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Lucy Bateman , Thomas Lemahieu | L’Humanité du 20,10,2007

18 octobre 2007 : Un grand succès qui aura des prolongements

lundi 22 octobre 2007 par Thomas Le mahieu, Lucy Bateman
18 octobre . Après cette journée de grève historique, les fédérations de cheminots se réunissent lundi pour décider des suites à donner à leur mouvement.

« L’heure est à la plus grande détermination et à la plus grande volonté d’écoute », a affirmé hier le porte-parole de l’Élysée, David Martinon, après le succès historique de la grève jeudi contre la réforme des régimes spéciaux. Mais la détermination était également présente chez les salariés des entreprises. Une partie d’entre eux ont prolongé le mouvement hier. Le trafic des trains SNCF est resté perturbé, tout comme la circulation des métros à Paris.

des stratégies différentes

Si tous les syndicats affichaient hier une même volonté de s’appuyer sur ce succès pour prolonger le mouvement, ils affichaient des stratégies différentes pour parvenir à cet objectif. La CFDT, d’abord, qui s’estime quitte avec la journée de grève de jeudi, et pour qui passé cette journée d’action « légitime », l’heure est à la négociation. Dès jeudi soir, elle a transmis des « contre-propositions » au ministre du Travail, où elle insiste sur la nécessité de préserver la possibilité de « départs anticipés » pour « compenser la spécificité des métiers ». à l’inverse de la CGT, de FO et de Solidaires, la CFDT n’est pas hostile à l’allongement de la durée de cotisation des bénéficiaires de régimes spéciaux, à condition d’obtenir des contreparties.

La CGT, elle, dont le rôle est moteur dans ce conflit, a opté pour une suspension du mouvement avant un possible nouvel appel, que le secrétaire général de la confédération Bernard Thibault a souhaité jeudi soir « conçu dans un cadre unitaire ». Une décision qui ne devrait pas être prise avant lundi, le jour où vont se réunir les fédérations cheminotes pour débattre de la suite des évènements. Par ailleurs, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, doit rencontrer la semaine prochaine les syndicats à qui il devrait faire des propositions.

mobilisation exceptionnelle

C’est dans ce contexte que SUD Rail et FO ont lancé à la SNCF un appel à reconduire le mouvement vendredi. Sud avait annoncé jeudi après-midi que plusieurs assemblées générales de cheminots reconduisaient la grève pour vendredi « à 95 % », même si à Nantes, par exemple, les deux syndicats ont appelé à la reprise du travail. La CGT cheminots a qualifié ces annonces de tentative « d’instrumentalisation de la mobilisation » par « une minorité ». Jean-Claude Mailly (FO) a déclaré que la poursuite du mouvement dépendait « des agents eux-mêmes » et qu’il les soutiendrait s’ils maintenaient la grève.

La stratégie de la FGAAC (autonomes) est plus obscure : alors que ce syndicat de conducteurs appelait à la grève reconductible, il a annoncé jeudi soir qu’il avait « obtenu des réponses » après avoir négocié. Et qu’il appelait à « suspendre le mouvement ». Des « discussions en coulisses » qui ont fait grimacer le secrétaire général de la CGT cheminots, Didier Le Reste,qui compte bien, « comme d’autres, demander des comptes à la direction ». Tout cela ne doit pas « masquer l’essentiel », à savoir « le caractère exceptionnel de la mobilisation », a-t-il prévenu, ajoutant : « La CGT respecte la stratégie initiée avec plusieurs fédérations, à la demande très majoritaire des cheminots qui ont souhaité ne pas être isolés trop tôt dans ce dossier sensible de l’avenir des régimes spéciaux de retraite. »


Les cheminots discutent ferme

À la Gare de Lyon, sur fond de reprise progressive du travail, le succès du 18 octobre rouvre le débat sur la stratégie la plus efficace.

Au local de SUD Rail, gare de Lyon, les plus chauds partisans de la « grève reconductible » à la SNCF sont un brin déçus hier en milieu de matinée. « On ne va pas faire de langue de bois, le travail est en train de reprendre ce matin, regrette un des syndicalistes. Nous, à la SUGE (le département de surveillance générale de la SNCF- NDLR), on devait faire une assemblée générale, mais quand on a su que la FGAAC lâchait déjà le mouvement, plus personne ne voulait la faire… » Un autre militant de SUD confirme : « Jeudi, on était super contents, on a fait une grève à un niveau jamais atteint, les médias commençaient à parler de la poursuite de la grève. J’ai passé la soirée à répondre à des coups de fil enthousiastes de nos camarades… On était sur une vraie dynamique, c’est un peu irrationnel, c’est vrai, mais on sentait que la grève pouvait continuer à un niveau très élevé. Et avec les tractations de ce syndicat ultra catégoriel d’agents de conduite, on se retrouve plongés dans la confusion. »

Deux étages plus haut, les militants de la CGT, qui étaient, eux, favorables à une « grève carrée » utilisée comme coup de semonce à l’intention du gouvernement, veulent surtout insister sur la réussite de la journée du 18 octobre. « Cette mobilisation à 74 %, c’est vraiment historique, rappelle Cédric Robert, le jeune secrétaire général du syndicat à la gare de Lyon. On en a discuté avec les anciens : de mémoire de cheminot, ce sont des chiffres de grévistes que l’on n’a pas connus depuis des dizaines et des dizaines d’années. Dans ces conditions, notre sérénité demeure, nous allons continuer avec la même responsabilité pour l’avenir que celle que nous avons mise pour préparer le 18 ! Pour nous, le prochain rendez-vous, c’est lundi avec les autres fédérations de cheminots. À nos yeux, le gouvernement devrait mesurer le succès de la journée de jeudi, cela devrait les contraindre à répondre à nos exigences et je suis convaincu que, si d’aventure le curseur ne bougeait pas, la CGT pourrait proposer d’aller vers la grève, reconductible le cas échéant, mais toujours en ayant cette préoccupation de l’unité et du caractère interprofessionnel de notre mouvement. »

Vers 11 heures, quelques minutes avant le début de l’assemblée générale des agents de conduite, les responsables de SUD Rail, de la FGAAC et de FO se mettent un peu à l’écart pour discuter. Pendant qu’un des représentants de la FGAAC confirme que son syndicat appelle à reprendre le travail, mais refuse de donner plus d’explications à la presse, Fabien Villedieu, un des animateurs de SUD Rail à la gare de Lyon, laisse percer sa colère. « Diviser pour mieux régner, ça fait mille ans que ça fonctionne, estime-t-il. J’ai quand même l’impression qu’on lâche un peu à ceux qui pourraient faire le plus chier, les conducteurs, pour faire taire tous les autres. C’est déplorable et, en plus, d’après ce qu’on a compris, c’est loin d’être une victoire : au lieu de travailler dix ans de plus, ça sera que cinq ans de plus pour ne rien gagner ! Il n’y a vraiment pas de quoi se gargariser… » Le débat va commencer dans un contexte tendu, les journalistes sont éloignés. Alors qu’ils étaient 120, jeudi, les agents de conduite venus participer à l’AG ne sont vendredi qu’une cinquantaine (sur 650 au total au niveau de l’établissement).

Après la réussite extraordinaire de la « grève carrée », dans un contexte, toutefois, où le gouvernement semble décidé à passer en force sur l’essentiel et où les divisions syndicales réapparaissent, le débat sur la stratégie n’est sans doute pas terminé.

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