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Un article de V. Gd. paru dans le Figaro du 23 aout 2005

2005, l’année du siècle pour l’or noir

mardi 23 août 2005 par Véronique Guillermard
ÉNERGIE Pipelines, plateformes, unités de raffinage... Le pétrole cher entraîne un flux de commandes historiques dans toute la filière

Construction de plateformes pétrolières, d’unités de raffinage, de supertankers, de pipelines et de capteurs spéciaux... l’envolée des cours du brut ne gonfle pas seulement les bénéfices des compagnies pétrolières, elle profite à l’ensemble de la filière parapétrolière dont les carnets de commandes atteignent des niveaux historiques. Au cours du premier semestre 2005, celui du français Technip, un des cinq grands du secteur, a doublé à plus de 4 milliards d’euros par rapport aux six premiers mois de 2004. « Nous visons une année extraordinaire, probablement l’année du siècle. Nous n’avons jamais connu un tel afflux de commandes », s’enthousiasme Daniel Valot, président de Technip (lire entretien ci-dessous). Pour sa part, la Compagnie générale de géophysique a enregistré un bond de 60% de ses prises de commandes au cours du 1er trimestre 2005 (clos au 31 mai) par rapport à la période similaire de 2004.

Cette année, les investissements en exploration et production devraient dépasser 140 milliards de dollars, contre 125 milliards en 2004 (et 99 milliards en 2000). « D’ici à 2030, il faudrait investir 200 milliards de dollars par an et à 100% dans le parapétrolier pour restaurer l’équilibre du système, alors qu’actuellement les investissements atteignent 130 à 140 milliards de dollars », souligne Thierry Bodin, analyste du secteur à la Société générale.

L’équilibre mondial de l’économie pétrolière est devenu instable en raison de la conjonction de plusieurs facteurs : appétit gigantesque de la Chine, tensions géopolitiques dans des pays clefs (Venezuela, Nigeria, Irak...), capacités excédentaires de plus en plus limitées, accès difficiles aux zones gorgées de bruts conventionnels au Venezuela, au Brésil ou au Moyen-Orient pour les majors du secteur, incapacité de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep) à réguler les cours, déclin des sites de production actuels.

Dans ce contexte, le marché redoute un scénario de rupture des approvisionnements. « Il va donc falloir mettre beaucoup d’argent sur la table pour mettre en place les capacités de production nécessaires », résume Thierry Bodin. Une très bonne nouvelle pour les Technip, Géophysique, Saipm, Axens et le franco-américain Schlumberger ainsi que leurs rivaux à l’international, dont le célèbre américain Halliburton. S’ils ne profitent pas directement de la hausse des prix du brut, ils engrangent de nouvelles commandes six à douze mois après chacune d’entre elles. « En moyenne, depuis le début des années 90, une hausse de 10% des cours se traduit par une progression de 4% à 5% des dépenses un an plus tard », souligne l’Institut français du pétrole (IFP) dans son étude annuelle sectorielle. Une croissance qui tend à s’accélérer et un temps de réaction à se réduire. Sur la période 2003-2005, l’IFP prévoit une hausse de 15% à 18% des investissements face à une hausse des prix du pétrole de 34%. De son côté, la maison de courtage Lehman Brothers prévoit une hausse de 13% des investissements mondiaux en 2006.

Selon les statistiques de l’Ufip, le nombre de nouveaux puits forés a atteint 77 000 en 2004 dans le monde contre 72 000 en 2001. De même, on comptait 147 plateformes fixes (129 projets) en cours de construction en 2004, contre 119 (174 projets) en 2001. Quant aux plateformes flottantes, 39 étaient en cours de construction l’année dernière, contre 30 en 2001.

Autre bonne nouvelle, certains projets de recherche en sous-sol - sismique, forage et services au puits -, dont l’exploitation était jugée non rentable lorsque le baril valait 20 dollars, sont relancés depuis que le baril est durablement installé au-dessus de 60 dollars. C’est, par exemple, le pétrole enfoui dans les sables asphaltiques du Canada ou les bruts extralourds de l’Orénoque au Venezuela, même difficiles et donc coûteux à extraire, qui deviennent rentables.

Contrairement aux compagnies pétrolières, dont le gros problème actuel est d’accéder aux réserves afin de renouveler les leurs - car elles constituent leur plus précieux actif -, le secteur du parapétrolier travaille pour tout le monde et notamment les compagnies locales et publiques. Ainsi, Technip compte parmi ses clients la toute puissante Saoudi Aramco, la société nationale pétrolière d’Arabie saoudite.

En aval, dans le raffinage, les besoins sont également à la hausse, ce qui profite aussi aux équipementiers de l’industrie pétrolière. « Les capacités de raffinage sont saturées, notamment en matière de Diesel et autres distillats. Or, les trafics routier et automobile sont en croissance », souligne Jean-François Gruson, adjoint au directeur des études économiques de l’IFP. Dans une récente étude, le cabinet de consultants en énergie écossais Wood MacKenzie estime qu’« un déficit substantiel de Diesel va apparaître en Europe d’ici à 2015, qui ne peut pas être comblé par des importations de Russie ou du Proche-Orient ». « Il n’est pas trop tard pour l’éviter, mais des investissements importants sont nécessaires, pas seulement en Europe, mais au Proche-Orient et en Russie », précise le cabinet. Peu de raffineries sont actuellement capables de produire des distillats, à savoir des produits moyennement légers, tels que le Diesel, le gazole ou encore le kérosène pour avion. Wood MacKenzie prévoit un déficit d’environ 50 millions de tonnes (Mt) par an de Diesel en 2015, correspondant à quelque 20% de la consommation attendue à cette date. Il s’agit d’un creusement significatif comparé au déficit de 7 Mt prévu en 2005.

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