Liste des auteurs

Article de Feryel Gadhoum. publié dans Le Figaro du 6 novembre 2006

1 600 milliards d’euros d’investissements pour éviter les défaillances en Europe

lundi 6 novembre 2006 par Feryel Gadhoum

C’EST la fin d’un mythe : celui de la surcapacité électrique européenne. Depuis trente ans, l’Europe - et notamment la France - a vécu avec l’idée que les capacités de production étaient de loin supérieures à la demande. C’était encore vrai voilà cinq à six ans. La marge se situait alors à près de 20 %. Mais, depuis, la consommation énergétique n’a cessé de croître - d’environ 3 % par an - quand les outils de production, eux, restaient les mêmes. Trop occupés à se racheter les uns les autres à coups de dizaine de milliards d’euros, les opérateurs électriques européens ont négligé d’investir dans les équipements. En France, par exemple, EDF n’a pas construit une seule centrale électrique depuis plus de quinze ans.

La libéralisation des marchés a aussi encouragé les producteurs d’électricité à acquérir des parts de marché en Europe, tout en morcelant les responsabilités du fait de la séparation entre les activités de production, de transport et de distribution d’électricité.

Le risque de dépendance

Les opérateurs ne sont toutefois pas seuls responsables. Le syndrome « pas dans mon jardin » rend également difficile l’implantation de nouveaux équipements : les riverains ne voient pas d’un bon oeil l’installation d’une centrale nucléaire ou d’une éolienne.

Ce contexte s’est donc traduit par une tension structurelle sur les marchés électriques. À tout moment - aléa climatique, poussée de l’activité industrielle,- le système menace d’imploser. D’autant que la construction d’un réseau électrique européen, interdépendant, joue l’effet dominos. Qu’une ligne à haute tension surchauffe en Allemagne et l’impact peut s’en ressentir jusqu’en Espagne.

Tous les acteurs sont conscients de la situation dramatique. Ils s’accordent à dire que, pour pallier ces risques, qui connaîtront leur paroxysme vers 2010, il faudra massivement investir. Avec l’objectif de doubler les capacités. Dès 2004, l’économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique estimait qu’il faudrait 1 600 milliards d’euros à l’Union européenne pour remplacer ses centrales vétustes et construire de nouvelles capacités - tant dans le gaz que dans l’électricité sur les vingt prochaines années.

Le cabinet de conseil Capgemini chiffre de son côté à 700 milliards d’euros le besoin en investissements dans l’électricité. Et cela en tenant compte des efforts d’économie d’énergie... À ce propos, l’Union européenne estime que l’efficacité énergétique contribuerait à réduire de 20 % d’ici à 2020 la demande d’électricité.

Encouragés par des prix du mégawatt qui ont explosé ces deux dernières années, les opérateurs ont certes repris leurs investissements. Mais ils restent marginaux. Surtout, selon les consultants de l’Eurogroup, ils font courir à l’Europe un autre danger, le risque de dépendance. Ainsi, les derniers investissements concernent principalement des centrales à gaz. Ils répondent aux impératifs de réduction des gaz à effet de serre, mais contribuent aussi largement à lier le sort de l’Europe aux deux mastodontes que sont la Russie et l’Algérie. L’Europe peut-elle éviter la catastrophe ? Le scénario de la panne généralisée n’est pas exclu par certains observateurs.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !