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Article de Virginie Malingre paru dans Le Monde du 22 décembre 2006

2006, année record pour les fusions-acquisitions

vendredi 22 décembre 2006 par Virginie Malingre

C’est une année record. Jamais autant d’opérations de fusions et d’acquisitions n’ont été initiées qu’en 2006. Selon les chiffres publiés mercredi 20 décembre par Thomson Financial, qui comptabilise aussi bien les opérations en cours que celles qui ont été menées à terme, les fusions ont représenté cette année plus de 3 610 milliards de dollars (2 736 milliards d’euros) dans le monde. Soit 30 % de plus qu’en 2005.

Le dernier record remontait à l’année 2000 (3 400 milliards de dollars). Juste avant que la bulle éclate. Le constat peut inquiéter. Mais les experts l’assurent. Cette fois, les fondamentaux sont meilleurs. De fait, le niveau d’endettement des entreprises est moins élevé. Tout comme les primes d’acquisition - ce que l’acquéreur ajoute au prix de la Bourse pour emporter sa proie : selon la banque Morgan Stanley, elles se sont élevées à 11 % en 2006 en Europe contre 30 % en 2000. Autre différence : aujourd’hui, les investissements sont beaucoup plus diversifiés qu’en 2000. A l’époque, ils s’étaient d’abord concentrés sur la finance, les technologies de l’information et des télécommunications.

Le record de 2006, qui représente la quatrième année consécutive de croissance des opérations de fusions et acquisitions dans le monde, s’explique d’abord par l’excellente santé financière des entreprises. Fortes de leurs bilans assainis, elles ont pu se financer dans de bonnes conditions, à la faveur de taux d’intérêt qui restent bas, de liquidités bancaires abondantes et de marchés d’actions porteurs. Ajoutez à cela la concurrence croissante des acteurs des pays émergents et la libéralisation de certains secteurs, notamment en Europe, comme ceux de l’énergie ou des télécommunications, et tous les ingrédients sont rassemblés pour ouvrir les appétits. Et accélérer les mouvements de concentration.

Le dynamisme des fonds d’investissement participe également de ces chiffres records. Ils sont à l’origine d’environ une opération sur cinq en valeur, 17 % en Europe et un peu plus aux Etats-Unis. "Ils réalisent des deals de plus en plus gros", juge Gus Tugendhat, directeur chez Thomson Financial Europe. "Il ne serait pas surprenant qu’un fonds procède dans un avenir proche à une acquisition de plus de 100 milliards de dollars. Aujourd’hui, son problème serait plus de revendre cet achat que de le financer", poursuit-il.

En 2006, ils ont initié deux des dix plus grosses opérations. En annonçant le rachat en juillet du groupe hospitalier américain HCA pour 32,147 milliards de dollars, KKR avait battu le record qu’il avait lui-même réalisé en 1987 en rachetant RJR Nabisco. Dès novembre, Blackstone lui a ravi la vedette en s’emparant d’Equity Office Properties Trust, un promoteur immobilier américain, pour 32,512 milliards de dollars. On a aussi vu, en 2006, KKR et Goldman Sachs mettre la main sur les Pages jaunes, Axa Private Equity et Texas Pacific Group acquérir 60 % de TDF, Blackstone et PAI Partners s’emparer de United Biscuits... KKR et Permira ont même fait une offre de rachat de Vivendi de 40 milliards d’euros, restée sans suite.

40 % D’ACHATS FAITS AUX ETATS-UNIS

C’est aux Etats-Unis que la plus grande part des achats (1 474 milliards de dollars) - plus de 40 % - ont été faits. Mais l’Europe n’en a pas moins affiché un véritable dynamisme. Le Vieux Continent a fourni, en 2006, 37,8 % des entreprises qui ont changé de mains (pour 1 363 milliards de dollars). Un record, également. Le Royaume-Uni (339 milliards de dollars) y a été le plus convoité, devant l’Espagne (175 milliards), la France (147 milliards) et l’Allemagne (131 milliards).

"Au Royaume-Uni, il y a eu beaucoup de rachats par des étrangers (191 milliards de dollars), les entreprises britanniques sont moins gourmandes à l’étranger (109 milliards)", constate M. Tugendhat, "c’est l’inverse de la France (40 milliards de dollars d’acquisitions d’entreprises françaises par des étrangers à comparer à 103 milliards d’emplettes des Français hors de leurs frontières) ou des Etats-Unis (respectivement 203 et 238 milliards de dollars) qui font preuve d’un certain nationalisme économique".

La montée en puissance des pays émergents, et de leurs entreprises, ont aiguisé les appétits de croissance de leurs concurrents occidentaux. La bataille qui se tient actuellement entre l’indien Tata Steel et le brésilien CSN pour racheter le sidérurgiste anglo-néerlandais Corus en est une illustration. En 2005, l’annonce d’une offre publique d’achat (OPA) hostile du groupe pétrolier public chinois Cnooc (Chinese National Offshore Oil Company) sur la septième compagnie pétrolière américaine, Unocal, avait soulevé un tollé. La riposte avait été rapide et efficace : deux mois plus tard, Chevron Texaco reprenait Unocal.

Dans ce contexte, le nombre d’opérations hostiles a bondi (+ 87 %) en 2006, à près de 498 milliards de dollars. Deux tiers d’entre elles avaient pour cible des entreprises européennes. Pour n’en citer que deux, on se souvient de l’OPA de Mittal sur Arcelor ou encore des appétits d’E.On sur Endesa.

Les banques d’affaires ont évidemment profité de cette conjoncture porteuse, ainsi que leurs dirigeants qui ont touché des bonus records. Goldman Sachs est resté le conseiller conjugal préféré des entreprises. Même si, en Europe, la maison américaine a perdu de sa suprématie au profit de Morgan Stanley et de Citigroup.

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