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Article de Thomas Lemahieu paru dans L’Humanité le 27 novembre 2006

10 000 contre la casse de Duralex

lundi 27 novembre 2006 par Thomas Le mahieu
Emploi . Non loin d’Orléans, des milliers de personnes se sont pressées, dimanche, à la journée « portes ouvertes » de la verrerie. Un parrainage populaire pour les 240 emplois menacés.

Des dizaines de poussettes sous l’escalier de service qui conduit à l’atelier de réparation des moules, puis plus loin au four et aux lignes de production de vaisselle. Un retour trente ans en arrière, quand la verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin, non loin d’Orléans, comptait 1 450 ouvriers au turbin ? Non : un indice d’avenir, de solidarité, et tout un symbole. Ce n’était qu’un pari au début, ça sera une réussite sur toute la ligne à l’arrivée : hier, malgré les rais d’un soleil automnal, plus de 10 000 personnes se sont pressées à la journée « portes ouvertes » chez le célèbre fabricant de vaisselle Duralex. La CGT, à l’initiative de l’opération, avait, il faut le dire, mis le paquet : des dizaines de milliers de tracts distribués dans les villes et les entreprises du département, et des milliers d’affiches placardées sur les murs. Et la population a donc répondu massivement, bien au-delà des espérances.

droit d’alerte bafoué

Dès le matin, une sage foule en file indienne attend avec impatience de pouvoir prendre d’assaut la verrerie, et surtout de caler sous son aile protectrice les 240 salariés aujourd’hui menacés par les agissements d’un patron voyou.

Reprises en novem-bre 2005 par l’homme d’affaires turc Sinan Solmaz, dans le cadre d’un plan de continuation après un premier dépôt de bilan, les deux verreries de Duralex (ex-Saint-Gobain et ex-Bormioli) en France, à Rive-de-Gier (Loire) et à La Chapelle-Saint-Mesmin, vivent des heures difficiles. En fait, au moment du rachat de la fameuse marque et des deux sites de production pour la très modique somme de 37 500 euros, avec une centaine de licenciements à Rive-de-Gier à la clé, l’actionnaire, avec deux partenaires qui ont disparu dans la nature, s’engage à « augmenter les volumes de production » et à « maintenir les emplois pendant trois ans ». Mais, dès le début de cette année, les syndicats s’inquiètent de voir ces deux promesses absolument pas tenues. « Par des courriers au tribunal de commerce et à la préfecture, on a tiré les sonnettes d’alarme en février, raconte Pascal Colichet, secrétaire de la CGT chez Duralex. Mais on ne nous a pas répondu. On a déclenché un droit d’alerte en mars, en constatant des problèmes pour payer les fournisseurs. En juillet, on a fait grève pendant huit jours pour réclamer notamment une mise sous surveillance de l’entreprise avec intervention de la brigade financière : mais là aussi ça a été refusé par le tribunal de commerce... Aujourd’hui, la direction refuse de nous communiquer les documents demandés dans le cadre du droit d’alerte, et de verser l’acompte pour payer le cabinet d’expertise du comité d’entreprise. C’est complètement illégal, mais les pouvoirs publics donnent le sentiment de laisser pourrir la situation. Nous sommes allés au ministère de l’Industrie, il y a quinze jours, faire un topo sur l’entreprise, mais nous n’avons pas été recontactés depuis. »

Duralex sed lex

Alors que les salariés de la verrerie étalent, via le syndicat, les preuves de malversations caractérisées et multiples - dernier exemple en date : les cotisations salariales et patronales ne sont plus versées aux organismes de protection sociale depuis plusieurs mois -, les pouvoirs publics font toujours la sourde oreille. « Nous savons, reprend Pascal Colichet, que Sinan Solmaz, notre actionnaire unique, qui est un distributeur de vaisselles et qui ne possède pas d’autres verreries que celles de Duralex, nous achète des tonnes de produits à un tarif défiant toute concurrence : 50 % en dessous du prix du marché. C’est énorme, c’est un pur et simple détournement de production. Nous exigeons maintenant que la préfecture et le tribunal de commerce fassent respecter la législation française. » Depuis dimanche, les ouvriers de la verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin ne crient plus dans le désert, ou alors c’est un désert peuplé, au bas mot de 10 000 concitoyens solidaires. Tous veulent que la loi soit dure pour les patrons voyous... parce qu’elle est la loi.

PCF. Venus en délégation hier en milieu d’après-midi, les élus communistes du département ont rendu publique une motion de soutien aux salariés de Duralex. « On voit combien ça serait une bonne chose que les salariés aient des droits nouveaux, remarque Marc Brynhole, vice-président du conseil régional. Quand on a, comme dans cette verrerie, affaire à des patrons qui, avec trois francs six sous, font ce que bon leur semble de la production industrielle d’un pays à l’autre, on doit permettre aux salariés de faire entendre leurs voix dans la gestion des entreprises, et à la puissance publique de défendre les emplois. »

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