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Yves Housson | L’humanité le 13.06.2008

35 heures : Fillon et Bertrand jouent l’affrontement

mardi 17 juin 2008 par Yves Housson
Temps de travail . Tous les syndicats réaffirment leur rejet du projet de déréglementation. Le gouvernement campe sur son intransigeance et passe en force.

Le doute n’est plus permis : le gouvernement a choisi la voie de l’affrontement avec les syndicats pour faire passer coûte que coûte ses projets destructeurs en matière sociale. Ultime confirmation en a été apportée par le ministre du Travail, mercredi, lors de la réunion de la Commission nationale de la négociation collective. Xavier Bertrand a répété son intention de faire adopter un projet de loi on ne peut plus ambivalent, comportant deux volets qui s’apparentent à la carpe et au lapin. Le premier réforme les règles qui définissent la représentativité des syndicats et celles qui permettent de valider les accords collectifs, dans le sens d’une plus grande démocratie sociale. Ces dispositions, consignées dans une « position commune » issue de négociations, ont été approuvées par les deux syndicats les plus influents, CGT et CFDT, ainsi que par un patronat en quête de relégitimation dans la société, en particulier après le scandale de l’UIMM, mais contestées par les autres organisations de salariés, qui redoutent de voir réduite leur place dans le système de relations sociales.

« victoire à la Pyrrhus »

Le second volet consiste en un ensemble de mesures, mettant à bas toute une série de protections pour les salariés dans la législation sur le temps de travail, au motif de donner « de la souplesse » aux entreprises. Des mesures qui n’ont jamais été négociées, la « position commune » se limitant à envisager une dérogation au contingent des heures supplémentaires, à titre expérimental et sous réserve d’un accord majoritaire dans l’entreprise. Comme l’a fait observer le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, aux députés de l’UMP qui l’auditionnaient mardi à l’Assemblée nationale, « vous vous apprêtez, dans le même débat et le même texte, à consacrer les vertus d’une plus grande démocratie sociale et à vous asseoir dessus à propos d’un des aspects essentiels des conditions de travail ».

Mercredi, à la réunion de la commission de la négociation collective, les syndicats ont réitéré une opposition unanime à la partie du projet touchant au temps de travail. Par ailleurs, la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, a réaffirmé sa critique de la méthode du gouvernement consistant à outrepasser la position des « partenaires sociaux ». La patronne des patrons reproche à l’équipe Fillon de rechercher dans cette affaire « une victoire à la Pyrrhus » qui rendrait « difficiles d’autres réformes ».

Les hommes de Sarkozy restent sourds. Xavier Bertrand se targue d’« assumer » les « divergences » avec les « partenaires sociaux ». Pour toute réponse au concert de critiques mettant en cause la violation du dialogue social dont il se gargarise si souvent, le ministre du Travail se réfugie, une énième fois, derrière l’engagement électoral pris par Sarkozy en 2007 de liquider le « carcan » des 35 heures.

Il n’y a Rien à négocier

Même son de cloche chez le premier ministre : « Le dialogue social se crispe un peu », a-t-il concédé hier, dans un discours devant la convention sociale de l’UMP. « La voie du dialogue est toujours ouverte », prétend-t-il, « mais chacun doit être conscient de notre détermination à agir ». En clair, il n’y a, sur le temps de travail, rien à négocier. Tout comme, s’agissant de la réforme des retraites, le passage aux 41 ans de cotisations ne souffre pas de discussion.

Tout se passe comme si, confronté à la fois à une forte chute de popularité et à la multiplication des mouvements de contestation de ses « réformes », le trio Sarkozy-Fillon-Bertrand jouait les cartes de la radicalisation et de la provocation, dans le but de mobiliser l’électorat de droite le plus rétrograde. La sérénité affichée par le ministre du Travail ne saurait toutefois illusionner. « Quand un gouvernement est sûr de lui, il est prêt à négocier. Quand il ferme la porte à la négociation, il montre sa faiblesse », faisait valoir la dirigeante CGT Maryse Dumas à la sortie de la réunion de mercredi. En tout état de cause, « on est entré dans une confrontation très importante », soulignait-elle, avant d’insister sur « l’intérêt » des salariés du public et du privé à « se retrouver dans la rue le 17 juin », à l’appel de la CGT, la CFDT, la FSU et Solidaires. Et d’avertir : « Si le projet de loi n’est pas retiré, il y aura d’autres manifestations. On a eu quatre mois pour obtenir le retrait du CPE en 2006… »

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