte des congressistes et président de la confédération autrichienne OGB, Rudolf Hundstorfer.

Face aux inquiétudes des travailleurs du Nord, il était à ce titre éclairant d’ interroger hier à Vienne des délégués des nouvelles puissances industrielles de la planète. « Les délocalisations ne profitent pas à l’emploi local, au contraire, elles contribuent à augmenter le chômage, assurait Trivedi Ambareesh, président de la Confédération des syndicats libres d’Inde (CFTUI). Plus de 100 000 PME ont récemment disparu dans mon pays, simplement parce que les multinationales ne se contentent pas de produire mais inondent aussi les marchés et tuent les entreprises locales. Les délocalisations ne compensent pas ces pertes, simplement parce qu’il s’agit souvent d’emplois fortement automatisés. »

la solution est de changer le système économique

« Ce que les pays du Nord ne voient pas c’est que c’est nous, les travailleurs du Sud, qui payons le plus lourd tribut à la mondialisation, explique Everaldo Da Silva, de la CUT (Brésil). La précarité, les salaires de misère, les déréglementations, tout cela nous le subissons de plein fouet. Pour que travailleurs du Nord et du Sud bénéficient des mêmes droits, la seule solution est de changer le système économique, parce qu’aujourd’hui il n’aboutit qu’à une concentration extraordinaire de la richesse dans quelques mains. » Et ce délégué de regretter que la CSI, qui a fait de l’imposition des normes de l’OIT et de la lutte contre les stratégies de multinationales ses grands chevaux de bataille, n’ait pas adopté un programme d’action immédiat pour lancer la réplique syndicale.


Une unité encore incomplète

Si la CSI s’impose comme la force majeure du syndicalisme international, son voeu d’unifier toutes les centrales de la planète se heurte encore à l’impasse du dialogue avec la Fédération syndicale mondiale (FSM), qui regroupait les organisations liées aux partis communistes durant la guerre froide. Moribonde depuis la chute du bloc soviétique, la FSM a perdu un nombre significatif d’adhérents en quinze ans, dont la CGT en 1995, mais revendiquait encore lors de son congrès de 2005, 248 syndicats représentant 42 millions de travailleurs. Rejetant le processus d’unification entre la CISL et la CMT à cause de ce qu’elle juge être des « concessions » trop grandes au capitalisme, la FSM se heurte de toute façon à l’indifférence de la nouvelle direction de la CSI.

Des membres de la nouvelle confédération souhaitent pourtant que le dialogue s’ouvre. « On ne peut pas se dire pluraliste et fermer la porte à une partie importante du syndicalisme mondial », regrette un délégué colombien qui affirme que certains de ses homologues du Brésil et du Pérou partagent cette idée. Une situation révélatrice de la puissance régionale de la FSM, encore bien implantée dans presque tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

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